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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107798

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107798

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2021, M. C D, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision de refus d'enregistrement de sa demande d'asile lui ayant été notifiée par un courriel des services de la préfecture des Yvelines le 7 juillet 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ainsi que le formulaire de demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ou à défaut de réexaminer sa demande, le tout dans le délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 alinéa de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de celui-ci à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions combinées de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, compte tenu de l'expiration du délai de six mois pour procéder au transfert notifié par arrêté du 22 janvier 2021 du préfet des Yvelines ;

- la décision méconnaît l'article 9-2 du règlement complémentaire d'application n° 1560/2003, en l'absence de justification que les autorités espagnoles ont été informées du prolongement à dix-huit mois du délai de transfert ;

- en le déclarant en fuite, le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

- la convocation de transfert n'était pas traduite et il n'a reçu aucune information sur les conséquences du refus de se soumettre au test PCR.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a produit aucun mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces, enregistrées le 19 janvier 2023.

Par une décision du 17 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Bobigny a accordé à M. D l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. de Miguel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant malien né le 31 décembre 1992, est entré irrégulièrement en France où il a déposé une demande d'asile le 17 novembre 2020. Le 18 novembre 2020, les autorités françaises ont saisi les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge, à laquelle elles ont accédé le 26 novembre 2020. Par un arrêté du 21 janvier 2021, le préfet des Yvelines a ordonné le transfert de M. D vers l'Espagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par un courriel du 6 juillet 2021, M. D sollicitait toutefois l'enregistrement de sa demande d'asile, ce qui lui a été refusé par un courriel du 7 juillet 2021, au motif qu'il est considéré en fuite. M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 17 mai 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Bobigny a admis M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit " B A " : " () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

4. Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'Etat responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d'annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s'il apparaît, en l'absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions mentionnées ci-dessus du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Une telle irrecevabilité doit, en particulier, être opposée à ces conclusions lorsque le demandeur soutient, sans l'établir, qu'ayant été considéré, à tort, comme étant en fuite pour l'application du paragraphe 2 de l'article 29 de ce règlement, le délai de transfert de six mois prévu au paragraphe 1 de cet article n'a pas été prolongé et que la décision de transfert ne peut plus, dès lors, être exécutée.

5. Il ressort des pièces du dossier que les autorités espagnoles ont fait connaître leur accord pour la prise en charge de M. D le 26 novembre 2020, cet accord étant valide pour une durée de six mois et prenait fin le 26 mai 2021. M. D soutient qu'il s'est rendu à toutes les convocations auprès de la préfecture, excepté celle du 17 mai 2021 ayant pour objet la réalisation d'un test PCR, envoyée par voie postale et qui n'était pas traduite. Il résulte de l'application des dispositions précitées que, en tout état de cause, le délai de dix-huit mois maximum pour exécuter la décision de transfert était expiré le 26 mai 2021. Dès lors, cette seule absence était insuffisante pour déclarer le requérant en fuite. Par suite, la procédure de réadmission ayant pris fin, au plus tard, à l'expiration du délai de dix-huit mois imparti pour procéder à une telle réadmission et la responsabilité de l'examen de la demande d'asile incombant en conséquence aux autorités françaises, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision refusant d'enregistrer la demande d'asile en procédure normale présentée par M. D doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée, implique que le préfet des Yvelines procède à l'enregistrement de la demande d'asile de M. D et lui délivre les documents afférents, notamment l'attestation prévue par l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sollicitée par le requérant. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Semak, avocat de M. D, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 7 juillet 2021 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de procéder à l'enregistrement de la demande d'asile de M. D est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Yvelines ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de M. D, d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 4 : L'Etat versera à Me Semak la somme de 1 000€ (mille euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Maître Amélie Sémak et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le rapporteur,

F-X de Miguel

Le président,

P. Ouardes

La greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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