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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107613

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107613

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantLAMIRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 6 septembre 2021, le 4 janvier 2022 et le 22 août 2022 Mme B C, représentée par Me Lamirand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Essonne du 2 août 2021 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour ou une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 30 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à Me Lamirand au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'avis négatif de la DIRECCTE ne suffit pas à justifier le refus de séjour ;

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de l'avenant à son contrat de travail en date du 1er août 2021 ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2021, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par décision du 17 novembre 2021, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25%.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, de nationalité congolaise, née le 10 juin 1996, déclare être entrée en France le 2 mars 2013. Elle a obtenu deux cartes de séjour temporaires et une carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiant du 12 juin 2015 au 3 septembre 2020. Le 4 septembre 2020, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 2 août 2021, dont Mme C demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, M. E D, sous-préfet de Palaiseau, a reçu par un arrêté n° 2021-PREF-DCPPAT-BCA-054 du 3 mars 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de cette préfecture, délégation du préfet de l'Essonne pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet, qui a examiné l'ensemble de la situation personnelle et professionnelle de Mme C, ne s'est pas estimé lié par l'avis défavorable rendu le 19 octobre 2020 par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE). Ce moyen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort également des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet a pris en compte l'ensemble de la situation personnelle et professionnelle de Mme C, et notamment le contrat de travail à temps partiel conclu avec la société La Source 91 en tant qu'auxiliaire de vie, pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Si Mme C fait valoir que l'avenant à son contrat, portant sa rémunération à 1 522,49 euros, n'a pas été pris en compte, il ne résulte de l'instruction que cet avenant, daté du 1er août 2021, aurait été porté à la connaissance du préfet avant qu'il ne prenne l'arrêté contesté le 2 août suivant. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de Mme C doit donc être écarté.

5. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : () 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil ; () ".

6. Pour refuser à Mme C le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Essonne s'est notamment fondé sur l'avis défavorable émis le 19 octobre 2020 par la DIRECCTE, qui a considéré que la rémunération servie à l'intéressée était inférieure à la rémunération minimale mensuelle fixée par l'article L. 3232-1 du code du travail. En effet, Mme C, qui était employée, à la date de l'avis rendu par la DIRECCTE, en vertu d'un contrat durée indéterminée à temps partiel, ne justifiait percevoir qu'une rémunération mensuelle d'un montant de 871,17 euros, qui était inférieure à la rémunération minimale requise par l'article R. 5221-20 du code du travail précité, laquelle s'élevait à un montant de 1 539,42 euros au 1er janvier 2020. Par suite, en rejetant la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme C, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Lamirand et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. A Le président,

Signé

P. Blanc

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2107613

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