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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107027

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107027

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Gibelin
Avocat requérantLAMOUROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 août 2021 et 16 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Adeline-Delvolvé, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Saclay a refusé de lui communiquer le rapport de la commission administrative d'enquête du CIG de Versailles concernant des faits de harcèlement dénoncés par deux agents pour lesquels elle a été entendue en qualité de témoin, ainsi que le document unique d'évaluation des risques ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saclay de lui communiquer les documents en cause, dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de rejeter les conclusions présentées par la commune de Saclay ;

4°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les droits de plaidoirie à hauteur de 13 euros par audience.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable et relève de la compétence du tribunal administratif de Versailles ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions des articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, les documents sollicités étant communicables, après occultations éventuelles des mentions protégées par l'article L. 311-6 du même code, dès lors qu'ils sont achevés, ne présentent pas de caractère préparatoire et qu'aucune procédure disciplinaire n'est en cours ;

- le rapport d'enquête produit est excessivement caviardé, privant d'intérêt sa communication et ne permettant pas de regarder la demande de communication comme satisfaite ;

- le DUER produit date de 2019 et est par conséquent obsolète, alors que les DUER doivent être mis à jour tous les ans et être accessibles aux agents, ce qui ne permet pas de regarder la demande de communication comme satisfaite ;

- les conclusions de la commune à fin d'injonction de produire le certificat médical qu'elle produit en pièce n° 41 sans occultations et son relevé intégral de carrière de 1976 à aujourd'hui, qui ne correspondent pas à des mesures d'exécution de la chose jugée, sont irrecevables et, en tout état de cause, infondées.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 mars et 16 mai 2023, la commune de Saclay, représentée par Me Lamouroux, conclut :

- au non-lieu à statuer sur les conclusions de Mme A,

- à ce qu'il soit enjoint à la requérante de produire le certificat médical qu'elle produit en pièce n° 41 sans occultations et son relevé intégral de carrière de 1976 à aujourd'hui sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la date de la décision à intervenir,

- à la mise à la charge de Mme A des droits de plaidoirie s'élevant à 13 euros par audience.

Elle soutient que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sont sans objet, dans la mesure où les documents sollicités ont été communiqués à Mme A après occultation, en application des dispositions de l'article L311-6 du code des relations entre le public et l'administration, des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique nommément désignée ou facilement identifiable autre que Mme A, ou faisant apparaître le comportement d'une personne autre que celle-ci, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice.

Par un mémoire distinct en production de pièces, enregistré le 30 juin 2023, la commune de Saclay, représentée par Me Lamouroux, a produit une version non occultée du rapport de la commission administrative d'enquête du CIG de Versailles concernant les faits de harcèlement, qui ont été soustraites au contradictoire conformément à sa demande, en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative.

Vu :

- l'avis n° 202112714 du 17 juin 2021 de la commission d'accès aux documents administratifs ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gibelin pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, magistrat désigné,

- et les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 18 mars 2021, Mme A a adressé à la commune de Saclay une demande de communication de la copie du rapport de la commission administrative d'enquête du CIG de Versailles concernant des faits de harcèlement dénoncés par deux agents pour lesquels elle a été entendue en qualité de témoin, ainsi que du document unique d'évaluation des risques. La commune a opposé un refus à cette demande par courriel du 23 mars suivant. Mme A a alors saisi, le 25 avril 2021, la commission d'accès aux documents administratifs qui, le 17 juin 2021, a rendu un avis favorable à la communication de ces documents sous réserve que l'enquête soit achevée, ne présente plus de caractère préparatoire et qu'une procédure disciplinaire ne soit pas en cours, après occultation, en application de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique nommément désignée ou facilement identifiable autre que Mme A, ou faisant apparaître le comportement d'une personne autre que celle-ci, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. Entretemps, la commune avait confirmé par une décision du 28 avril 2021 le refus de communication initialement opposé à l'intéressée s'agissant du rapport demandé et a indiqué se rapprocher de l'autorité compétente s'agissant de la demande de communication du DUER. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cette décision expresse de refus de communication du rapport d'enquête et de la décision implicite de rejet de sa demande de communication du DUER née le 25 juin 2021 du silence gardé par la commune.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le DUER :

2. La commune de Saclay a transmis en cours d'instance la copie du DUER à jour établi le 15 mai 2023. Dès lors, la demande d'annulation du rejet implicite du maire de la commune de Saclay de communiquer ledit document est devenue sans objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte en tant qu'elles concernent ce document.

En ce qui concerne le rapport de la commission administrative d'enquête du CIG de Versailles :

3. Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 300-2 de ce code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargés d'une telle mission ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical ; / 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ; / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice () ". Aux termes de l'article L. 311-7 de ce même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. ".

4. Si la commune de Saclay a communiqué dans le cadre de la présente instance une version occultée du compte-rendu de l'enquête administrative sollicité, il ressort de la pièce produite en défense, par un mémoire distinct en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, que les mentions occultées ne relèvent pas toutes de l'un des secrets protégés notamment par l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration et ont pour un grand nombre d'entre elles un caractère communicable, en particulier s'agissant des conclusions de ce rapport. De telles conclusions, y compris en ce qui concerne les propositions de la commission d'enquête, ne doivent faire l'objet d'une occultation qu'en ce qu'elles comportent des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique nommément désignée ou facilement identifiable autre que Mme A, ou faisant apparaître le comportement d'une personne autre que celle-ci, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. Ainsi, si les parties intitulées " démarche " et " analyse " ont dans l'ensemble été correctement occultées, la partie intitulée " conclusions - préconisation " est intégralement communicable, à l'exception de la deuxième phrase du premier tiret, de la première phrase et du premier point de la deuxième phrase du quatrième tiret ainsi que de l'intégralité du dernier tiret qui concernent le comportement ou portent une appréciation sur des personnes autres que la requérante. Par suite, les conclusions à fin d'annulation ont conservé leur objet s'agissant de ce document et, dès lors qu'il est constant que ce compte-rendu est achevé, ne présente pas de caractère préparatoire et qu'aucune procédure disciplinaire n'est en cours, la décision de refus de communication méconnait le droit à communication prévu par les articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de Saclay a refusé de lui communiquer la copie du compte-rendu de l'enquête administrative menée par le CIG de Versailles sur des faits de harcèlement dénoncés par deux agents de la commune, au cours de laquelle elle a été entendue comme témoin.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le compte-rendu de l'enquête administrative sollicité soit communiqué à Mme A, après occultation des seules mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique nommément désignée ou facilement identifiable autre que Mme A, ou faisant apparaître le comportement d'une personne autre que celle-ci, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice, selon les modalités prévues au point 4 du présent jugement. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la commune de Saclay de lui communiquer ledit rapport ainsi occulté dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". En application de l'article R. 652-26 du code de la sécurité sociale : " Le droit de plaidoirie prévu au premier alinéa de l'article L. 652-6 est exigible devant les juridictions administratives de droit commun et les juridictions de l'ordre judiciaire () Le droit de plaidoirie ne peut faire l'objet d'aucune dispense. " et aux termes de l'article R. 652-27 du même code : " Le droit de plaidoirie est dû à l'avocat pour chaque plaidoirie faite aux audiences dont la liste est fixée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. A défaut de plaidoirie, est considéré comme ayant plaidé l'avocat représentant la partie à l'audience () ". Enfin, en application des dispositions de l'article R. 652-28 de ce code : " Le montant du droit de plaidoirie est fixé à 13 euros. ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saclay la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

9. Le conseil de Mme A n'étant pas présent à l'audience, et la requérante n'y étant pas représentée, ses conclusions tendant à ce qu'une somme de 13 euros soit mise à la charge de la commune de Saclay au titre du droit de plaidoirie ne peuvent qu'être rejetées.

10. Enfin, il résulte de ce qui précède que les conclusions de la commune de Saclay présentées au titre du droit de plaidoirie doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions :

11. Les conclusions tendant à ce que le tribunal ordonne sous astreinte la production du certificat médical produit par Mme A en pièce n° 41 sans occultations et de son relevé intégral de carrière de 1976 à aujourd'hui, qui ne peuvent être regardées en l'espèce comme des conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées comme irrecevables, une telle mesure relevant des pouvoirs propres du juge.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte présentées par Mme A en ce qui concerne le DUER.

Article 2 : La décision par laquelle le maire de la commune de Saclay a refusé de communiquer à Mme A la copie du compte-rendu de l'enquête administrative menée par le CIG de Versailles sur des faits de harcèlement dénoncés par deux agents de la commune, au cours de laquelle elle a été entendue comme témoin, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de Saclay de procéder à la communication à Mme A du document visé à l'article 2 selon les modalités prévues au point 4 du présent jugement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La commune de Saclay versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Saclay.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. GibelinLa greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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