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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2107986

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2107986

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2107986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL GARCIA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet du Calvados lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît le principe du caractère contradictoire de la procédure prévu par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'il n'a pu, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, présenter ses observations ;

- il a été pris en violation du droit d'être assisté par un avocat conformément à l'article 6 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la décision portant retrait de son titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît la directive 2008/115/CE, dès lors que le préfet du Calvados ne caractérise nullement un quelconque risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'alinéa 2 de l'article 11 de la directive 2008/115/CE, dès lors que les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont plus restrictives.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2021, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- le jugement n° 2107986 du 23 septembre 2021 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 13 février 2002, est entré en France, selon ses déclarations, en 2017. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance puis s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant, valable du 26 février 2021 au 25 février 2022. A la suite de son interpellation par les services de police, le 12 septembre 2021, et de sa condamnation, par un jugement du 15 septembre 2021, à une peine d'emprisonnement de huit mois avec sursis pour vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, le préfet du Calvados, par un arrêté du 15 septembre 2021, lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur l'objet du litige :

2. Par un jugement du 23 septembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif a, d'une part, rejeté les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français et, d'autre part, renvoyé à une formation collégiale les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de son titre de séjour. Seules ces dernières conclusions demeurent en litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait du titre de séjour :

3. En premier lieu, lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant retrait du titre de séjour dont M. C était titulaire a été prise par le préfet du Calvados au regard de la menace que le comportement de l'intéressé constituait pour l'ordre public. Le préfet a ainsi relevé que l'intéressé a été interpellé le 12 septembre 2021 pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité de travail supérieure à huit jours et écroué sous mandat de dépôt le 14 septembre suivant, avant d'être condamné en comparution immédiate le 15 septembre 2021 à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis. Il ressort également des mentions de l'arrêté attaqué que M. C a fait l'objet de plusieurs signalements en 2019 et en 2021 pour des faits de vol aggravé, violence avec arme, recel de vol, outrage et rébellion. Eu égard à la nature et à la gravité de tels faits, qui présentent un caractère répété, ainsi qu'à leur caractère récent à la date de la décision contestée, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. C était de nature à menacer l'ordre public et à justifier le retrait de sa carte de séjour.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Calvados aurait insuffisamment examiné la situation du requérant.

6. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui soutient être entré en France en 2017 alors qu'il était mineur, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance puis a bénéficié de plusieurs contrats jeune majeur. Toutefois, il est célibataire et sans enfant, et n'établit pas la réalité des liens qu'il aurait noués en France. Il ne justifie d'aucune insertion professionnelle, et ne démontre pas davantage être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en lui retirant son titre de séjour, le préfet du Calvados n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le préfet du Calvados lui a retiré son titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. C aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

signé

V. B

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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