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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107925

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107925

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2021 et le 11 juillet 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Dexim, représentée par Me Tirard-Rouxel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le maire de Chatou a procédé au retrait du permis de construire n° PC 78146 20 G1058 tacitement délivré le 4 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de Chatou de lui délivrer un certificat constatant l'existence du permis de construire tacite dont elle est titulaire ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chatou la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande de permis de construire n'est entachée d'aucune fraude ; elle mentionne clairement que la localisation de la servitude de passage sur le lot 1 au bénéfice du lot 2 est modifiée par rapport à celle indiquée dans la déclaration préalable de lotissement ; l'emplacement de la servitude de passage au profit du lot 2 déjà bâti n'a, en tout état de cause, aucune incidence sur la conformité du projet de réalisation de 4 maisons individuelles sur le lot 1 aux règles d'urbanisme applicables ;

- le permis de construire qui lui a été délivré ne pouvait pas davantage être retiré le 6 juillet 2021 en raison d'une éventuelle illégalité dès lors qu'à cette date, le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme était expiré ; l'arrêté attaqué est donc tardif en tant qu'il est fondé sur son caractère illégal ;

- son projet, qui ne prévoit qu'un seul accès, ne méconnait pas les dispositions de l'article UV3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Chatou ;

- il ne méconnait pas les dispositions de l'article UV4.4 du règlement de ce plan dès lors qu'il prévoit la création au sous-sol de deux locaux destinés au stockage des ordures ménagères ;

- il ne méconnait pas les dispositions de l'article UV7.3 du règlement de ce plan dès lors que les constructions projetées s'implantent en limite séparative et ne sont donc pas concernées par les règles de retrait ;

- il ne méconnait pas les dispositions de l'article UV9 du règlement de ce plan qui imposent une emprise au sol maximale égale à 30% de la surface du terrain ;

- il ne méconnait pas les dispositions de l'article UV11.1.1 du règlement de ce plan dès lors que le quartier concerné ne présente aucun caractère ou intérêt particulier et que le projet s'insère parfaitement dans son environnement ;

- il ne méconnait pas les dispositions de l'article UV12.1 du règlement de ce plan dès lors qu'il prévoit la création de onze places de parking et que la circonstance que quatre d'entre elles soient commandées n'a pas d'incidence sur ce décompte ; les dispositions de l'article UV12.4, qui exigent au minimum 0,75 m² par logement pour le stationnement des deux-roues pour les constructions à destination d'habitat collectif, ne sont, par ailleurs, pas applicables au projet qui porte sur la construction de maisons individuelles ;

- le projet ne méconnait pas l'article UV13 du règlement du PLU dès lors qu'il maintient 11 des arbres existants et prévoit bien le remplacement par des essences équivalentes des arbres à abattre ; il ne méconnait pas non plus les dispositions de l'article UV13.1 de ce règlement dès lors qu'en dépit de l'erreur matérielle relative à l'échelle mentionnée sur la pièce PC 2.5, les cotes affichées sont précises et permettent de calculer correctement l'espace de pleine terre préservé par le projet.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 22 juin 2022, la SELARL AJRS, représentée par Me Tirard-Rouxel, demande au tribunal de faire droit aux conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête.

Elle soutient que son intervention est recevable et s'associe aux moyens de la requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, la commune de Chatou, représentée par Me Lalanne, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 30 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 5 septembre 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Amar-Cid, première conseillère,

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public,

- les observations de Me Chanoine, représentant la SAS Dexim,

- et les observations de Me Liénard-Léandri, pour la commune de Chatou.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 juillet 2021 dont la société Dexim demande l'annulation, le maire de Chatou a retiré le permis de construire n° PC 78146 20 G1058 tacitement délivré à cette dernière le 4 mars 2021 en vue de la démolition d'une construction existante et de l'édification de 4 maisons individuelles et de 11 emplacements de stationnement en sous-sol.

Sur l'intervention volontaire de la SELARL AJRS :

2. Eu égard à la nature et à l'objet du présent litige, la SELARL AJRS justifie, en sa qualité de mandataire judiciaire à la procédure de sauvegarde de la société Dexim, d'un intérêt suffisant à intervenir au soutien des conclusions de la requête. Par suite, il y a lieu d'admettre son intervention.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. "

4. Compte tenu de l'objectif de sécurité juridique poursuivi par le législateur, qui ressort des travaux préparatoires de la loi du 13 juillet 2006 dont ces dispositions sont issues, l'autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire, d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle ce permis a été accordé. Néanmoins, outre le cas d'une demande de son bénéficiaire, un permis de construire peut faire l'objet d'un retrait, une fois ce délai expiré, au vu d'éléments dont l'administration a connaissance postérieurement à la délivrance du permis, établissant l'existence d'une fraude à la date où il a été délivré. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, en revanche, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

5. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 15 juin 2020, le maire de Chatou ne s'est pas opposé à la division du terrain constitué des parcelles cadastrées AD n° 683, 684, 557 et 686 en 2 lots dont un à bâtir et a tacitement délivré à la société Dexim le 4 mars 2021 un permis de construire en vue de la construction de 4 maisons individuelles sur ce dernier lot. Pour procéder au retrait de ce permis le 6 juillet 2021, le maire de Chatou s'est notamment fondé sur l'existence d'une fraude tenant à la méconnaissance par le projet litigieux des " éléments structurants " de la déclaration préalable de lotissement qui l'a précédé, dans la mesure où il modifie l'accès carrossable au lot n°2 et a pour effet d'enclaver ce lot. Toutefois, d'une part, une autorisation d'occupation des sols délivrée sur l'un des lots issus d'une division foncière ayant donné lieu à une autorisation de lotir n'est pas prise pour l'application de la décision par laquelle l'administration a délivré l'autorisation de lotir, cette dernière ne constituant pas non plus la base légale de la première. La société pétitionnaire n'était ainsi pas liée par l'implantation des constructions et la localisation des accès représentées, à titre indicatif, dans la déclaration préalable de division. Par suite, la commune de Chatou ne pouvait légalement se fonder, pour démontrer l'existence d'une fraude, sur la " méconnaissance " par la demande de permis de construire litigieuse de l'autorisation de lotir qu'elle a délivrée le 15 juin 2020. D'autre part, il ressort des éléments concordants ressortant tant du plan de géomètre, du plan du sous-sol, de la " note pour le service instructeur " que de l'avenant à la promesse de vente du terrain en date du 3 décembre 2020 joints à la demande de permis de construire que la société Dexim a représenté de façon très claire la servitude de passage prévue sur le lot n°1 au profit du lot n°2, en mentionnant en outre explicitement que sa localisation était différente de celle envisagée au stade de la déclaration préalable de lotissement et que de ce fait, 3 places de stationnement supplémentaires étaient prévues sur le lot n°1 au profit du lot n°2. Il ne ressort plus généralement d'aucune pièce du dossier, et notamment pas de la mention " servitude de passage et de réseaux " non assortie de la moindre précision apparaissant sur le plan de masse, que la société Dexim aurait procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité de son projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. La commune de Chatou, qui ne fait au demeurant état d'aucun élément dont elle aurait eu connaissance postérieurement à la délivrance du permis en cause, ne pouvait dès lors invoquer l'existence d'une fraude pour procéder au retrait du permis de construire délivré à la société Dexim.

6. Par ailleurs, pour procéder d'office le 6 juillet 2021, soit postérieurement au délai de 3 mois fixé par les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme citées au point 3, au retrait du permis tacitement délivré le 4 mars 2021 à la société Dexim, la commune de Chatou ne pouvait légalement se fonder, en l'absence de fraude, sur des motifs tirés de l'illégalité de cette autorisation au regard de divers articles du règlement de la zone UV du PLU de la commune.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état de l'instruction, de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que la société Dexim est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2021 du maire de Chatou.

Sur les conclusions aux fins d'injonction:

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

10. Le présent jugement, qui annule dans tous ses effets l'arrêté du 6 juillet 2021, a pour portée de faire revivre le permis de construire tacite obtenu par la société Dexim. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Chatou la délivrance à la société Dexim d'un certificat de permis tacite dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Dexim, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Chatou au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de cette dernière, en application de ces mêmes dispositions, le versement à la société Dexim de la somme de 1 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la SELARL AJRS est admise.

Article 2 : L'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le maire de Chatou a procédé au retrait du permis de construire accordé tacitement à la société Dexim est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au maire de Chatou de délivrer à la société Dexim, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, un certificat constatant la délivrance à l'intéressée d'un permis de construire tacite.

Article 4 : La commune de Chatou versera à la société Dexim la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Chatou présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Dexim, à la SELARL AJRS et à la commune de Chatou.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

J. Amar-Cid

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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