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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2109685

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2109685

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2109685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Bousquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 avril 2021 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté sa demande de renouvellement de carte professionnelle d'agent de sécurité, ensemble la décision du 15 octobre 2021 de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS rejetant son recours à l'encontre de cette décision ;

2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle sans délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la date de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- elles entrainent des conséquences disproportionnées.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2023, le conseil national des activités de sécurité privées de sécurité (CNAPS), représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a sollicité le 22 juin 2020 le renouvellement de sa carte professionnelle auprès de la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) d'Ile-de-France du CNAPS. Cette demande a été rejetée par une décision de la CLAC du 29 avril 2021, contre laquelle le requérant a exercé, le 21 juin 2021, le recours préalable obligatoire devant la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) qui en a accusé réception par un courrier du 13 juillet suivant, implicitement rejeté. Par une décision du 15 octobre 2021, cette commission a expressément rejeté le recours de l'intéressé.

2. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 633-9 du même code, dans sa rédaction applicable à la même date : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission locale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours. / Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. Une copie en est adressée à la commission locale d'agrément et de contrôle concernée. ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Par suite, M. A doit être regardé comme formant des conclusions à l'égard de la seule décision de la CNAC du CNAPS du 15 octobre 2021.

4. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ". Aux termes de l'article R. 631-4 du même code : " Dans le cadre de leurs fonctions, les acteurs de la sécurité privée respectent strictement () l'ensemble des lois et règlements en vigueur () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est rendu coupable de rébellion et de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, faits commis le 10 décembre 2015 pour lesquels il a été condamné le 13 juin 2016 par le tribunal correctionnel de Versailles à une peine d'un mois d'emprisonnement avec sursis assortie de l'obligation de suivre un stage de citoyenneté pendant six mois. La circonstance qu'une telle condamnation ne soit plus mentionnée sur le bulletin numéro 2 de son casier judiciaire, en raison de la réhabilitation automatique à laquelle il avait droit à l'issue d'une période de cinq années, est à cet égard sans incidence sur la légalité de la décision fondée sur de tels faits, dont la matérialité est établie et n'est pas contestée par le requérant.

7. Par ailleurs, M. A a également été mis en cause en qualité d'auteur d'un délit de fuite après un accident par un conducteur de véhicule terrestre, commis le 24 décembre 2020. Aucun texte ni aucun principe ne s'oppose à ce que le CNAPS tienne compte, pour apprécier si le comportement du demandeur est compatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité, de faits pour lesquels l'intéressé a été mis en cause, alors même qu'il n'aurait pas fait l'objet d'une condamnation pénale ni même de poursuites. Pour ce faire, il appartient à l'autorité administrative, au vu des éléments dont elle dispose à la date de sa décision, d'apprécier si la matérialité des faits lui parait suffisamment établie. M. A ne conteste pas la matérialité de ces faits mais se borne à faire valoir qu'il n'a fait l'objet d'aucune poursuite ni d'aucune condamnation. Or, il ne peut utilement se prévaloir de cette circonstance, le CNAPS pouvant même en dehors de toute condamnation tenir compte des faits litigieux pour refuser de renouveler sa carte professionnelle.

8. Ainsi, en retenant que ces faits, commis à une date à laquelle M. A était déjà titulaire d'une carte professionnelle et soumis à une exigence déontologique particulièrement élevée, et dont certains sont récents, caractérisent des agissements contraires à la probité et de nature à porter atteinte à la sécurité publique et des personnes, incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité, la CNAC n'a pas fait une appréciation erronée des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ni méconnu les dispositions précitées.

9. Enfin, la décision par laquelle l'autorité compétente refuse le renouvellement d'une carte professionnelle d'agent sécurité constitue une mesure de police. Il s'ensuit que le requérant ne peut utilement invoquer à l'encontre de la décision du 15 octobre 2021 le caractère disproportionné de la mesure qui a été prononcée à son encontre. En tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale dès lors qu'il sera licencié par la société qui l'emploie est sans incidence sur la légalité de cette décision.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la CNAC a rejeté sa demande de renouvellement de carte professionnelle. Les conclusions de la requête en ce sens doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au conseil national des activités de sécurité privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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