vendredi 15 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2109564 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LAZARE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 novembre 2021, la SAS ABE, représentée par Me Ghaye, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du maire de Poissy portant rejet tacite de sa demande de permis de construire, dont elle a été informée par courrier du 1er juin 2021, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a présenté contre cette décision le 5 juillet 2021 ;
2°) d'enjoindre au maire de Poissy, à titre principal, de lui délivrer un certificat attestant du bénéfice d'un permis de construire tacite à la date du 21 mars 2021, à titre subsidiaire de lui délivrer le permis sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Poissy une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée, qui constitue une décision de retrait du permis qui lui a été tacitement délivré le 21 mars 2021, et non une décision refusant la délivrance de ce permis, est illégale dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ; en effet, d'une part, la demande de pièces complémentaires lui a été adressée au-delà du délai d'un mois fixé à l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme ; d'autre part, cette demande ne se réfère pas au dispositif de l'article R. 423-39 du même code ;
- la commune ne pouvait légalement exiger les pièces " PC 10.1 " et " PC 40 ", dès lors qu'elles ne figurent pas parmi les pièces exigibles, listées aux articles R. 431-36 et R. 431-16 du code de l'urbanisme ; d'autre part, l'absence de production du " dossier spécifique de sécurité " ne pouvait légalement justifier le refus, dès lors que la notice PC 4 figurant au dossier mentionne les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux, le permis de construire pouvant être délivré sous réserve de l'obtention de l'autorisation complémentaire au titre de l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation avant l'ouverture du local au public ;
- la commune ne pouvait pas davantage exiger l'indication de la référence cadastrale et un plan de géomètre justifiant la superficie du terrain, ces demandes étant excessives au regard des informations portées à la connaissance de la commune.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2021, la commune de Poissy conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable faute qu'ait été effectuée la notification du recours contentieux, ainsi que le prévoit l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milon,
- et les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS " ABE ", a déposé le 21 décembre 2020 une demande de permis de construire pour un projet de construction d'un immeuble comportant plusieurs logements d'habitation, des locaux d'activités et un parking en sous-sol, sur un terrain d'assiette constituée des parcelles cadastrées section AW 21 et 22 à Poissy. Par un courrier du 21 janvier 2021, le service instructeur a, d'une part, informé la société de la majoration d'un mois du délai d'instruction de sa demande et, d'autre part, lui a demandé de produire plusieurs pièces qu'il estimait faire défaut et de compléter certaines pièces figurant au dossier, ce, dans un délai de trois mois. La société a transmis plusieurs pièces par un courrier réceptionné le 21 avril 2021. Considérant qu'il n'avait pas été répondu à ses demandes, la commune a informé la société, par un courrier du 1er juin 2021, que sa demande de permis de construire avait été tacitement rejetée, en application des dispositions du b) de l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme. Par courrier réceptionné le 5 juillet 2021, la société ABE a formé un recours gracieux contre la décision de rejet tacite de sa demande de permis de construire. Par la requête visée ci-dessus, elle demande au tribunal d'annuler la décision portant rejet de sa demande de permis de construire et présente des conclusions aux fins d'injonction.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la nature de l'arrêté attaqué :
2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'État. / Le dossier joint à ces demandes et déclarations ne peut comprendre que les pièces nécessaires à la vérification du respect du droit de l'Union européenne, des règles relatives à l'utilisation des sols et à l'implantation, à la destination, à la nature, à l'architecture, aux dimensions et à l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords ainsi que des dispositions relatives à la salubrité ou à la sécurité publique ou relevant d'une autre législation dans les cas prévus au chapitre V du présent titre. () / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret () ". Aux termes de l'article L. 424-2 du même code : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. / Un décret en Conseil d'Etat précise les cas dans lesquels un permis tacite ne peut être acquis ".
3. S'agissant du dépôt et de l'instruction des demandes de permis de construire, l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". L'article R. 423-22 du même code prévoit que : " () le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-23 du même code fixe à trois mois le délai d'instruction de droit commun pour les demandes de permis de construire. L'article R. 423-38 de ce code dispose que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du [livre IV de la partie réglementaire du code relatif au régime applicable aux constructions, aménagements et démolitions], l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Aux termes de l'article R. 423-41 de ce même code : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R*423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R*423-23 à R*423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R*423-42 à R*423-49 ". Enfin, l'article R. 424-1 du même code prévoit qu'à défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction, déterminé comme il vient d'être dit, le silence gardé par l'autorité compétente vaut permis de construire tacite.
4. Il résulte des dispositions citées aux points 2 et 3 ci-dessus qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. En application de ces dispositions, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans un tel cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans que la demande du service instructeur puisse y faire obstacle.
5. En l'espèce, le dossier de demande de permis de construire présenté par la société " ABE " a été déposé auprès des services de la commune de Poissy le 21 décembre 2020. La commune a adressé à la société, le 21 janvier 2021, une demande tendant à la production de plusieurs pièces, dont celle-ci a accusé réception le jour-même. La société " ABE " a complété son dossier au terme du délai de trois mois qui lui avait été accordé, mais a refusé de produire les pièces " PC 10-1 " et " PC 40 " correspondant respectivement à la notice complémentaire indiquant les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux et au dossier spécifique permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, estimant que ces documents ne pouvaient être exigés. Elle fait également valoir, dans la présente instance, que les demandes portant sur d'autres points, auxquelles elle a répondu, étaient " excessives ".
6. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Et aux termes de l'article R. 431-30 du même code : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code ".
7. Il résulte des indications du dossier de permis de construire déposé par la société " ABE " que le projet comporte, au niveau du rez-de-chaussée, un local relevant de la catégorie des établissements recevant du public. Il résulte par ailleurs des indications non contredites de la société que la nature du commerce susceptible d'occuper le local n'était pas déterminée à la date de dépôt de la demande de permis de construire, et que le permis de construire aurait dû alors, en application des dispositions de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme, indiquer qu'une autorisation complémentaire au titre de l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation devrait être demandée et obtenue avant l'ouverture au public de l'établissement. Toutefois, cette circonstance ne dispensait pas la société de joindre à sa demande de permis de construire le dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, ce dossier devant comporter notamment la notice, prévue par les dispositions de l'article R. 143-22 du code de la construction et de l'habitation, précisant les matériaux utilisés pour le gros œuvre. Par suite, la demande du 21 janvier 2021 du service instructeur sollicitant la production du dossier exigé au point b) de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme, qui était justifiée, a interrompu le délai d'instruction de la demande de permis de construire de la société " ABE ", sans qu'ait d'incidence la circonstance que cette demande de pièces a illégalement porté sur les autres éléments mentionnés au point 5. Dès lors, un permis tacite n'est pas né au terme du délai d'instruction. La décision attaquée ne saurait donc constituer une décision retirant un permis tacite.
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée portant refus de permis :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus que la décision attaquée ne peut être regardée comme procédant au retrait d'un permis de construire qui aurait été précédemment délivré. La société requérante ne peut, dès lors, utilement faire valoir que cette décision est intervenue au terme d'une procédure non contradictoire.
10. En second lieu, il en résulte également que la décision attaquée de refus de permis ne procède pas d'une demande, illégale, tendant à la production de pièces manquantes, celle-ci étant justifiée en ce qui concerne le dossier exigé au point b) de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par la SAS " ABE " doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS " ABE " est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS ABE et à la commune de Poissy.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Grand d'Esnon, présidente,
- Mme Mathou, première conseillère,
- Mme Milon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Milon
La présidente,
signé
J. Grand d'Esnon La greffière,
signé
K. Dupré
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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01/06/2026