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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2108893

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2108893

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2108893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET MERIEM IDERKOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 octobre 2021 et le 26 avril 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. G D, représenté par Me Iderkou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 17 août 2021 par laquelle le maire de Sartrouville a exercé son droit de préemption urbain en vue de l'acquisition d'un bien situé 49, avenue Georges Clémenceau, cadastré sous le n° AM 13 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente dès lors que le maire de la commune de Sartrouville n'a pas rendu compte au conseil municipal de son exercice du droit de préemption urbain en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2122-23 du code général des collectivités territoriales ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le service des domaines n'a pas été consulté ;

- elle est illégale en ce qu'elle n'a pas été transmise au préfet ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'aucun projet d'action ou d'opération d'aménagement poursuivant un but d'intérêt général suffisamment précis n'est déterminé à la date de la préemption.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, la commune de Sartrouville, représentée par Me Carton de Grammont, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

La requête a été communiquée à M. F A, à Mme E A, à M. H A et à M. C A qui n'ont pas présenté d'observations.

Par une ordonnance en date du 28 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Féral, président-rapporteur ;

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique ;

- les observations de Me Iderkou, représentant M. D ;

- et les observations de Me Savoureux-Jolly, représentant la commune de Sartrouville.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, qui a conclu un compromis de vente le 17 avril 2021 avec les consorts A pour un bien immobilier situé 49, avenue Georges Clemenceau à Sartrouville cadastré sous le n° AM 13, a adressé à la commune une déclaration d'intention d'aliéner. Par une décision du 17 août 2021, le maire de la commune de Sartrouville a exercé le droit de préemption urbain sur ce bien au prix de 330 000 euros. M. D, en sa qualité d'acquéreur évincé, demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, () par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ". Aux termes de l'article L. 2122-23 du même code : " () Le maire doit rendre compte à chacune des réunions obligatoires du conseil municipal. () ".

3. D'une part, il est constant que, par une délibération du 25 mai 2020, le conseil municipal de Sartrouville a donné délégation au maire à l'effet d'exercer, au nom de la commune, le droit de préemption urbain. D'autre part, la circonstance, à la supposer même établie, que le maire de Sartrouville n'aurait pas satisfait à son obligation de rendre compte au conseil municipal de ce qu'il avait exercé le droit de préemption urbain pour acquérir le bien immobilier des consorts A est en tout état de cause sans incidence sur la validité de la délégation qui lui a été consentie par la délibération du 25 mai 2020 et, par suite, sur la compétence du maire pour exercer le droit de préemption urbain. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption doit recueillir l'avis du service des domaines sur le prix de l'immeuble dont il envisage de faire l'acquisition dès lors que le prix ou l'estimation figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner ou que le prix que le titulaire envisage de proposer excède le montant fixé par l'arrêté du ministre chargé du domaine prévu à l'article R. 1211-2 du code général de la propriété des personnes publiques () ". La consultation du service des domaines préalablement à l'exercice du droit de préemption par le titulaire de ce droit constitue une garantie tant pour ce dernier que pour l'auteur de la déclaration d'intention d'aliéner.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le service des domaines a été consulté préalablement à l'édiction de la décision en litige et a rendu un avis le 29 juillet 2021 dont la commune a pris connaissance préalablement à la décision attaquée qui le vise. Par suite, le moyen tiré de ce que faute de justifier de l'existence de cet avis, la décision attaquée a été rendue aux termes d'une procédure irrégulière doit être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'État dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () ". D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme que les propriétaires qui ont décidé de vendre un bien susceptible de faire l'objet d'une décision de préemption doivent savoir de façon certaine, au terme du délai de deux mois imparti au titulaire du droit de préemption pour en faire éventuellement usage, s'ils peuvent ou non poursuivre l'aliénation entreprise. Dans le cas où le titulaire du droit de préemption décide de l'exercer, les mêmes dispositions, combinées avec celles précitées du code général des collectivités territoriales, imposent que la décision de préemption soit exécutoire au terme d'un délai de deux mois, c'est-à-dire non seulement prise mais également notifiée au propriétaire intéressé et transmise au représentant de l'État. La réception de la décision par le propriétaire intéressé et le représentant de l'État dans le délai de deux mois, à la suite respectivement de sa notification et de sa transmission, constitue, par suite, une condition de la légalité de la décision de préemption.

7. Le requérant soutient qu'il n'est pas établi que la décision attaquée de préemption ait été transmise au préfet. Il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment de l'accusé de réception de transmission en préfecture produit par la commune en défense que la décision attaquée en date du 17 août 2021 a été transmise au préfet et réceptionnée par ce dernier le 24 août 2021. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () / Lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme local de l'habitat ou, en l'absence de programme local de l'habitat, lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme de construction de logements locatifs sociaux, la décision de préemption peut, sauf lorsqu'il s'agit d'un bien mentionné à l'article L. 211-4, se référer aux dispositions de cette délibération. Il en est de même lorsque la commune a délibéré pour délimiter des périmètres déterminés dans lesquels elle décide d'intervenir pour les aménager et améliorer leur qualité urbaine ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations ".

9. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. Par ailleurs, la mise en œuvre du droit de préemption urbain doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant. Le juge de l'excès de pouvoir vérifie si le projet d'action ou d'opération envisagé par le titulaire du droit de préemption est de nature à justifier légalement l'exercice de ce droit.

10. La décision de préemption litigieuse mentionne que l'avenue Georges Clémenceau est un axe structurant pour le quartier du Plateau et une ouverture sur les villes et quartiers voisins et fait état des besoins de la population et de la volonté de la commune de restructurer l'espace public et son aménagement le long de cette avenue en relevant que le bien immobilier des consorts B appartient à un ensemble de trois petits pavillons situé entre le square Marcel Dufy, deux chemins piétons et un axe très emprunté tant par les voitures que par le bus au pied de plusieurs immeubles collectifs. Elle est ainsi motivée, d'une part, par le réaménagement de l'espace public en offrant la possibilité d'agrandir le square Marcel Dufy afin de répondre à la demande des nouveaux habitants en matière d'espaces verts et récréatifs sur ce secteur et de restructurer l'entrée du square pour en améliorer l'accès et la visibilité et, d'autre part, d'améliorer l'offre de stationnement très demandée dans ce quartier. Il ressort du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du plan local d'urbanisme de la commune de Sartrouville et de l'orientation d'aménagement du quartier du Plateau qu'ils comportent comme objectif la réhabilitation de ce quartier afin de remédier aux problèmes " que rencontrent certaines résidences, de désenclaver la résidence des Indes, d'intervenir de manière globale sur l'habitat et de réaménager les espaces ". En outre, la commune de Sartrouville fait référence à une étude actuellement en cours dans le cadre du projet de renouvellement urbain de la commune qui prévoit une " mutation et une requalification " de l'avenue Clémenceau, notamment au carrefour de l'avenue et de la rue Saint-Exupéry et établit que ce quartier du Plateau fait l'objet d'une opération de réhabilitation et, en particulier, la convention " Prior " Rénovation urbaine " conclue entre la commune de Sartrouville et le département des Yvelines mentionne que " Grande oubliée de l'ANRU 1, l'avenue Clémenceau se trouve aujourd'hui dans un état négligé () Cette situation est d'autant plus paradoxale qu'il s'agit d'un des axes structurants du Plateau ". Une lettre d'information de la commune sur le renouvellement urbain, dans son numéro de juin 2021, soit deux mois avant la décision attaquée, mentionne d'ailleurs que " Pour permettre une circulation apaisée, pour rendre le cadre de vie agréable, les espaces publics (rues, squares, jardins) seront aménagés en accompagnement des opérations de construction et de rénovation. Par ailleurs l'avenue Georges Clémenceau sera réaménagé ". Par ailleurs, ainsi que la commune le fait valoir en défense, dans le rapport d'enquête publique relatif au projet de modification n° 8 du plan local d'urbanisme de la commune de Sartrouville, l'enquête s'étant déroulée du 29 janvier au 1er mars 2021, le commissaire enquêteur recommandait à la commune de prendre en compte " les aspirations du public à protéger et développer les espaces végétalisés, dans la recherche d'un juste équilibre entre urbanisation et espaces verts ". Ainsi, la commune de Sartrouville justifie, à la date de la décision de préemption attaquée du 17 août 2021, de la réalité d'un projet de réaménagement du quartier et de restructuration de l'espace public, notamment, par l'agrandissement du square Marcel Duffy et la restructuration de son entrée, ainsi que par l'amélioration de l'offre de stationnement, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date. Au demeurant, le pavillon situé au n° 53 a également fait l'objet d'une acquisition par la commune le 16 décembre 2021 pour un prix de 300 000 euros et, pour le pavillon situé au n° 47, la commune justifie avoir fait une offre d'achat au propriétaire du bien le 27 juillet 2022. Il s'ensuit que le droit de préemption a été exercé en vue de la réalisation d'une opération répondant à un des objets définis par l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, conformément à l'article L. 210-1 du même code.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation la décision en date du 17 août 2021 par laquelle le maire de Sartrouville a exercé son droit de préemption urbain en vue de l'acquisition d'un bien situé 49, avenue Georges Clémenceau.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui en tout état de cause n'est pas partie dans la présente instance, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D, le versement à la commune de Sartrouville d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sartrouville au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G D, à la commune de Sartrouville, à M. F A, à Mme E A, à M. H A et à M. C A.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, Mme Bartnicki, première conseillère M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

Le Président-rapporteur,

Signé

R. Féral

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

A. BartnickiLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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