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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107694

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107694

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantBOUSSOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 septembre et le 17 novembre 2021, M. B, représenté par Me Boussoum, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juillet 2022 le plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de le placer dans une situation conforme à sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2292 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de délai suffisant pour faire jouer ses droits devant le comité médical, le courrier d'information ayant été reçu après qu'il a statué ; il ne pouvait pas être placé en disponibilité d'office sans qu'un médecin agréé n'ait pu l'examiner ;

- la décision a été prise sans proposition de reclassement, en méconnaissance de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- il remplissait les conditions pour être placé en congé de longue maladie.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mauny,

- les conclusions de M. Connin, rapporteur public,

- et les observations de Me Lejars Riccardi pour M. B.

M. B a produit une note en délibéré enregistrée le 7 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été titularisé comme gardien de la paix le 1er septembre 2007. Il a été muté au CSP d'Evry à compter du 1er septembre 2016. Il a obtenu un congé bonifié pour rentrer à l'île de la Réunion, du 6 octobre 2018 au 9 décembre 2018. Il est placé en congé de maladie ordinaire à compter du 10 décembre 2018. Il est convoqué par courrier du 14 janvier 2020 devant le comité médical pour examiner sa situation mais ne s'est pas présenté et le comité a ajourné son avis le 6 février 2020 par manque d'éléments médicaux. Par un courrier du 18 juin 2021, le préfet de police de Paris l'a informé que le comité médical se réunirait le 30 juin 2021 à Paris pour statuer sur la proposition du médecin chef adjoint de la préfecture de police de le placer en disponibilité d'office. Le comité médical ayant rendu un avis favorable, le préfet de police de Paris a placé M. B en disponibilité d'office par arrêté du 9 Juillet 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Les comités médicaux sont chargés de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos de l'admission des candidats aux emplois publics, de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie, de longue maladie et de longue durée et de la réintégration à l'issue de ces congés. / Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : () 6. La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ; / () Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : / - de la date à laquelle le comité médical examinera son dossier ; / - de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ; / - des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur. / L'avis du comité médical est communiqué au fonctionnaire sur sa demande. / Le secrétariat du comité médical est informé des décisions qui ne sont pas conformes à l'avis du comité médical. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a reçu que le 1er juillet 2021 le courrier en date du 18 juin 2021 l'informant de la réunion le 30 juin 2021 du comité médical devant statuer sur la proposition de l'administration de le placer en disponibilité d'office. Ce courrier, reçu après l'avis favorable à cette mesure rendu par le comité le 30 juin, comportait les informations relatives aux droits de l'intéressé dans le cadre de cette procédure, et notamment de communiquer des éléments médicaux, de se présenter devant le comité et de consulter son dossier médical. Il suit de là que M. B n'a pas été informé dans un délai raisonnable de la réunion du comité médical. Si l'administration soutient que cette situation n'a pas eu d'incidence sur la situation de M. B, qui ne s'est pas présenté à la précédente réunion du comité médical le 6 février 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, qui n'est pas resté inactif après le 6 février 2020, n'aurait pas fait usage des possibilités offertes par le courrier du 18 juin 2021, lequel faisait état contrairement au précédent de la proposition de le placer en disponibilité d'office. En outre, la circonstance que M. B n'a pas été autorisé à changer de résidence est sans incidence sur les conditions d'acheminement du courrier du 18 janvier 2021 à l'adresse de l'intéressé connue de l'administration. Il suit de là que M. B a été privé d'une garantie substantielle à l'occasion de la procédure suivie devant le comité médical. La décision du 9 juillet 2021 plaçant M. B en disponibilité d'office se trouve, de ce fait, entachée d'une illégalité et doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2021 retenu au point 3, le présent jugement implique seulement le réexamen de la situation de M. B par le préfet de police, après une nouvelle saisine du comité médical. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen, après une procédure régulière, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police de Paris plaçant M. B en disponibilité d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de M. B, après une procédure régulière, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera communiqué à M. B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

Mme Winkopp-Toch, première conseillère,

M. Perez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

L'assesseur le plus ancien,

signé

A.Winkopp-Toch

Le président-rapporteur,

signé

O. MaunyLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107694

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