lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2107221 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | MAZZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 août 2021, M. B, représenté par Me Mazza, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle l'agence régionale de santé (ARS) a rejeté sa demande présentée le 20 avril 2021 de protection fonctionnelle avec application de la procédure de signalement prévue par le décret n° 2020-256 et de mise en œuvre du statut de lanceur d'alerte ;
2°) d'enjoindre à l'ARS de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
3°) de condamner l'ARS à lui verser la somme de 11 000 euros au titre des frais et honoraires déboursés à la date de la requête en lien avec les procédures qu'il a diligentées, ainsi que la somme de 15 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision attaquée ;
4°) de mettre à la charge de l'ARS la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable.
- la décision refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle est entachée d'un défaut de motivation et méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, dès lors qu'il appartenait à l'ARS de faire droit à sa demande et de mettre en œuvre la procédure de signalement prévue par le décret n° 2020-256 eu égard au harcèlement moral dont il était victime de la part de ses supérieurs hiérarchiques ;
- la décision refusant de lui accorder la protection liée au statut de " lanceur d'alerte " méconnait la loi du 9 décembre 2016 ;
- l'illégalité de la décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'ARS, lui ayant causé des préjudices et ayant généré des frais, qu'il évalue à un montant total 26 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2023, l'ARS d'Ile-de-France, représentée par sa directrice générale, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les moyens sont infondés ;
- il y a lieu de substituer au motif de refus initial celui tiré de ce qu'au moment de sa demande elle n'avait aucun élément laissant présumer un harcèlement moral à l'encontre de M. A et que postérieurement les faits mettent en évidence qu'aucun harcèlement n'a été établi à son encontre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 ;
- le décret n° 2020-256 du 13 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, pharmacien hospitalier, a été recruté par le centre hospitalier intercommunal de Meulan-Les Mureaux (CHIMM), en tant que praticien hospitalier contractuel à temps plein au sein du pôle des activités transversales, du 18 avril 2017 au 31 mai 2018, dans l'unité " hygiène hospitalière ". Il a ensuite été nommé, à compter du 1er juin 2018 et pour une période probatoire d'un an, praticien hospitalier titulaire stagiaire sur le même poste. Après avis défavorable à sa titularisation du chef de pôle, du président de la commission médicale d'établissement (CME) et du directeur général adjoint du CHIMM, il n'a pas été titularisé à l'issue de son stage mais la durée de celui-ci a été prolongée d'un an à compter du 1er juin 2019, par un arrêté du 20 décembre 2019, conformément à la proposition de la commission statutaire nationale du 20 novembre 2019. M. A a alors été mis à disposition du centre hospitalier Sud Essonne Dourdan Etampes pour y effectuer son stage, à compter du 25 mars 2020, par une convention qui a pris fin le 28 février 2021. Sa période de stage a été prorogée du 1er juin 2020 au 20 septembre 2020 du fait de ses arrêts maladie. A l'issue de son stage, il a été évalué par le chef de service de son établissement d'accueil. En l'absence depuis cette date de toute décision du CNG sur sa titularisation, M. A a présenté une requête en référé-liberté dans laquelle il demandait au tribunal d'enjoindre au CNG des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière de statuer sur sa titularisation après transmission des documents nécessaires à son évaluation. Cette requête a été rejetée par une ordonnance n° 2103212 du 22 avril 2021.
2. Par un courrier du 19 avril 2021 réceptionné le lendemain, M. A a présenté auprès de l'ARS une demande de protection fonctionnelle contre des faits de harcèlement moral dont il aurait été victime au sein du CHIMM avec application de la procédure de signalement prévue par le décret n° 2020-256 et de mise en œuvre du statut de lanceur d'alerte. Ces demandes ont été rejetées par une décision de l'ARS du 10 juin 2021. Par la présente requête, il doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 10 juin 2021 et de condamner l'ARS à lui verser la somme totale de 26 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. En l'espèce, la décision du 10 juin 2021 mentionne les dispositions applicables et indique qu'en application de celles-ci il ne revient pas à l'ARS de lui octroyer la protection fonctionnelle mais au CHIMM, alors même que c'est l'autorité hiérarchique qui est accusée de harcèlement. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir l'intéressé, et alors même que les motifs de la décision attaquée ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, la décision portant refus de protection fonctionnelle répond aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes du IV de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, applicable aux praticiens hospitaliers en vertu de l'article L. 6152-4 du code de la santé publique, dans sa version en vigueur à la date de la décision : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".
6. D'une part, lorsqu'un agent public est mis en cause par un tiers à raison de ses fonctions, il incombe à la collectivité publique dont il dépend de le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui, dans la mesure où une faute personnelle détachable du service ne lui est pas imputable, de lui accorder sa protection dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales, sauf s'il a commis une faute personnelle, et, à moins qu'un motif d'intérêt général ne s'y oppose, de le protéger contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont il est l'objet.
7. D'autre part, lorsque le directeur d'un établissement public de santé, à qui il appartient en principe de se prononcer sur les demande de protection fonctionnelle émanant des agents de son établissement, est mis en cause pour des actes qui sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, et se trouve pour ce motif en situation de ne pouvoir se prononcer sur une demande sans méconnaître les exigences qui découlent du principe d'impartialité, il lui appartient de transmettre la demande au directeur général de l'agence régionale de santé dont relève son établissement, pour que ce dernier y statue.
8. En l'espèce, si M. A a mis en cause ses supérieurs hiérarchiques pour des faits de harcèlement moral dont il aurait été victime, notamment la directrice déléguée de site, d'une part il n'a à aucun moment mis en cause le directeur général du CHIMM, autorité compétente pour se prononcer sur sa demande de protection fonctionnelle et, d'autre part, à supposer même que l'autorité compétente n'aurait pu se prononcer sur sa demande sans méconnaître les exigences qui découlent du principe d'impartialité, il lui appartenait de transmettre à l'ARS la demande du requérant, qui ne pouvait en toute hypothèse saisir directement cet organisme d'une demande ne relevant pas de sa compétence. Par suite et alors que, conformément aux dispositions de l'article L. 114-1 du code des relations entre le public et l'administration, elle n'était pas tenue de transmettre la demande à l'autorité compétente, c'est sans commettre d'erreur de droit que l'ARS a, au motif de son incompétence pour se prononcer sur une telle demande, rejeté la demande de protection fonctionnelle avec application de la procédure de signalement prévue par le décret n° 2020-256 présentée par M. A sur le fondement des dispositions précitées, qui n'ont pas été méconnues. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 6 ter de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne peut être sanctionné ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, pour avoir signalé une alerte dans le respect des articles 6 à 8 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique. ". Aux termes de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique : " Un lanceur d'alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit () ou une menace ou un préjudice graves pour l'intérêt général, dont il a eu personnellement connaissance ".
10. Si M. A revendique la protection reconnue aux " lanceurs d'alerte " par la loi du 9 décembre 2016, il ne caractérise aucun crime ou délit ni aucune menace ou préjudice grave pour l'intérêt général dont il aurait eu personnellement connaissance et qu'il aurait ensuite signalé dans les conditions prévues à l'article 7-1 de la même loi. Il n'établit en outre pas avoir été sanctionné ou avoir fait l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, en raison d'une telle alerte, alors qu'il ressort des pièces du dossier que les mesures prises par le CHIMM à son égard et dont il se prévaut étaient justifiées par des pratiques professionnelles et un comportement inadaptés, fréquemment conflictuels, à l'égard de ses supérieurs hiérarchiques et des autres personnels de l'établissement pendant sa période probatoire.
11. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de motifs demandée ni d'examiner la fin de non-recevoir invoquée, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'ARS d'Ile-de-France du 10 juin 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions indemnitaires présentées par M. A, fondées sur l'illégalité de cette décision, doivent être rejetées ainsi que celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à l'agence régionale de santé d'Ile-de-France.
Copie en sera adressée, pour information, au centre hospitalier intercommunal de Meulan-Les Mureaux.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
F. GibelinLe président,
signé
R. Féral
La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026