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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108763

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108763

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 octobre 2021, 4 et 22 mars et 16 mai 2022, M. A B, représenté par Me Arnoult Le Normand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 mai 2021 par laquelle le maire de Chatou a délivré à la société Nexity IR Programmes Grand Paris un permis de construire portant sur la réalisation de 142 logements et des commerces, sur un terrain sis boulevard de la République, ensemble la décision du 12 août 2021 rejetant son recours gracieux, ainsi que la décision du 25 mars 2022 portant permis de construire modificatif ;

2°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle le préfet de la région Ile de France a dispensé le projet d'évaluation environnementale ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chatou une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- voisin du projet, il a intérêt à agir ;

- le signataire du permis de construire ne disposait pas d'une délégation de signature ; ;

- la dispense d'évaluation environnementale n'est pas valable, dès lors qu'elle concerne un projet différent de celui autorisé par la ville de Chatou dans son arrêté du 10 mai 2021 ; cette décision n'étudie pas les interférences avec les autres opérations du quartier ; aucune infiltration des eaux pluviales n'a été prévue ; le projet méconnaît donc l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ;

- la société Nexity IR Programmes Grand Paris n'avait pas la qualité nécessaire pour déposer la demande de permis de construire;

- le projet implique la suppression du sentier des Doguets, qui fait partie du domaine public communal ; une désaffectation et un déclassement étaient donc nécessaires au préalable ;

- le projet a été examiné au vu des règles applicables dans les zones UCd, UPm et UV, alors qu'il est situé en zone USr ;

- le dossier de demande de permis de construire est insuffisant ;

- le projet méconnaît les dispositions des articles US 3.1.2 et US 3.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ainsi que l'article R.111-2 du code de l'urbanisme ; les rues Paul Painlevé et du Général Leclerc ne sont pas suffisantes pour absorber le trafic supplémentaire induit par le projet ; le centre du projet ne sera pas accessible aux services de secours ;

- le projet méconnaît l'article US4.2.2 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article US4.4 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article US6 du règlement du PLU ; les constructions sont implantées à moins de 4 mètres le long de la rue du Général Leclerc et du boulevard de la République ;

- le projet méconnaît l'article US7 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article US8.1.3 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article US9.2.4 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article US10.2.4 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article US11.3 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article US11.4 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article US12.1 du règlement du PLU ;

- l'ampleur des modifications apportées par le permis de construire modificatif justifiaient le dépôt d'un nouveau permis de construire ; l'autorité environnementale aurait dû être à nouveau saisie ; l'arrêté est entaché d'une erreur de zonage ; la communauté d'agglomération Saint Germain Boucles de Seine aurait dû être consultée ; l'avis du service départemental d'incendie et de secours du 1er mars 2022 ne peut être respecté.

M. B a produit un mémoire, enregistré le 30 juin 2022, qui n'a pas été communiqué.

Par des mémoires en défense et des pièces, enregistrés les 4 mars, 1er et 14 avril, et 18 mai 2022, la commune de Chatou, représentée par Me Julien Lalanne, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application des dispositions des articles L. 600-5 et/ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, ainsi qu'à la mise à la charge de M. B de la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- M. B n'établit pas avoir régulièrement notifié son recours contentieux ; la requête est donc irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 janvier, 4 mai et 3 juin 2022, la société Nexity IR Programmes Grand Paris, représentée par Me Patrick E. Durand, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application de l'article L. 600-5 et/ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, ainsi qu'à la mise à la charge de M. B de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés respectivement d'une part de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de dispense d'évaluation environnementale du 3 septembre 2020, et d'autre part de l'irrecevabilité de la requête, faute pour M. B de démontrer son intérêt à agir.

M. B a produit ses observations les 18 mars et 10 juin 2022.

Par un courrier du 3 mars 2022, les parties ont été informées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que dans l'hypothèse où le tribunal serait amené à retenir les moyens tirés de la méconnaissance des articles US7.3 et US11.3 du règlement du PLU, il serait susceptible de surseoir à statuer pendant un délai qu'il fixerait, dans l'attente de la régularisation de ces vices.

La société Nexity a présenté des observations le 15 mars 2022. M. B a présenté ses observations le 18 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public,

- et les observations de Me Le Normand, représentant M. B, de Me Lalanne représentant la commune de Chatou, et de Me Durand, représentant la société Nexity IR Programmes Grand Paris.

M. B a produit une note en délibéré, enregistrée le 8 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 10 mai 2021, le maire de Chatou a délivré à la société Nexity IR Programmes Grand Paris un permis de construire, valant également permis de démolir, en vue de la réalisation d'un projet de 4 immeubles comportant 142 logements, ainsi qu'un parc de stationnement de 188 places, sur un terrain situé boulevard de la République. M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 2 juillet 2021, recours gracieux qui a été rejeté par décision du 12 août 2021. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 10 mai 2021 et de la décision du 12 août 2021, ainsi que de la décision du 3 septembre 2020 par laquelle le préfet de la région Ile-de-France a dispensé le projet d'évaluation environnementale. Par arrêté du 25 mars 2022, le maire de Chatou a délivré, en cours d'instance, à la société Nexity IR Programmes Grand Paris un permis de construire modificatif dont M. B demande également l'annulation.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 3 septembre 2020 dispensant le projet d'évaluation environnementale :

2. Le 3 septembre 2020, le préfet de la région Ile-de-France, statuant en application de l'article R. 122-3 du code de l'environnement sur l'examen au cas par cas du projet litigieux de la société Nexity IR Programmes Grand Paris, a décidé de ne pas soumettre le projet à évaluation environnementale. M. B demande l'annulation de cette décision.

3. Aux termes de l'article L.122-1 du code de l'environnement : " () II.-Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas. () ". Aux termes de l'article R.122-2 du même code : " I. - Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau. () ". Aux termes de l'article R.122-3-1 du même texte : " () VI.- Lorsque l'autorité chargée de l'examen au cas par cas décide qu'un projet ne nécessite pas la réalisation d'une évaluation environnementale, l'autorité compétente vérifie au stade de l'autorisation que le projet présenté correspond aux caractéristiques et mesures qui ont justifié cette décision. / VII.- Doit, à peine d'irrecevabilité, être précédé d'un recours administratif préalable devant l'autorité chargée de l'examen au cas par cas tout recours contentieux contre la décision imposant la réalisation d'une évaluation environnementale. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que si la décision imposant la réalisation d'une évaluation environnementale est, en application du VII de l'article R. 122-3-1 du code de l'environnement, un acte faisant grief susceptible d'être déféré au juge de l'excès de pouvoir après exercice d'un recours administratif préalable, tel n'est pas le cas de l'acte par lequel l'autorité de l'Etat compétente en matière d'environnement décide de dispenser d'une telle évaluation le projet mentionné à l'article R. 122-2 du code de l'environnement. Un tel acte a le caractère d'une mesure préparatoire à la décision prise sur le projet, insusceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, eu égard tant à son objet qu'aux règles particulières prévues au VII de l'article R. 122-3-1 du code de l'environnement pour contester la décision imposant la réalisation d'une évaluation environnementale. La décision de dispense d'évaluation environnementale ne peut donc être contestée qu'à l'occasion de l'exercice d'un recours contre la décision autorisant le projet en cause.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 3 septembre 2020 sont irrecevables.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté de permis de construire du 10 mai 2021 et l'arrêté de permis de construire modificatif du 25 mars 2022 :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. "

7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

8. Il ressort des pièces du dossier que les nuisances visuelles dont M. B se prévaut ne sont pas établies, dès lors qu'eu égard à la distance de 120 mètres qui sépare son habitation du projet et aux caractéristiques dudit projet, celui-ci n'aura pas pour effet de modifier la vue existante dans des conditions de nature à porter atteinte aux conditions d'occupation ou de jouissance du bien du requérant. Par ailleurs, contrairement à ce que fait valoir M. B, il n'est pas établi par les pièces du dossier que la réalisation du projet, dont les deux accès sont situés sur le boulevard de la République et la rue du Général Leclerc, créera une forte augmentation du trafic automobile sur la rue Paul Painlevé, dans laquelle il réside. Enfin ni les nuisances éventuelles engendrées par les travaux, ni la prétendue " nécessité " du recours intenté par M. B, pour la préservation de la ressource en eau et le respect des règles d'urbanisme, ne permettent d'établir, conformément aux dispositions citées au point précédent de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, en quoi le projet est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Dès lors, et nonobstant la taille importante du projet, M. B n'établit pas son intérêt à agir à l'encontre des permis de construire contestés. Il s'ensuit que les conclusions présentées à l'encontre des arrêtés du 10 mai 2021 et 25 mars 2022 ne sont pas recevables.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chatou, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme que demandent la commune de Chatou et la société Nexity IR Programmes Grand Paris au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Chatou et de la société Nexity IR Programmes Grand Paris présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Chatou et à la société Nexity IR Programmes Grand Paris.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

B. Fejérdy

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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