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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108754

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108754

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantPETIT-PERRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 octobre 2021 et 13 janvier 2023, Mme B E et M. A D, représentés par Me Petit-Perrin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2021 par lequel le maire de Dourdan a délivré à la SCA la Fleuranderie un permis de construire en vue de la réalisation d'une maison d'habitation pour l'exploitation d'une activité d'héliciculture sur la parcelle cadastrée B 167 située Hameau de Semont sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la SCA la Fleuranderie la somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la SCA la Fleuranderie n'avait pas qualité pour déposer la demande de permis de construire litigieuse ;

- le dossier de demande de permis de construire était insuffisant ;

- la commission départementale de préservation des espaces naturels n'a pas été consultée en méconnaissance des articles L. 111-4 et L. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 153 du titre VIII du règlement sanitaire de l'Essonne ;

- il ne mentionne pas les prescriptions du syndicat mixte du bassin supérieur de l'Orge (SIBSO) ;

- il est entaché de fraude.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, la SCA la Fleuranderie, représentée par Me Piquot-Joly, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Dourdan, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 janvier 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCA la Fleuranderie a déposé, le 26 mars 2018, une demande de permis de construire pour l'édification d'une maison d'habitation en vue de l'exploitation d'une activité d'héliciculture sur un terrain situé Hameau de Semont sur le territoire de la commune de Dourdan. Par un arrêté du 25 juin 2018, le maire de Dourdan a refusé de faire droit à cette demande. Par un jugement n° 1808350 du 25 janvier 2021, le tribunal administratif de Versailles a annulé l'arrêté du 25 juin 2018 et a enjoint au maire de Dourdan de réexaminer la demande de la SCA la Fleuranderie dans un délai de deux mois. Par un arrêté du 13 août 2021, dont Mme E et M. D demandent l'annulation, le maire de Dourdan a accordé à la SCA la Fleuranderie le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

S'agissant du défaut de consultation de la commission départementale de préservation des espaces naturels :

2. Si les requérants font valoir que le permis de construire attaqué ne mentionne pas la consultation de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime, en violation des articles L. 111-4 et L. 111-5 du code de l'urbanisme, il ressort des dispositions de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme que " Les dispositions des articles L. 111-3 à L. 111-5 ne sont pas applicables dans les territoires où un plan local d'urbanisme, un document d'urbanisme en tenant lieu ou une carte communale est applicable ; () ". La commune de Dourdan étant dotée d'un plan local d'urbanisme (PLU), les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 111-4 et L. 111-5 du code de l'urbanisme, qui ne sont pas opposables au permis litigieux.

S'agissant de l'absence de mention des prescriptions du SIBSO :

3. Aux termes de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme : " L'arrêté prévu au premier alinéa de l'article A. 424-1 : () / d) Vise les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens. () ". En l'espèce, l'arrêté attaqué vise l'avis favorable avec prescriptions émis par le syndicat mixte du bassin supérieur de l'Orge (SIBSO) le 19 avril 2018, et son article 2 précise que les avis émis par les services, comportant des prescriptions, sont annexés à l'arrêté. Ainsi, cet arrêté, complété de ses annexes, fait bien état de l'avis rendu par ce syndicat et de son sens, conformément aux exigences de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'absence de mention des prescriptions émises par le SIBSO doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant de la qualité du pétitionnaire pour déposer la demande de permis de construire :

4. Selon le a) de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, les demandes de permis de construire sont adressées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés, notamment, " par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " La demande de permis de construire précise : / a) L'identité du ou des déclarants ; () / La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une déclaration préalable ".

5. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il en résulte que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude. Si l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, représentant la société la Fleuranderie, a attesté, en signant le cadre 8 de la demande de permis de construire déposée le 26 mars 2018, jointe au permis de construire délivré le 13 août 2021, remplir les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Ainsi, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ce que cette société ne justifie pas disposer d'une autorisation du propriétaire du terrain pour solliciter le permis litigieux. En outre, il ne saurait résulter de la mention figurant sur le Kbis de la société la Fleuranderie, le 20 novembre 2019, énonçant " rapport de la mention de radiation à compter du 1er avril 2003 " que cette société n'avait plus d'existence légale à la date de l'arrêté contesté. Dès lors, en application des principes énoncés au point précédent, en l'absence de toute fraude invoquée par les requérants, la demande doit être regardée comme ayant été déposée par une personne disposant de la qualité pour ce faire. Par suite, le moyen des requérants doit être écarté.

S'agissant de la composition du dossier de permis de construire :

7. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () ". Aux termes de l'article R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. () ".

8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire comporte la notice ainsi que les plans et les photographies exigés par le code de l'urbanisme. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, leur maison est représentée tant sur le plan de situation que sur le plan de masse du dossier. Par ailleurs, si les requérants font valoir que les plans utilisent le terme erroné de " limite de propriété ", cette circonstance est sans incidence dès lors que ce terme vise indistinctement les limites séparatives et les limites avec les voies et emprises publiques qu'aucun texte n'impose de dénommer distinctement sur les plans.

10. En second lieu, le plan de masse du dossier, qui est à l'échelle, comporte plusieurs cotes qui permettent aisément de déduire celles qui ne sont pas indiquées. En outre, s'il est exact que la mare présente sur le terrain d'assiette du projet ne figure pas sur les plans du dossier, la notice en fait état. De la même façon, si les photographies de l'environnement proche du terrain ne font pas apparaitre la maison des requérants, pourtant située en face de la future construction, elle est représentée, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, sur le plan de situation et le plan de masse. Dès lors, ces insuffisances n'ont pas été de nature, par elles-mêmes, à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

11. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.

S'agissant de la méconnaissance du règlement sanitaire de l'Essonne :

12. Le premier alinéa de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme dispose que " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ". Aux termes de l'article 153.4 du règlement sanitaire départemental de l'Essonne : " Sans préjudice de l'application des documents d'urbanisme existant dans la commune ou des cahiers des charges de lotissement, et sauf dérogations prévues à l'article 160 du présent règlement, l'implantation des bâtiments renfermant des animaux doit respecter les règles suivantes : () / les autres élevages, à l'exception des élevages de type familial et de ceux de volailles et de lapin, ne peuvent être implantés à moins de 50 mètres des immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers () ". Les dispositions des règlements sanitaires départementaux ne peuvent être utilement invoquées au soutien de la contestation de la légalité d'un permis de construire que lorsqu'elles concernent l'implantation des constructions, leur destination, leur nature, leur architecture, leurs dimensions, leur assainissement et l'aménagement de leurs abords au sens des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme.

13. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la note d'accompagnement jointe au dossier de permis de construire, que la construction en litige comprendra un local à escargots destiné à la transformation de la production, et que les parcs d'élevage seront établis dans le jardin qui était autrefois un verger. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce local, qui constitue un laboratoire de transformation, puisse être regardé comme un " bâtiment renfermant des animaux " au sens du règlement sanitaire précité, qui règlemente la construction et l'implantation des bâtiments d'élevage. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 153.4 du règlement sanitaire de l'Essonne doit être écarté.

S'agissant de la fraude :

14. Un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés ou affectés à un usage non conforme aux documents et aux règles générales d'urbanisme n'est pas, par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci.

15. Il ne résulte pas des pièces du dossier, et notamment des divers documents produits présentant l'activité d'élevage d'escargots, que le projet en litige serait, ainsi que le soutiennent les requérants, dépourvu de sérieux et uniquement destiné à permettre la construction frauduleuse d'une maison d'habitation sur un terrain agricole très bon marché. Si les requérants entendent par ailleurs faire valoir que la société pétitionnaire aurait cherché à échapper à la surface minimum d'assujettissement fixée par arrêté du préfet de l'Essonne, à laquelle se réfère l'article A2 du règlement du PLU de la commune de Dourdan, la base légale de ces dispositions a été abrogée par la loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014, de sorte que cette condition n'est plus opposable, même si elle figure toujours dans le règlement du PLU. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de permis de construire litigieux fait bien état des modalités de gestion des eaux de pluie et des eaux usées du projet. La notice et la " note d'accompagnement " mentionnent en effet que les eaux pluviales seront traitées sur la parcelle à l'aide d'un puisard, que les eaux usées seront raccordées aux réseaux d'assainissement de la ville et que le laboratoire de transformation sera équipé d'un déshuileur dégraisseur pour traiter les eaux usées résultant de cette activité avant rejet dans le réseau. Il ne ressort ainsi d'aucune pièce du dossier que la société pétitionnaire se serait livrée à des manœuvres destinées à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré du caractère frauduleux du projet litigieux doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 août 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCA la Fleuranderie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme E et de M. D, en application de ces mêmes dispositions, le versement à la SCA la Fleuranderie de la somme de 1 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E et de M. D est rejetée.

Article 2 : Mme E et de M. D verseront la somme de 1 800 euros à la SCA la Fleuranderie au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. A D, à la SCA la Fleuranderie et à la commune de Dourdan.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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