lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2109360 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ANDRIEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 octobre 2021, 19 avril 2022 et 25 mai 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B et Mme E D, représentés par Me Andrieux et Stouffs, demandent au tribunal :
1°) d'annuler le permis de construire tacitement délivré par le maire de Chatou à M. et Mme A le 26 avril 2021 en vue de l'édification d'une maison individuelle, ainsi que la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Chatou et de M. et Mme A une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir ;
- l'Architecte des bâtiments de France n'a pas été consulté préalablement à la délivrance du permis de construire litigieux, alors que la construction envisagée se situe à proximité de deux monuments classés ;
- la notice comporte des inexactitudes, en ce qui concerne l'état de la végétation existante et en tant notamment que la notice indique que la maison sera implantée de telle façon qu'elle n'apportera aucune gêne visuelle pour les constructions alentours ;
- la notice est incomplète, faute de faire état du défrichage massif qui est intervenu en août 2020 ;
- le permis de construire contesté a été délivré en méconnaissance de l'article 13.4 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune en ce qu'il conduit à la destruction d'un espace vert qui aurait dû être préservé ;
- la commune n'était pas en mesure de vérifier la conformité du projet aux règles d'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives dans la mesure où une limite du terrain d'assiette du projet devait encore faire l'objet d'un bornage ;
- le projet méconnait les dispositions de l'article UV9 du règlement du PLU.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 mars et 13 mai 2022, M. et Mme A, représentés par Me Jobelot, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, à titre infiniment subsidiaire, à l'application de l'article L. 600-5 du même code et, en tout état de cause, à la mise à la charge de M. et Mme D d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est irrecevable, faute d'intérêt à agir de M. et Mme D ;
- aucun des moyens soulevés dans la requête n'est, en tout état de cause, fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, la commune de Chatou, représentée par Me Lalanne, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à la mise à la charge de M. et Mme D d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 12 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 27 mai 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Amar-Cid ;
- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public ;
- les observations de Me Andrieux, représentant M. et Mme D ;
- les observations de Me Lalanne pour la commune de Chatou ;
- et les observations de Me Laffont pour M. et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A ont sollicité, le 22 décembre 2020, la délivrance d'un permis de construire, en vue de l'édification d'une maison individuelle, sur le lot A d'un lotissement autorisé par un permis d'aménager délivré le 11 décembre 2020. M. et Mme D demandent l'annulation du permis de construire tacite né le 26 avril 2021 du silence gardé par le maire de Chatou sur cette demande ainsi que de la décision implicite rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'architecte des Bâtiments de France a rendu, le 27 janvier 2021, un avis sur le projet en litige. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été consulté manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, la circonstance qu'un dossier de demande de permis de construire soit incomplet ou comporte des pièces insuffisantes, imprécises ou inexactes n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire accordé que dans le cas où ces omissions, inexactitudes ou insuffisances ont été de nature à fausser l'appréciation de l'administration sur la conformité du projet à la réglementation, sans que l'autorité compétente ne soit en mesure, grâce aux autres pièces produites, d'apprécier l'ensemble des critères énumérés par ces dispositions.
4. D'autre part, aux termes de l'article UV13 du règlement du PLU : " () 13.4 - Les éléments de paysage à préserver () / Les espaces verts à préserver : / La dominante végétale des espaces verts à préserver, publics ou privés, identifiés au titre des articles L.151-19 et L.151-23 du code de l'urbanisme et repérés aux plans de zonage doit être préservée et mise en valeur au regard de : / - leur impact paysager depuis l'espace public ; / - leur fonction d'aération du tissu bâti ; / - leur valeur écologique. / Une modification partielle peut être effectuée dès lors : / - que l'unité et le caractère végétal de ces espaces ne sont pas compromis ; / - que la suppression est compensée par des plantations de quantité et de qualité équivalentes sur le terrain d'assiette de l'opération. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que plusieurs arbres présents sur le lot objet du permis de construire litigieux ont été supprimés au cours de l'année 2020. Ces abattages ayant été effectués en vue de la réalisation du projet de construction en litige, la demande de permis de construire devait décrire la végétation située sur le terrain dans son état initial, précédant ces abattages. Or, la description de l'état initial du terrain d'assiette résultant du dossier de permis de construire ne mentionne la présence que d'un seul arbre et ne fait ainsi pas état des arbres abattus en vue de la réalisation du projet. Les requérants sont ainsi fondés à soutenir que cette présentation de l'état existant du terrain est, dans cette mesure, incomplète. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la partie du lot A grevée par le PLU d'un espace vert à préserver au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, qui correspond à une bande de moins de 3 mètres de profondeur en fond de terrain, comportait plus de trois arbres dont un noyer avant les abattages réalisés au cours de l'année 2020. Or, le projet prévoit le maintien du noyer ainsi que la plantation de deux nouveaux arbres dans l'espace vert à préserver, lequel est en outre destiné à être entièrement engazonné. Les arbres abattus dans cet espace avant le dépôt de la demande de permis de construire étant compensés par des plantations de quantité et de qualité équivalentes, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la présentation incomplète ou erronée de l'état initial de la végétation sur le lot en litige a été de nature à induire en erreur la commune dans l'appréciation de la conformité du projet aux dispositions de l'article UV13.4 du règlement du PLU. En ce qui concerne le noyer figurant dans l'état existant, s'il n'est pas contesté qu'il avait en réalité été abattu à la date du dépôt de la demande de permis de construire, il résulte de ce qui précède qu'il devait néanmoins figurer dans la description de l'état initial du terrain et être remplacé par une plantation équivalente, ce qui est le cas en l'espèce puisque le projet prévoit un noyer au même emplacement. Les moyens tirés du caractère incomplet et inexact de la notice en ce qui concerne l'état de la végétation existante et de la méconnaissance des dispositions de l'article UV13.4 du règlement du PLU doivent, par suite, être écartés.
6. En troisième lieu, la circonstance que la mention sur la notice indiquant que " la maison sera implantée de telle façon qu'elle n'apportera aucune gêne visuelle pour les constructions alentours " serait inexacte est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité du projet dès lors qu'elle porte sur des considérations relatives aux droits des tiers et n'est ainsi pas de nature à avoir faussé l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet à la réglementation d'urbanisme.
7. En quatrième lieu, le permis de construire contesté n'ayant d'autre objet que d'autoriser la réalisation d'une construction conforme aux plans et indications fournis par M. et Mme A, il autorise en l'espèce l'implantation d'une construction en limite séparative. Cette autorisation étant par ailleurs délivrée sous réserve des droits des tiers, la circonstance que cette limite séparative était en cours de bornage est sans incidence sur la conformité du projet aux règles d'implantation.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article UV7 du règlement du PLU : " () La bande de constructibilité principale est d'une profondeur de 30 mètres comptés perpendiculairement à l'alignement tel que défini à l'article 6 pour les voies ouvertes à la circulation générale, à l'exclusion des impasses desservant moins de 4 constructions, des sentes et chemins réservés à la circulation piétonne et aux cycles. / La bande de constructibilité principale s'établit sur chaque terrain uniquement à compter de l'alignement de la voie qui borde le terrain où de la voie sur laquelle le terrain prend accès. / La bande de constructibilité secondaire est située au-delà des 30 mètres de la bande de constructibilité principale. () ". Aux termes de l'article UV 9 du règlement du PLU : " 9.1 - Définition / L'emprise au sol des constructions, y compris les constructions annexes mais exceptés les locaux destinés au stationnement des 2 roues et au stockage des ordures ménagères, correspond à leur projection verticale au sol, exception faite des saillies, débords de toiture, éléments architecturaux et balcons ainsi que des sous-sols et des parties de constructions ayant une hauteur au plus égale à 0,60 mètre à compter du sol naturel. / 9.2 - Règle / L'emprise au sol des constructions, ne peut empiéter sur les espaces verts à préserver, publics ou privés, identifiés aux plans de zonage. / Dans toute la zone, excepté le secteur UVv, l'emprise au sol des constructions ne peut excéder : / L'emprise au sol des constructions est limitée à 30% sur la totalité du terrain. / Pour les terrains ou parties de terrain compris dans la bande de constructibilité secondaire, l'emprise au sol des constructions est limitée à 10%. " Aux termes de l'article R. 151-21 du code de l'urbanisme : " Dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, l'ensemble du projet est apprécié au regard de la totalité des règles édictées par le plan local d'urbanisme, sauf si le règlement de ce plan s'y oppose ".
9. D'une part, en application de l'article R. 151-21 du code de l'urbanisme auquel le PLU de Chatou n'entend pas déroger, le respect par le projet des dispositions de l'article UV9 du règlement de ce plan s'apprécie à l'échelle du lotissement dans lequel il s'insère. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la surface du lotissement comprise dans le bande de constructibilité principale définie à l'article UV7 du règlement du PLU étant de 237 m2, l'emprise maximale possible dans cette bande s'élève à 71,1 m2, que le lotisseur a affecté au lot A qui accueille le projet litigieux et qui s'est également vu attribuer 12,9 m2 des 226,3 m2 d'emprise au sol autorisés à l'échelle du lotissement dans la bande de constructibilité secondaire. Le permis de construire contesté qui autorise une emprise au sol de 84 m2 est donc conforme aux dispositions de l'article UV9 du règlement du PLU.
10. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chatou et de M. et Mme A, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme que demandent M. et Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de ces derniers, en application de ces mêmes dispositions, une somme de 2 000 euros à répartir à parts égales entre la commune de Chatou et M. et Mme A.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : Les requérants verseront, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 2 000 euros à répartir à parts égales entre la commune de Chatou et M. et Mme A.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme E D, à M. et Mme C A et à la commune de Chatou.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- Mme Milon, première conseillère,
- Mme Amar-Cid, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
J. Amar-Cid
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud
La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026