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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108798

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108798

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantLARGERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2021 et 29 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Largeron, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2021 par lequel le maire de Corbeil-Essonnes a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la réalisation d'un bâtiment comportant trois logements sur un terrain situé au 7 passage Pommereau ;

2°) d'enjoindre au maire de Corbeil-Essonnes de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Corbeil-Essonnes la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreurs de fait en ce que, d'une part, le projet ne présente pas un habillage en " tuile en bois " mais en " bardeau en bois ", et que, d'autre part, cet habillage n'est pas présent sur l'ensemble des façades mais uniquement sur son pignon nord et sa façade est ;

- il est entaché d'erreur de droit en ce qu'aucune disposition réglementaire n'interdit l'utilisation du bois sur le territoire de la commune ; le maire a également omis de prendre en considération les dispositions du paragraphe 2 du chapitre 2 de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme (PLU), qui permettent d'autoriser les projets d'architecture contemporaine ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 111-16 et R. 111-23 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation en ce que la seule utilisation de bardeaux de bois sur une façade et un pignon de l'immeuble n'est pas de nature à porter atteinte à son environnement urbain ;

- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation en ce que la hauteur de la construction est conforme aux dispositions du plan local d'urbanisme, et en parfaite cohérence avec les dimensions des bâtiments environnants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, la commune de Corbeil-Essonnes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre une décision purement confirmative d'un précédent refus de permis de construire en date du 9 février 2021, devenu définitif ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- le projet ne s'intègre pas dans le tissu urbain environnant.

Par une ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 octobre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 avril 2021, M. B A a déposé une demande de permis de construire, valant permis de démolir, portant sur la démolition de deux garages et d'une dépendance et sur la construction d'un bâtiment collectif en R+2 comportant 3 logements pour une surface de plancher de 192 m2, sur la parcelle cadastrée BO 55 située au 7 passage Pommereau à Corbeil-Essonnes. Par un arrêté du 19 août 2021, dont M. A demande l'annulation, le maire de Corbeil-Essonnes a refusé de lui délivrer le permis sollicité.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La commune de Corbeil-Essonnes fait valoir en défense que l'arrêté du 19 août 2021 par lequel son maire s'est opposé à la demande de permis de construire déposée le 30 avril 2021 par M. A est purement confirmatif de l'arrêté du 9 février 2021, devenu définitif, par lequel le maire a refusé de faire droit à la demande de permis de construire, valant permis de démolir, déposée par le même pétitionnaire le 11 septembre 2020 pour un projet de démolition de deux garages et d'une dépendance et la construction d'un bâtiment collectif. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les travaux faisant l'objet du refus de permis de construire litigieux ne sont pas identiques à ceux du projet ayant donné lieu au refus du 9 février 2021, et s'en distinguent de manière substantielle au regard notamment de l'alignement des ouvertures en façade. Par suite, la commune de Corbeil-Essonnes n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué du 19 août 2021 aurait un caractère purement confirmatif de l'arrêté du 9 février 2021 devenu définitif et que les conclusions de la requête seraient, pour ce motif, irrecevables. La fin de non-recevoir opposée en défense doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du A du paragraphe 2 du chapitre 2 de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) : " Les constructions nouvelles doivent être réalisées : / - Soit en reprenant la forme, le gabarit, le style des constructions existant dans le secteur / - Soit selon un traitement architectural contemporain à la condition de s'intégrer au mieux au paysage naturel ou urbain environnant. / Les constructions neuves doivent attacher une attention extrême aux proportions (vides, pleins, largeur des vides, hauteur des vides), aux hauteurs des bâtiments par rapport au tissu environnant, aux hauteurs d'étages qui doivent être en cohérence avec celles des immeubles voisins. / Les constructions nouvelles doivent tenir compte des particularités morphologiques et typologiques marquantes des constructions avoisinantes (largeur des parcelles en façade sur voie, échelles, rythmes, etc). () ".

4. Pour refuser la délivrance du permis de construire sollicité, le maire de Corbeil-Essonnes a retenu que le projet, qui prévoit un habillage en tuile en bois sur l'ensemble de ses façades et qui est d'une hauteur supérieure à la maison voisine, ne reprend pas le gabarit et le style des constructions existantes dans le secteur, en méconnaissance du paragraphe 2 du chapitre 2 de la zone UB du règlement du PLU.

En ce qui concerne le matériau utilisé :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que contrairement à ce que retient l'arrêté attaqué, le projet ne prévoit pas un habillage de bois sur l'ensemble de ses façades, mais uniquement sur le pignon nord et la façade est. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être accueilli.

6. En second lieu, il résulte des termes mêmes du A du paragraphe 2 du chapitre 2 de la zone UB du règlement du PLU de Corbeil-Essonnes, que ses deuxième et troisième alinéas mentionnés au point 3, commençant chacun par " soit ", sont deux options d'une alternative offerte aux pétitionnaires. Ainsi en fondant l'arrêté attaqué sur le seul motif que le projet litigieux ne reprendrait pas le style des constructions existantes dans le secteur, sans rechercher s'il remplissait les conditions posées par l'alinéa suivant de ces dispositions, qui autorise un traitement architectural contemporain à la condition de s'intégrer au mieux au paysage naturel ou urbain environnant, le maire a commis une erreur de droit. Dès lors, ce moyen doit être accueilli.

En ce qui concerne la hauteur de la construction :

7. Il ressort des pièces du dossier que les constructions situées à proximité du projet litigieux présentent des hauteurs et des gabarits très variés. Certaines d'entre elles sont plus élevées que le projet, qui est de type R+2 et donc conforme aux règles de hauteur fixées par le PLU. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en s'opposant au projet au motif que celui-ci ne reprenait pas le gabarit des constructions avoisinantes, le maire a entaché sa décision d'une d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la demande de substitution de motif de la commune de Corbeil-Essonnes :

8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Dans son mémoire en défense communiqué au requérant, la commune de Corbeil-Essonnes fait valoir que le projet litigieux ne s'intègre pas dans le tissu urbain environnant.

10. Si elle entend, ainsi, soutenir que l'arrêté attaqué peut être légalement justifié par ce motif, il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet litigieux est situé en zone UB, qui correspond selon le PLU à des secteurs mixtes et plus denses que les quartiers pavillonnaires de la commune. La construction envisagée est située dans une impasse composée de pavillons de styles architecturaux variés, dont les hauteurs, les couleurs et les matériaux utilisés ne présentent aucune homogénéité. En outre, le projet se situe à proximité immédiate d'une construction d'habitation collective de type R+2, dont le style présente peu de cohérence avec la maison de type meulière voisine du projet litigieux. Par ailleurs, il n'apparaît pas que le projet, compte-tenu de son habillage en bardeaux de bois, dont la couleur se rapproche de celle de la maison voisine, et qui se situe au fond d'une impasse arborée, ne s'intègrerait pas de manière harmonieuse au paysage urbain environnant, alors au demeurant que l'architecte des bâtiments de France a émis, le 1er juillet 2021, un avis favorable au projet. Enfin, alors même que la construction projetée, conçue dans un style résolument contemporain, est plus haute que la maison mitoyenne, sa hauteur et son gabarit n'apparaissent pas incohérents avec ceux des immeubles voisins. Ainsi, le projet ne saurait être regardé comme ne s'intégrant pas au paysage urbain environnant. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée par la commune en défense.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est susceptible d'entrainer l'illégalité de l'arrêté attaqué.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 août 2021 par lequel le maire de Corbeil-Essonnes a refusé de lui délivrer un permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

13. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existants à la date du jugement y fait obstacle.

14. En raison des motifs qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 19 août 2021 implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que soit délivré à M. A le permis de construire sollicité sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d'enjoindre au maire de Corbeil-Essonnes de délivrer au requérant le permis de construire qu'il demande dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Corbeil-Essonnes une somme de 1 800 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 août 2021 par lequel le maire de Corbeil-Essonnes a refusé de délivrer à M. A un permis de construire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Corbeil-Essonnes de délivrer à M. A le permis de construire sollicité dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Corbeil-Essonnes versera à M. A la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Corbeil-Essonnes.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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