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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2109944

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2109944

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2109944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP MENARD - WEILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Quiene, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission d'attribution des logements de la société d'HLM Immobilière 3F a refusé de lui attribuer le logement situé 4 rue Voltaire à Evry-Courcouronnes, ainsi que la décision rejetant implicitement le recours gracieux qu'il a formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commission d'attribution des logements, à titre principal, de lui attribuer ce logement ou, si celui-ci a été attribué, un logement correspondant à ses besoins et capacités, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, Me Quiene, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, de lui verser cette somme en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision, révélée par le courrier électronique qui lui a été adressé le 22 juillet 2021, est insuffisamment motivée ;

- la composition de la commission d'attribution des logements est irrégulière et les règles de quorum n'ont pas été respectées ;

- le logement auquel il a candidaté a été attribué en méconnaissance du premier alinéa de l'article R. 441-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2022, la société d'HLM Immobilière 3 F, représentée par Me Weiller, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 450 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la décision contestée, qui ne fait que constater le caractère incomplet du dossier présenté par M. B, sans émettre aucune appréciation sur le contenu de sa candidature, présente un caractère purement recognitif et est donc insusceptible de recours ;

- à titre subsidiaire, la candidature de M. B étant incomplète, les moyens qu'il a soulevés sont inopérants et sont, en tout état de cause, infondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 17 janvier 2022.

L'instruction a été close au 16 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- et les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé une demande de logement social le 20 février 2018 et a renouvelé cette demande le 20 avril 2021. Il a été reconnu comme prioritaire et devant être logé en urgence au titre du droit au logement opposable par la commission de médiation du département de l'Essonne. Par un courrier du 28 mai 2021, la société d'HLM Immobilière 3F a informé M. B de la transmission par la préfecture de l'Essonne de sa candidature pour l'attribution d'un logement situé au 4 rue Voltaire à Evry Courcouronnes et de la nécessité de transmettre, pour le 7 juin 2021 au plus tard, le formulaire, actualisé, de demande de logement accompagné des pièces justificatives. Ce courrier informait en outre M. B de ce qu'en l'absence de transmission de ces éléments, sa demande serait considérée comme annulée. Par courrier du 21 juillet 2021, le président de la commission d'attribution a informé M. B que sa candidature a été présentée à la commission qui s'est tenue le 19 juillet 2021 et que sa demande n'a pu être satisfaite en raison de l'incomplétude de son dossier, lequel ne comportait pas les justificatifs portant sur la procédure de divorce. M. B a été parallèlement informé de ce que le logement ne lui avait pas été attribué par un courrier électronique adressé le 22 juillet 2021, en réponse à sa demande, par l'agent en charge du suivi de son dossier au sein de la société d'HLM. Si M. B fait valoir que ce courrier électronique révèlerait la décision de la commission de ne pas lui attribuer le logement, il résulte au contraire de ce qui vient d'être dit que la décision de la commission d'attribution a été notifiée à l'intéressé dans le courrier du 21 juillet 2021, signé du président de ladite commission. M. B doit ainsi être regardé comme demandant au tribunal de prononcer l'annulation de la décision de la commission d'attribution des logements de la société d'HLM immobilière 3F rejetant sa candidature en raison de son incomplétude, notifiée par courrier du 21 juillet 2021, ainsi que de la décision rejetant implicitement le recours gracieux qu'il a formé contre cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " I. - Il est créé, dans chaque organisme d'habitations à loyer modéré, une commission d'attribution des logements et d'examen de l'occupation des logements. () / III. - La commission attribue nominativement chaque logement locatif. / Elle exerce sa mission d'attribution des logements locatifs dans le respect des articles L. 441-1 et L. 441-2-3, en prenant en compte les objectifs fixés à l'article L. 441. () ". Aux termes de l'article L. 441-2-2 du même code : " Tout rejet d'une demande d'attribution doit être notifié par écrit au demandeur, dans un document exposant le ou les motifs du refus d'attribution () ".

3. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 1 ci-dessus, le courrier électronique adressé à M. B le 22 juillet 2021, en réponse à sa demande, par l'agent en charge du suivi de son dossier au sein de la société d'HLM Immobilière 3F ne constitue pas la notification, visée par les dispositions précitées de l'article L. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation, de la décision de la commission refusant d'attribuer à l'intéressé le logement situé à Evry, cette décision, ainsi que ses motifs, ayant été notifiés dans le courrier du 21 juillet 2021, signé du président de ladite commission. Dès lors, le requérant ne peut utilement invoquer l'insuffisance de motivation entachant le courrier électronique du 22 juillet 2021. D'autre part, il ressort des termes du courrier adressé à M. B le 21 juillet 2021 que sa candidature a été rejetée au motif que les pièces justificatives étaient incomplètes, faute de production des pièces relatives à la procédure de divorce. La décision attaquée comporte ainsi le motif pour lequel la commission d'attribution des logements de la société d'HLM Immobilière 3F a refusé la candidature de M. B, permettant à ce dernier d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Il est créé, dans chaque organisme d'habitations à loyer modéré, une commission d'attribution des logements et d'examen de l'occupation des logements. Une commission d'attribution des logements et d'examen de l'occupation des logements est créée sur demande d'un établissement public de coopération intercommunale mentionné au vingt-troisième alinéa de l'article L. 441-1, d'un établissement public territorial de la métropole du Grand Paris ou de la commune de Paris lorsque, sur le territoire concerné, un même organisme dispose de plus de 2 000 logements locatifs sociaux. / II. - La commission prévue au I est composée : 1° De six membres représentant l'organisme d'habitations à loyer modéré, désignés selon des modalités définies par décret, qui élisent en leur sein un président ; 2° Du maire de la commune où sont implantés les logements attribués ou de son représentant. Il dispose d'une voix prépondérante en cas d'égalité des voix ; 3° Du représentant de l'Etat dans le département ou de son représentant ; 4° Du président de l'établissement public de coopération intercommunale mentionné au vingt-troisième alinéa de l'article L. 441-1 ou du président du conseil de territoire de l'établissement public territorial de la métropole du Grand Paris où sont situés les logements ou de leur représentant. () ". Aux termes de l'article R. 441-9 du même code : " () II. - La commission, ainsi que, le cas échéant, les commissions créées en application du I, sont ainsi composées : 1° Avec voix délibérative : a) Six membres désignés par le conseil d'administration ou de surveillance dans les conditions fixées au III. Ils élisent en leur sein à la majorité absolue le président de la commission. En cas de partage égal des voix, le candidat le plus âgé est élu ; b) Le préfet ou son représentant ; c) Le président de l'établissement public de coopération intercommunale mentionné au vingt-troisième alinéa de l'article L. 441-1 ou le président du conseil de territoire de l'établissement public territorial de la métropole du Grand Paris ou leur représentant pour l'attribution des logements situés sur le territoire relevant de leur compétence. d) Le maire de la commune où sont situés les logements à attribuer, ou son représentant, pour l'attribution de ces logements. Il dispose d'une voix prépondérante en cas d'égalité des voix ; e) S'il y a lieu, pour l'attribution des logements faisant l'objet d'un mandat de gérance conclu en application de l'article L. 442-9 et comprenant l'attribution des logements, le président de la commission d'attribution de l'organisme mandant ou son représentant, avec voix délibérative. () ". Enfin, aux termes du point 3 du III du règlement intérieur des commissions d'attribution des logements et d'examen de l'occupation des logements élaboré par la société d'HLM Immobilière 3F : " Chaque commission peut valablement délibérer si trois de ses membres sont présents. Tout membre de la commission peut donner pouvoir à un autre membre de la commission de le représenter lors de la séance. Chaque membre de la commission ne peut bénéficier que d'un pouvoir. () / Après chaque réunion, il est dressé un procès-verbal qui est signé par le président de séance et par au moins l'un des autres membres de la commission présents () ".

5. Il ressort des indications, non contestées, du procès-verbal établi au terme de la séance du 19 juillet 2021 au cours de laquelle la commission d'attribution des logements de la société d'HLM Immobilière 3F a examiné la candidature de M. B que sept membres de la commission étaient soit présents, soit représentés. Le quorum prévu par le règlement intérieur applicable en l'espèce était, dès lors, atteint. D'autre part, si le requérant soutient que le règlement intérieur serait contraire aux dispositions du code de la construction et de l'habitation, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier l'éventuel bien-fondé. Enfin, s'il invoque l'irrégularité de la composition de la commission, il n'assortit pas davantage cette branche du moyen des précisions nécessaires. Le moyen tiré de l'irrégularité affectant la procédure au terme de laquelle a été prise la décision attaquée doit donc être écarté, en toutes ses branches.

6. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 441-3 du code de la construction et de l'habitation : " Sauf en cas d'insuffisance du nombre des candidats, les commissions d'attribution prévues à l'article L. 441-2 examinent au moins trois demandes pour un même logement à attribuer. Il est fait exception à cette obligation quand elles examinent les candidatures de personnes désignées par le préfet en application du septième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 () ".

7. Il ressort des indications figurant sur la liste annexée au procès-verbal de la séance du 19 juillet 2021 que seule la candidature de M. B a été présentée pour l'attribution du logement mentionné au point 1. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 441-3 du code de la construction et de l'habitation doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, si le requérant fait valoir qu'il a été reconnu prioritaire à l'attribution d'un logement social par la commission de médiation du département de l'Essonne, qu'il établissait être dépourvu de logement et que le logement proposé correspondait à ses besoins et capacités financières, il ne conteste pas le motif fondant le rejet de sa candidature, tenant à l'incomplétude de son dossier. Il n'établit donc pas que la décision de la commission serait entachée d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la société d'HLM Immobilière 3F en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles-ci font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par le requérant sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société d'HLM Immobilière 3F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la société d'HLM Immobilière 3F.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

signé

A. Milon

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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