vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2107634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 septembre 2021, le 13 juillet 2023 et le 14 septembre 2023, Mme D A, représentée par Me Morant, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 avril 2021 par laquelle le maire de la commune de Grigny a considéré que son état de santé consécutif à l'accident de service du 15 avril 2019 était consolidé à compter du 16 décembre 2020 et a refusé, en conséquence, de prendre en charge ses arrêts de travail au-delà de cette date, ensemble la décision du 1er juillet 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 la plaçant en position de congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 17 mars 2021 au 10 juin 2021 ainsi que l'arrêté du 18 juin 2021 la plaçant dans la même position pour la période du 11 juin 2021 au 17 août 2021 ;
3°) d'enjoindre à la commune de Grigny de la maintenir sous le régime du congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 16 décembre 2020 ou, à tout le moins, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Grigny une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas été convoquée à la séance de la commission de réforme du 13 avril 2021, en méconnaissance de l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004 et n'a pas été informée en conséquence de son droit de se faire assister par un médecin, en méconnaissance de l'article 16 du même arrêté ;
- il n'est pas établi que son dossier aurait été communiqué au médecin de prévention conformément à l'article 15 du même arrêté ou que ce médecin aurait été à tout le moins informé de la tenue de la commission de réforme ;
- l'administration ne justifie pas du respect du quorum prévu par les dispositions de l'article 17 du même arrêté ;
- la commission ne comprenait pas de médecins spécialistes en rhumatologie et psychiatrie, ce qui l'a privée d'une garantie ;
- le principe d'impartialité de la commission n'a pas été respecté dès lors qu'un des membres de la commission a été signataire d'un arrêté en 2015 portant retenue de traitement de la requérante ; un syndicat représentant les agents de la commune de Grigny a alerté récemment le préfet de l'Essonne sur la présentation de dossiers tronqués lors des séances du CIG ;
- les décisions refusant de prendre en charge ses arrêts de travail et la plaçant en congé de maladie ordinaire à demi-traitement sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ; contrairement à ce que soutient la commune, son état de santé n'est pas consolidé ; en tout état de cause, la consolidation d'un état de santé n'implique pas nécessairement la fin du congé pour invalidité temporaire imputable au service ; les médecins qui l'ont examinée sont unanimes pour considérer qu'elle est dans l'incapacité d'exercer ses fonctions et que les troubles qui justifient son arrêt de travail présentent un lien direct et certain avec l'accident de service du 15 avril 2019 ; par conséquent, les arrêts de travail doivent nécessairement être regardés comme imputables au service.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 mai 2023 et le 19 juillet 2023, la commune de Grigny, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
-le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,
- les observations de Me Morant,
- et les observations de Me Cadoux, substituant Me Carrère.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A est adjointe administrative titulaire, employée par la commune de Grigny en qualité d'agent d'accueil. Elle a été victime, le 15 avril 2019, d'une chute dans les escaliers d'un bâtiment municipal. Cet accident a été reconnu imputable au service et Mme A a été placée en position de congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter de la date de l'accident et jusqu'au 16 décembre 2020. Lors de sa séance du 13 avril 2021, la commission de réforme a estimé que l'état de santé de la requérante était consolidé à compter du 16 décembre 2020, que ses arrêts de travail au-delà de cette date étaient à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire, en lien avec une pathologie indépendante dont le lien avec l'accident de service n'est pas établi, et qu'elle était apte à la reprise sur son poste dès que possible. Par un courrier du 27 avril 2021, le maire de la commune de Grigny informait Mme A de sa décision de suivre cet avis et de refuser, en conséquence, de prendre en charge ses arrêts de travail au-delà du 16 décembre 2020. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que la décision rejetant son recours gracieux et les arrêtés des 14 juin et 18 juin 2021 la plaçant en position de congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 17 mars 2021 au 17 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors applicable : " I.-Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire./ Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. ". Le bénéfice de ces dispositions est subordonné en cas d'accident de service à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service. Par ailleurs, si la date de consolidation correspond au moment où les lésions se fixent et prennent un caractère permanent, ce qui permet d'apprécier un taux d'incapacité physique permanente, elle ne constitue pas pour autant nécessairement la fin des soins nécessités par l'accident ni la disparition de toute séquelle et, encore moins, la guérison du fonctionnaire concerné et son aptitude à reprendre ses fonctions.
3. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que Mme A a subi, consécutivement à l'accident de service dont elle a été victime, des entorses des rachis cervical et lombaire. Lors de l'expertise médicale réalisée le 10 juillet 2019, le Dr B, médecin rhumatologue, note à l'examen clinique des cervicalgies avec des douleurs irradiant à droite, des contractures et raideurs des mobilités axiales, limitées de 30° bilatérale, en lien avec l'accident du 15 avril 2019 et conclut à l'absence de consolidation de l'état de santé de la requérante. Lors de la seconde expertise réalisée par le même médecin le 16 décembre 2020, et sur laquelle s'est appuyée la commission de réforme, ce dernier a constaté la présence de " douleurs cervicales latéralisées à droite avec un limitation de rotations axiales du côté droit, des douleurs également à l'épaule droite avec une limitation, une douleur à l'élévation antérieure et des douleurs interscapulaires avec kinésiophobie ", de " contractures musculaires para vertébrales, cervicales et interscapulaires " et a constaté que Mme A portait toujours un collier cervical. Il a ainsi constaté que " le tableau clinique est similaire à celui de juillet 2019 avec des douleurs persistantes et handicapantes " et conclut que ces douleurs " sont responsables de limitation des rotations axiales cervical et de contractures musculaires paravertébrales au niveau dorsale haut ", que la symptomatologie reste " stationnaire " sans " amélioration malgré les différents traitements institués " et que " l'intéressée est dans l'incapacité de reprendre son activité professionnelle ". Contrairement à ce que fait valoir la commune, si l'expert a relevé également l'existence d'une " anxiété marquée et d'un syndrome anxio dépressif manifeste venant s'ajouter aux symptômes cliniques ", il ressort des termes mêmes de ses conclusions que l'incapacité dont il fait état résulte des conséquences physiques directes de l'accident de service et non de ses éventuelles répercussions psychologiques, qu'il n'appartenait pas au médecin rhumatologue d'apprécier. Ces conclusions sont d'ailleurs corroborées par les constatations du Dr C, médecin rhumatologue, qui fait état, dans son certificat du 8 décembre 2020 de " cervicalgies chroniques irradiant dans le membre supérieur droit ", de " céphalées chroniques persistantes, récidivantes évoluant par poussées " et de " lombalgies chroniques irradiant dans les 2 membres inférieurs ", de même que par les arrêts de travail successifs, établis pour la requérante pour la période du 21 janvier 2021 au 4 janvier 2022, qui mentionnent tous, outre la persistance de troubles anxio-dépressifs majeurs, une " cervicalgie chronique invalidante ". Ainsi, nonobstant la fixation par l'expert rhumatologue d'une date de consolidation au 16 décembre 2020, et alors que la commune de Grigny ne produit au dossier aucun élément de nature à établir que les arrêts de travail postérieurs seraient exclusivement imputables à l'état psychique de la requérante, il ressort des pièces du dossier que Mme A n'était pas, à cette date, " en état de reprendre son service " au sens des dispositions précitées de la loi du 13 juillet 1983, en raison, à tout le moins, de troubles physiques présentant un lien direct et certain avec l'accident de service du 15 avril 2019. Par conséquent, Mme A est fondée à soutenir qu'en refusant de prendre en charge ses arrêts de travail au-delà du 16 décembre 2020 au motif que son état de santé était à mettre en lien avec une pathologie indépendante de l'accident de service et en la plaçant en conséquence en position de congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 17 mars 2021 au 17 août 2021, le maire de la commune de Grigny a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation.
4. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 27 avril 2021 refusant de prendre en charge ses arrêts de travail au-delà du 16 décembre 2020, de la décision rejetant son recours gracieux et des arrêtés des 14 juin et 18 juin 2021 la plaçant en position de congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 17 mars 2021 au 17 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le sens du présent jugement implique nécessairement, ainsi que le demande Mme A, qu'il soit enjoint à la commune de Grigny de la replacer rétroactivement sous le régime du congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 16 décembre 2020 et jusqu'au terme de son incapacité à reprendre le service pour un motif en lien direct avec l'accident du 15 avril 2019 ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de procéder ainsi et d'en tirer toutes les conséquences sur la carrière et la rémunération de la requérante dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Grigny au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Grigny, le versement à Mme A d'une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 27 avril 2021 du maire de la commune de Grigny refusant de prendre en charge les arrêts de travail de Mme A au-delà du 16 décembre 2020, la décision rejetant son recours gracieux et les arrêtés des 14 juin et 18 juin 2021 la plaçant en position de congé de maladie ordinaire à demi-traitement sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Grigny, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de replacer Mme A rétroactivement sous le régime du congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 16 décembre 2020 et jusqu'au terme de son incapacité à reprendre le service pour un motif en lien direct avec l'accident du 15 avril 2019 ou jusqu'à sa mise à la retraite et d'en tirer toutes les conséquences sur sa carrière et sa rémunération.
Article 3 : La commune de Grigny versera à Mme A une somme de 1 800 (mille huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Grigny sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la commune de Grigny.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
M. Maitre, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
B. Maitre
Le président,
signé
C. Gosselin
La greffière,
signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026