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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108351

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108351

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBESSIS RUDYARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 septembre 2021 et 4 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Bessis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

A titre principal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2021 par laquelle le directeur adjoint chargé des ressources humaines du centre hospitalier d'Arpajon, l'a suspendue de ses fonctions à compter du 15 septembre 2021 jusqu'a` ce qu'elle satisfasse a` l'obligation de vaccination contre la covid-19 prévue par l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative a` la gestion de la crise sanitaire ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de la réintégrer et de lui verser son salaire depuis le 15 septembre 2021 ;

3°) de condamner le centre hospitalier d'Arpajon à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;

A titre subsidiaire,

4°) de renvoyer devant la Cour de justice de l'Union Européenne le présent dossier ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Arpajon la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par le directeur adjoint du centre hospitalier incompétemment ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute d'un entretien préalable à la mesure de suspension ;

- la décision a été prise de manière anticipée sans attendre le 15 septembre 2021 et sans lui faire de proposition d'affectation sur un poste pour lequel l'obligation vaccinale n'existe pas en méconnaissance de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ;

- elle méconnait la procédure de suspension applicable a` un agent public en vertu du décret du 17 janvier 1986 et de la loi n°86-634 du 13 juillet 1983 ;

- l'intérêt général ne peut autoriser les autorités publiques d'empêcher les salariés de travailler ;

- aucune solution alternative d'affectation ne lui a été proposée ;

- elle méconnaît les principes fondamentaux de la liberté de disposer de son corps et du refus de toute contrainte physique ou morale issus des articles 16-1 et 16-3 du code civil, de la loi du 5 mars 2012, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la convention d'Oviedo du 4 avril 1997, de l'article 3 de la déclaration universelle de la bioéthique ;

- elle méconnaît le droit au travail et à l'emploi posée par le préambule de la constitution de 1946 et l'article 15 de la Charte des droits fondamentaux ;

- les vaccins sont potentiellement dangereux et peuvent causer des effets indésirables comme le révèle plusieurs études surtout en l'absence de test effectué avant la mise sur le marché ;

- il n'a pas été tenu compte de plusieurs constats du Conseil Constitutionnel sur la possibilité de réaliser des tests, la nécessité de tenir compte des risques de contamination, etc. ;

- le principe de l'égalité a été méconnu l'obligation vaccinale n'ayant pas été imposée à tous les français comme l'obligation de dépistage et constitue une mesure discriminatoire contraire à la directive 2000/78/CE du conseil du 27 novembre 2000 et au règlement (UE) n° 2021-953 du 14 juin 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le Centre hospitalier d'Arpajon, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par une ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2023.

Par une lettre du 5 janvier 2023, les parties ont été informées sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal est susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, ces conclusions étant nouvelles et formulées après le délai de recours contentieux.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution et son préambule ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- la convention d'Oviedo du 4 avril 1997 ;

- le règlement (UE) n° 2021/953 du Parlement et du Conseil du 14 juin 2021 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- le code civil ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n°2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n°2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- les observations de Me Bessis Rudyard, représentant Mme C ;

- les observations de Me Magnaval, représentant du centre hospitalier d'Arpajon.

Une note en délibéré présentée par le centre hospitalier d'Arpajon a été enregistrée le 31 janvier 2023 et non communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, animatrice principale titulaire depuis le 23 octobre 2006 en poste au centre hospitalier d'Arpajon, a été suspendue sur le fondement de la loi du 5 août 2021 par une décision du 9 septembre 2021 à compter du 15 septembre 2021 jusqu'a` ce qu'elle satisfasse a` l'obligation de vaccination contre la covid-19 prévue par l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative a` la gestion de la crise sanitaire.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Les conclusions indemnitaires tendant à la réparation du préjudice moral résultant de l'illégalité de la décision attaquée ne peuvent, qu'être rejetées, ayant été présentées en cours d'instance après le délai de recours contentieux.

Sur la légalité de la décision de suspension :

S'agissant du cadre juridique du litige :

3. Aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code () " Aux termes de l'article 13 de cette loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. / Un décret détermine les conditions d'acceptation de justificatifs de vaccination, établis par des organismes étrangers, attestant de la satisfaction aux critères requis pour le certificat mentionné au même premier alinéa ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () III. - Le certificat médical de contre-indication mentionné au 2° du I du présent article peut être contrôlé par le médecin conseil de l'organisme d'assurance maladie auquel est rattachée la personne concernée. Ce contrôle prend en compte les antécédents médicaux de la personne et l'évolution de sa situation médicale et du motif de contre-indication, au regard des recommandations formulées par les autorités sanitaires. / IV. - Les employeurs et les agences régionales de santé peuvent conserver les résultats des vérifications de satisfaction à l'obligation vaccinale contre la covid-19 opérées en application du deuxième alinéa du II, jusqu'à la fin de l'obligation vaccinale. / Les employeurs et les agences régionales de santé s'assurent de la conservation sécurisée de ces documents et, à la fin de l'obligation vaccinale, de la bonne destruction de ces derniers. / V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - A. - A compter du lendemain de la publication de la présente loi et jusqu'au 14 septembre 2021 inclus, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 ou le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. / La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public. Lorsque le contrat à durée déterminée d'un agent public non titulaire est suspendu en application du premier alinéa du présent III, le contrat prend fin au terme prévu si ce dernier intervient au cours de la période de suspension ".

4. Il ressort du III de l'article 14 précité, lequel a fixé une procédure préalable à l'édiction d'une mesure de suspension, que l'employeur, qui constate que l'agent ne peut plus exercer son activité en application du I du même article, l'informe sans délai, avant de prononcer une telle mesure de suspension, des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation et le cas échéant d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier d'Arpajon a suspendu Mme C à compter du 15 septembre 2021 sur le fondement de la loi du 5 août 2021 par une décision du 9 septembre 2021 jusqu'a` ce qu'elle satisfasse a` l'obligation de vaccination. Cette décision précisait qu'elle ne percevrait pas de rémunération pendant toute cette période ainsi que les conséquences sur ses droits à carrière. Si le centre hospitalier fait valoir qu'elle a été reçue en entretien le 23 septembre 2022, d'une part, l'information donnée lors de cet entretien n'a pas été préalable à la suspension, d'autre part, il n'en ressort pas qu'elle ait été informée des moyens de régulariser autres que l'obligation vaccinale et notamment de la possibilité de régulariser sa situation en utilisant, le cas échéant, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'intéressée ait été informée de la possibilité de régulariser sa situation avant l'édiction de la décision attaquée. L'omission d'une telle information, qui a privé la requérante d'une garantie, constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité de l'arrêté contesté.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens de la requête ni de surseoir à statuer avant que la Cour de justice de l'Union européenne ait statuée, que la décision du 9 septembre 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions en injonction :

7. Eu égard au motif qui fonde l'annulation de la décision attaquée, celle-ci implique nécessairement que Mme C soit réintégrée juridiquement et qu'il soit procédé au réexamen de sa situation. Il y a donc lieu d'enjoindre au Centre hospitalier d'Arpajon de réintégrer Mme C et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier d'Arpajon demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier d'Arpajon la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du centre hospitalier d'Arpajon du 9 septembre 2021 est annulée.

Article 2 : Le centre hospitalier d'Arpajon versera à Mme C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative..

Article 3 : Il est enjoint au centre hospitalier d'Arpajon de réintégrer Mme C et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requérante est rejeté.

Article 5 : Les conclusions du centre hospitalier d'Arpajon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au centre hospitalier d'Arpajon.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La Présidente rapporteure,

signé

S. BL'assesseur le plus ancien,

signé

S. Rivet

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2108351

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