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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107430

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107430

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat Kante
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 août 2021 et 4 mars 2022, M. A C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48SI " du 6 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, et lui a enjoint de restituer son permis de conduire ;

2°) d'annuler l'ensemble des décisions portant retraits de point ;

3°) d'enjoindre le ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu l'ensemble des informations lors de la constatation des infractions conformément aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des différentes infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel à statuer sur la requête et au rejet du surplus des conclusions.

Il soutient que :

- les points retirés consécutivement aux infractions des 16 novembre 2014, 12 février 2017 et 20 mars 2017 ont été restitués à M. C ; la décision 48SI est réputée avoir été retirée ; les conclusions dirigées contre ces décisions sont dépourvues d'objet ;

- les décisions de retraits de points portant sur les autres infractions antérieures la décision d'invalidation ont été automatiquement portées à la connaissance du requérant ;

- la réalité des infractions est établie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kanté, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C demande l'annulation des décisions portant retrait de points sur le solde de son permis de conduire à raison des infractions des 26 août 2020, 27 août 2020, 1er avril 2018, 30 août 2018, 20 mars 2017, 12 février 2017, 16 novembre 2014, et 3 septembre 2014 ainsi que l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 6 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'invalidité de son titre de conduite pour défaut de points, et lui a enjoint de le restituer.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, il ressort des mentions du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. C, édité le 21 octobre 2021, que son titre de conduite est valide, avec un solde positif d'un point, et que la décision " 48 SI " du 6 juillet 2021 n'y figure plus. La décision " 48SI " doit ainsi être regardée comme ayant été implicitement mais nécessairement retirée postérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 6 juillet 2021 sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

3. En second lieu, d'une part, s'agissant des infractions des 30 août 2018, 20 mars 2017 et 16 novembre 2014, il ressort du relevé d'information intégral que les points retirés auxquels les infractions ont donné lieu, ont été restitués à M. C les 13 mars 2019, 12 mars 2018 et 6 novembre 2015, avant l'introduction de sa requête. D'autre part, s'agissant de l'infraction du 12 février 2017, il résulte du relevé d'information intégral qu'elle n'a pas conduit à un retrait de point. Dès lors, les conclusions relatives à ces retraits de points sont irrecevables. Il y a lieu de les rejeter.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L.223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ".

5. Il résulte de la combinaison des articles L.223-1 et L.225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral extrait du système national des permis de conduire relatif à la situation du requérant et produit par le ministre, ayant une valeur probante suffisante, que les infractions relevées les 3 septembre 2014, 12 février 2017, 1er avril 2018, 26 août 2020 et 27 août 2020 ont soit donné lieu au paiement d'amendes forfaitaires prévues à l'article 529 du code de procédure pénale, s'agissant de l'infraction du 3 septembre 2014, soit fait l'objet de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée, s'agissant des autres infractions. M. C ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les mentions du relevé d'information intégral. Notamment, il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir présenté une requête en exonération ou formé une réclamation ayant été regardées comme recevables ou ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires. Dans ces conditions, la réalité des infractions doit être tenue pour établie au sens de l'article L.223-1 du code de justice administrative. Par suite, le moyen tiré du défaut de réalité des infractions imputées est écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route :

7. Aux termes de l'article L.223-3 du code de la route, " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent alinéa. ". Aux termes de l'article R.223-3 du code de la route : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".

8. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles précités du code de la route, lesquels constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de cette omission, de rechercher si compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment, le cas échéant, de l'information dont l'intéressé a bénéficié à l'occasion d'autres infractions, elle a eu pour effet de priver l'intéressé de la garantie instituée par la loi.

S'agissant de l'infraction du 3 septembre 2014 :

9. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issu d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme à ces dispositions, dont la mise en œuvre a été généralisée à l'occasion d'une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

11. En l'espèce, le procès-verbal électronique relatif à l'infraction relevée le 3 septembre 2014, à 15h37 à Paris, produit par le ministre de l'intérieur, mentionne que l'infraction est susceptible d'entraîner un retrait de deux points et comporte les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La circonstance que M. C a refusé de signer le document qui lui était présenté, sans y faire de réserves sur les modalités de délivrance de ces informations, ne fait pas obstacle à ce que l'intéressé soit regardé comme ayant été destinataire de l'ensemble des informations exigées par la loi qui étaient portées sur le procès-verbal. Par suite, le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable prévue par les dispositions précitées manque en fait et doit être écarté.

S'agissant des infractions des 1er avril 2018, 26 août 2020 et 27 août 2020 :

12. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C que les infractions commises les 1er avril 2018, 26 et 27 août 2020, ont été constatées par des radars automatique et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoire d'amendes forfaitaire majorées. Si ces mentions établissent la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, elles ne permettent pas d'établir que M. C aurait reçu les avis de contravention comportant les informations exigées par l'article L. 223-3 du code de la route. En conséquence, à défaut pour le ministre, à qui incombe la charge de la preuve, de produire les procès-verbaux afférent à ces infractions ou une attestation de situation du trésorier principal du contrôle automatisé permettant d'établir que le contrevenant se serait acquitté des amendes forfaitaire majorées et aurait en conséquence nécessairement eu connaissance de ces titres exécutoires, M. C, est fondé à soutenir que ces décisions de retrait de point consécutives à ces infractions sont intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a respectivement retiré un point pour l'infraction du 1er avril 2018, un point pour l'infraction du 26 août 2020 et quatre points pour l'infraction du 27 août 2020 sur son permis de conduire soit un total de six points.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Si l'annulation contentieuse d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressé le bénéfice des points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de M. C dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points résultant des infractions du 16 novembre 2014, 20 mars 2017 et 30 août 2018, ainsi que celles tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 6 juillet 2021 d'invalidation du permis de M. C.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de six points sur le solde de points du permis de conduire de M. C à la suite des infractions commises les 1er avril 2018, 26 août 2020 et 27 août 2020 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. C le bénéfice de six points retirés à la suite des infractions commises les 1er avril 2018, 26 août 2020 et 27 août 2020 et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. C pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 11 juillet 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. B

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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