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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108666

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108666

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Cassel, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 32 913,36 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu'elle a subi lors de l'exercice de ses fonctions au centre ministériel de gestion du ministère des armées ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat doit être engagée au titre des faits constitutifs de harcèlement moral dont elle a été victime au centre ministériel de gestion (CMG) du ministère des armées et en tout état de cause des fautes commises pendant le déroulement de son stage ; elle a dû faire face à une surcharge de travail à compter du mois de janvier 2018 sans être soutenue par sa hiérarchie pour y faire face ; son travail a fait l'objet de réserves infondées de la part de son tuteur et son nouveau chef de service à compter du 1er septembre 2018 qui a eu à son égard un comportement dénigrant ; l'inspection du ministère a refusé de tenir compte de la dégradation de ses conditions de travail ; la commission administrative paritaire (CAP) appelée à se prononcer sur sa titularisation n'a pas eu un dossier complet et impartial la concernant et ce dossier ne lui a pas été communiqué personnellement avant la séance de cette dernière ; les évaluations portées sur son travail dans le cadre de ses fonctions précédentes n'ont pas été prises en compte ; de manière générale, elle a fait l'objet d'un isolement professionnel et de remarques vexatoires ;

- la responsabilité pour faute de l'Etat doit être engagée dès lors que sa carrière a été gérée de manière illégale et que la décision du 20 février 2019 par laquelle le directeur du CMG a refusé de la titulariser est entachée d'un vice de procédure, en ce que la CAP s'est prononcé au regard d'un dossier administratif incomplet ;

- elle a subi un préjudice financier tenant en un manque à gagner résultant de son absence de titularisation à hauteur de 17 913,36 euros et un préjudice moral pouvant être évalué à la somme de 15 000 euros, l'ensemble assorti des intérêts au taux légal à compter de la notification de sa demande préalable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mauny,

- et les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été recrutée en tant qu'agent contractuel par le ministre des armées et affectée à compter du 1er décembre 2017 au centre ministériel de gestion (CMG) en qualité de stagiaire adjoint administratif. Elle a occupé des fonctions de gestionnaire administratif et paie au bureau " filière technique et agents non titulaires ", avant d'être affectée à compter du 2 mai 2018 à la section " filière des ouvriers d'Etat " au sein du même bureau. Par un arrêté du 20 février 2019, elle a été radiée des cadres du corps des adjoints administratifs du ministère de la défense pour insuffisance professionnelle. Par un courrier du 10 juin 2021, Mme B a formé une demande indemnitaire préalable sur laquelle le ministre a gardé le silence. Mme B demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'elle a subis pendant l'exercice de ses fonctions au CMG.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne le harcèlement moral :

2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

4. Si Mme B soutient que le rapport intermédiaire du 22 juin 2018 rédigé par son ancienne cheffe de service contient une évaluation très positive de son travail, mais que la deuxième partie de celui-ci a donné lieu à l'établissement d'un rapport de fin de stage extrêmement défavorable le 18 octobre 2018 de la part d'un autre chef de service, il résulte de l'instruction que ce premier rapport, qui relève qu'elle doit gagner en autonomie, a été établi après que Mme B a changé de filière, à sa demande, alors qu'elle rencontrait des difficultés dans la filière technique, agents non titulaires. Il résulte également de l'instruction que la requérante a bénéficié d'un tutorat et de nombreuses formations. Par ailleurs, si elle soutient qu'elle a fait l'objet de propos vexatoires de la part de son nouveau chef de bureau, à compter du 1er septembre 2018, elle n'apporte aucune pièce de nature à en justifier. Enfin, s'il résulte de l'instruction que le dossier administratif qu'elle a pu consulter le 22 février 2019 ne comportait que des éléments sur son état civil et sur son recrutement et que le rapport intermédiaire établi le 22 juin 2018 ne figurait pas dans le dossier soumis à la commission, cette seule circonstance n'est pas de nature à révéler l'existence d'agissements répétés de nature à laisser présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.

En ce qui concerne les fautes commises dans la gestion de sa carrière :

5. Si Mme B doit être regardée comme se prévalant des fautes commises lors de son stage, au regard notamment d'une surcharge de travail dans la filière technique et agents non titulaires et d'un manque d'accompagnement dans la découverte de ses fonctions, il ne résulte pas de l'instruction que les fonctions qui lui ont été confiées excédaient celles confiées à d'autres agents occupant les mêmes fonctions. Il résulte en outre de ce qui a été exposé au point 4 que Mme B a pu changer de section, à sa demande, pour être affectée à la section " filière des ouvriers de l'Etat " à compter du 2 mai 2018. Il résulte également de l'instruction qu'elle a bénéficié d'un tutorat et de 17 formations, du 6 juin 2017 au 28 septembre 2018. Elle n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle aurait été placée par sa hiérarchie dans une situation l'empêchant de réaliser les missions qui lui étaient confiées. Par ailleurs, Mme B ne conteste pas avoir rencontré des difficultés pour accomplir les tâches qui lui ont été confiées, le rapport intermédiaire du 22 juin 2018 relevant qu'il lui appartenait de gagner en autonomie, et le rapport de fin de stage relève que Mme B a refusé de reconnaître ces difficultés et d'y remédier, malgré un changement d'affectation, et a adopté un comportement qui a perturbé le bon fonctionnement du service. Par ailleurs, s'il résulte de l'instruction que le dossier soumis à la CAP ne comportait pas l'appréciation intermédiaire favorable établie par son ancienne cheffe de bureau le 22 juin 2018, cette circonstance n'apparaît pas avoir eu d'incidence sur l'avis rendu par la commission puisque ledit document a été présenté au cours de sa séance. La CAP a donc été suffisamment informée avant de rendre son avis, qui n'était d'ailleurs pas favorable à sa radiation des cadres. En tout état de cause, il résulte de ce qui précède, dès lors que l'autorité hiérarchique dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour refuser la titularisation de l'un de ses agents, que la décision en litige aurait pu être légalement prise au regard des difficultés rencontrées par la requérante dans l'exercice des missions qui lui étaient confiées. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que des fautes auraient été commises dans la gestion de sa carrière et à demander la condamnation de l'Etat à ce titre.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier les préjudices allégués par Mme B, que ses conclusions à fin de condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices résultant des fautes commises avant sa radiation des cadres doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de Mme B présentées sur leur fondement, l'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024 , à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Bélot, premier conseiller,

M. Perez, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024 .

Le président-rapporteur,

signé

O. Mauny

L'assesseur le plus ancien,

signé

S. BélotLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au ministre des Armées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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