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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2109889

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2109889

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2109889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Gibelin
Avocat requérantTHIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 16 novembre 2021 et 25 février 2022, M. A B, représenté par Me Thiel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référence " 48 SI " du 17 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire, ainsi que les décisions ministérielles de retrait de points et la décision du 1er octobre 2021 du préfet des Yvelines lui demandant de restituer son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de créditer son permis des quatre points du stage qu'il a effectué les 2 et 3 août 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de rétablir les points au capital de son permis de conduire et de lui restituer son permis de conduire, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision " 48 SI " n'est pas motivée, en méconnaissance des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision est illégale en raison du vice de procédure entachant les décisions de retrait de point, dès lors que l'obligation d'information du conducteur prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route a été méconnue ;

- cette décision méconnait également l'article L. 223-6 du code de la route, dès lors qu'il a effectué un stage de récupération de points les 2 et 3 août 2021 ;

- la réalité de l'infraction du 18 mai 2020 d'usage de téléphone au volant n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, dès lors que la décision " 48 SI " a été notifiée le 17 juin 2021 et a été retournée avec la mention " Pli avisé et non réclamé " ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gibelin pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 7 septembre 1978, a commis une série d'infractions au code de la route, qui ont donné lieu au retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Par une décision, référencée " 48 SI ", du 17 juin 2021, le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte des points du capital de son permis de conduire, le récapitulatif des décisions antérieures portant retrait de points et a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de point. Par un courrier du 1er octobre 2021, le préfet des Yvelines l'a invité à restituer son permis de conduire. Par un courrier daté du 15 novembre 2021 qu'il qualifie de recours gracieux, M. B a sollicité une nouvelle notification de la décision " 48 SI ", l'ajout du crédit des quatre points du stage de récupération de points qu'il a effectué au mois d'août 2021, et la preuve de la délivrance des informations préalables. Ces demandes ont été implicitement rejetées. Par sa requête, M. B demande l'annulation des décisions des 17 juin et 1er octobre 2021 ainsi que des décisions de retrait de points.

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière, le pli recommandé renvoyé à l'administration auquel est rattaché le volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du pli et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

4. En outre, il résulte de la combinaison des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative que le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de sa notification qui n'est opposable qu'à la condition que les délais et les voies de recours aient été indiqués dans cette notification. Pour l'application de ces dispositions, les décisions référencées 48 SI constatant la perte de validité du permis de conduire pour solde de points nul, dont l'administration n'est pas en mesure d'éditer des copies, doivent être regardées, sauf preuve contraire apportée par leur destinataire, comme conformes au modèle qui sert de base à leur édition automatisée par l'Imprimerie nationale, lequel comporte la mention des voies et délais de recours.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'un pli recommandé avec accusé de réception numéro 2C 155 385 7270 7 a été envoyé par le B.N.D.C. à M. A B. La mention figurant sur ce pli du numéro de permis de conduire de l'intéressé précédé de la lettre S indique, comme il est d'usage, que le pli contenait une décision référencée " 48 SI " d'invalidation du permis, établie selon un modèle-type comportant les voies et délais de recours, et est confirmée par les mentions du relevé d'information intégral édité le 24 janvier 2022, qui mentionne un numéro d'avis de réception de la décision " 48 SI " identique à celui qui figure sur l'avis de réception. L'avis de réception produit par le ministre de l'intérieur précise que ce pli a été présenté et avisé le 17 juin 2021 et porte également la mention " pli avisé et non réclamé ". Le requérant ne soutient ni n'allègue que l'adresse, qui est identique à celle mentionnée sur sa requête, serait erronée. Dans ces conditions, la décision " 48 SI " portant invalidation du permis de conduire de M. B doit être regardée comme lui ayant été régulièrement notifiée à la date de première présentation du pli, soit le 17 juin 2021, ce qui a fait naitre un délai de recours contentieux de deux mois contre cette décision. Dès lors, la décision " 48 SI " est devenue définitive le 18 août 2021. Par suite, et comme le soutient le ministre de l'intérieur, le délai de recours contentieux était expiré tant le 15 novembre 2021, date à laquelle l'intéressé a formé un " recours gracieux ", que le 16 novembre 2021, date à laquelle l'intéressé a introduit son recours. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " sont tardives et, par suite irrecevables. La fin de non-recevoir soulevée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B, qui comporte uniquement des moyens dirigés contre la décision " 48 SI " du 17 juin 2021, doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. GibelinLa greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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