mardi 27 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2109884 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | KOBEISSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 16 novembre 2021 et 16 août 2023, M. A B, représenté par Me Kobeissi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur de CentraleSupélec a rejeté son recours gracieux contre la décision du 10 juin 2021 lui ayant refusé l'accès à la zone à régime restrictif du laboratoire L2S ;
2°) d'enjoindre à l'autorité compétente de lui proposer de reprendre ses activités de recherche en exécution du contrat le liant à l'établissement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête, qui doit être également regardée comme dirigée contre la décision du 10 juin 2021, est recevable ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- CentraleSupélec n'était pas en situation de compétence liée au regard de l'avis défavorable du 28 mai 2021 du Haut fonctionnaire de défense sécurité alors qu'un avis favorable tacite avait précédemment été émis en application de l'article R. 413-5-1 du code pénal ;
- la décision du 10 juin 2021 a pour effet d'emporter suspension de son contrat doctoral conclu le 7 octobre 2020 avec l'Université Paris-Saclay alors qu'aucun texte n'autorisait l'établissement public CentraleSupélec à suspendre son contrat sans lui proposer de contrat dans un autre établissement ;
- cette suspension méconnait l'article 13 du contrat doctoral conclu le 7 octobre ainsi que de l'article 3 de l'avenant audit contrat conclu le 10 novembre 2020, lequel renvoie au titre XI du décret du 17 janvier 1986, en ce qu'elle n'a été précédée d'aucun entretien préalable, n'a pas été prise au terme d'une procédure contradictoire le mettant à même de demander son reclassement à son employeur ;
- elle a été rendue au terme d'une procédure irrégulière et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 114-1 du code sécurité intérieure.
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 26 juin, 16 août et 13 septembre 2023, l'établissement public CentraleSupélec, représenté par Me Paloux, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il était, en application de l'article R. 413-5-1 du code pénal et de la circulaire interministérielle no 3415/SGDSN/AIST/PST du 7 novembre 2012, en situation de compétence liée pour refuser l'accès aux zones à régime restrictif en cas d'avis défavorable du de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation de sorte que les moyens tirés de l'illégalité des décisions sont par suite inopérants ;
- ces moyens ne sont en tout état de cause pas fondés.
Par une ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier ressort, au 21 décembre 2023 à 10 heures.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bartnicki,
- et les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant libanais entré en France en 2018 et titulaire du carte de séjour pluriannuelle mention " passeport talent : chercheur et exercice d'une activité salariée " valable du 1er novembre 2020 au 30 septembre 2023, a été engagé en qualité de doctorant contractuel pour une durée de trois ans par l'Université Paris Saclay par contrat doctoral du 7 octobre 2020, modifié par avenant du 10 novembre 2020, lequel prévoit en son article 2 que les activités de recherche du doctorat puissent être effectuées dans un établissement appartenant à l'Université et celles hors recherche dans un établissement autre. Pour les besoins de la réalisation de sa thèse de doctorat, M. B a demandé, le 9 juillet 2020, à l'établissement public CentraleSupélec l'accès à son laboratoire de recherche L2S, lequel constitue une " zone à régime restrictif " au sens des dispositions de l'article R. 413-5 1 du code pénal. Par décision du 10 juin 2021 le directeur de CentraleSupélec a refusé la délivrance de l'autorisation sollicité et demandé à M. B de stopper tous travaux de recherche concernés par sa demande d'accès au motif que le Haut fonctionnaire de défense sécurité du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation avait émis un avis défavorable le 28 mai 2022. M. B a présenté un recours gracieux qui a été rejeté par décision du 15 septembre 2021 dont il demande l'annulation.
Sur l'étendue du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. En l'espèce, les conclusions de la requête, dirigées contre la décision du 15 septembre 2021 prise à la suite du recours gracieux du requérant, doivent être regardées comme étant aussi dirigées contre la décision initiale du 10 juin 2021, sans qu'importe, contrairement à ce que soutient CentraleSupélec en défense, la circonstance qu'aucun moyen n'ait été expressément soulevé à l'encontre de cette première décision aux termes de la requête introductive d'instance, les moyens invoqués contre la décision du 15 septembre 2021 devant également être regardés comme dirigés contre la décision du 10 juin 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision du 10 juin 2021 n'a que pour objet de refuser l'accès à M. B au laboratoire de recherche L2S et de poursuivre ses travaux de recherche uniquement au sein de ce laboratoire. Elle n'a dès lors pas, contrairement à ce que soutient le requérant, eu pour effet de suspendre le contrat doctoral le liant à l'université Paris Saclay de sorte que l'ensemble des moyens portant sur l'illégalité de cette décision de suspension qui n'existe pas ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 413-5-1 du code pénal : " I. - Sont dites " zones à régime restrictif " celles des zones, mentionnées à l'article R. 413-1, dont le besoin de protection tient à l'impératif qui s'attache à empêcher que des éléments essentiels du potentiel scientifique ou technique de la nation : / 1° Fassent l'objet d'une captation de nature à affaiblir ses moyens de défense, à compromettre sa sécurité ou à porter préjudice à ses autres intérêts fondamentaux ; / 2° Ou soient détournés à des fins de terrorisme, de prolifération d'armes de destruction massive et de leurs vecteurs ou de contribution à l'accroissement d'arsenaux militaires. / Les zones à régime restrictif peuvent inclure, dans leur périmètre, des locaux dont la protection renforcée est justifiée par l'entreposage de produits ou par l'exécution d'activités comportant des risques particuliers au regard des impératifs mentionnés aux trois premiers alinéas. / II. - Par dérogation aux deux premiers alinéas de l'article R. 413-5, l'accès à une zone à régime restrictif pour y effectuer un stage, y préparer un doctorat, y participer à une activité de recherche, y suivre une formation, y effectuer une prestation de service ou y exercer une activité professionnelle est soumis à l'autorisation du chef du service, d'établissement ou d'entreprise, après avis favorable du ministre chargé d'en exercer la tutelle ou, à défaut de ministre de tutelle, du ministre qui a déterminé le besoin de protection en application de l'article R. 413-2. / La demande d'avis est adressée par le chef de service, d'établissement ou d'entreprise au ministre mentionné au précédent alinéa. Le silence gardé par le ministre au cours des deux mois suivant la réception de la demande vaut avis favorable. / Le refus d'autorisation d'accès n'est pas motivé () ". Il résulte de ces dispositions qu'un avis défavorable du ministre de tutelle fait obstacle à ce que l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'accès à une zone à régime restrictif, qui est le chef d'établissement, accorde cette autorisation.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation n'a accusé réception que le 11 mai 2021 de la demande d'avis qui lui avait été adressée concernant la demande d'accès présentée par M. B par courriel du directeur de CentraleSupélec. Si le retard de réception de la demande d'avis fait suite à des dysfonctionnements informatiques non imputables au requérant, cette circonstance n'a toutefois pas pour autant pour effet de faire courir le délai de deux mois prévu aux dispositions citées au point précédent à une date antérieure à celle de la réception effective de la demande d'avis. L'avis défavorable du ministère ayant été rendu le 28 mai 2021, soit dans le délai de deux mois à compter de la réception de la demande d'avis le 11 mai 2021, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'un avis favorable implicite serait né au préalable du silence gardé par le ministre de tutelle de CentraleSupélec. Par suite, le directeur de CentraleSupélec était bien en situation de compétence liée pour rejeter la demande formée par M. B et l'ensemble des autres moyens invoqués à l'encontre de la décision de refus d'accès au laboratoire L2S, regardés comme également dirigées contre la décision initiale du 15 juin 2021, sont inopérants en ce qu'ils ne tendent pas à contester la situation de compétence liée.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de CentraleSupélec, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En outre, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de CentraleSupélec présentées sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de CentraleSupélec présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au directeur de CentraleSupélec.
Copie en sera adressée au à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
M. Brumeaux, président honoraire,
Mme Bartnicki, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.
La rapporteure,
Signé
A. Bartnicki
Le président,
Signé
R. Féral Le greffier,
Signé
C. Gueldry
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026