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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2109963

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2109963

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2109963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP DELAMARRE & JEHANNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2021, la SAS Speculoos, représentée par Me Moncalis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Champcueil s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 091 135 21 10041 déposée le 27 juillet 2021 en vue de procéder à la division de la parcelle cadastrée section AH n° 205p en trois lots dont deux à bâtir ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Champcueil de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de sa déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Champcueil la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie d'une qualité et d'un intérêt à agir ; sa requête a été enregistrée dans le délai de recours contentieux de deux mois suivant la notification de la décision attaquée ; elle justifie avoir procédé à l'accomplissement des formalités exigées par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'insuffisance de motivation ;

- le motif tiré de ce que les caractéristiques des accès ne permettent pas de garantir les conditions de sécurité et de desserte des lots projetés méconnaît les dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- le motif tiré de ce que le projet prévoit une densité de construction ne permettant pas de garantir l'intégration des futures constructions dans le paysage urbain méconnaît les dispositions de l'article UA 11 du règlement du PLU.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, la commune de Champcueil, représentée par la SCP Delamarre et Jéhannin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er février 2023 à 12 heures.

La SAS Speculoos et la commune de Champcueil ont présenté des mémoires respectivement enregistrés les 4 et 8 janvier 2024, soit postérieurement à la clôture d'instruction, lesquels n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maljevic, conseiller,

- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guerrero, représentant la commune de Champcueil.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Speculoos a déposé, le 27 juillet 2021, une déclaration préalable en vue de procéder à la division de la parcelle cadastrée section AH n° 205p en trois lots dont deux à bâtir. Par une décision du 22 septembre 2021, le maire de la commune de Champcueil s'est opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la SAS Speculoos demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article L. 442-1-2 du même code : " Le périmètre du lotissement comprend le ou les lots destinés à l'implantation de bâtiments ainsi que, s'ils sont prévus, les voies de desserte, les équipements et les espaces communs à ces lots. Le lotisseur peut toutefois choisir d'inclure dans le périmètre du lotissement des parties déjà bâties de l'unité foncière ou des unités foncières concernées ".

3. Une opération ayant pour effet la division d'une propriété foncière en plusieurs lots constitue un lotissement, au sens de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme, s'il est prévu d'implanter des bâtiments sur l'un au moins de ces lots. Une telle opération doit respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme et les documents locaux d'urbanisme. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de s'opposer à la déclaration préalable sollicitée lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, le projet de lotissement prévoit l'implantation de constructions dont la conformité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

4. L'arrêté attaqué portant opposition à déclaration préalable est fondé sur deux motifs, dont le premier tient à la méconnaissance des dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Champcueil dès lors que le projet ne permet pas de garantir les conditions de sécurité et de desserte des constructions, ainsi que de circulation piétonne au droit de la rue du Télégraphe, et dont le second tient à la méconnaissance des dispositions de l'article UA 11 du règlement du même PLU en ce que le projet présente une densité de construction en désaccord avec le bâti environnant, qui ne permet pas de garantir l'intégration des futures constructions dans le paysage urbain de ce territoire rural.

En ce qui concerne le motif tenant à la méconnaissance de l'article UA 3 du règlement du PLU :

5. Aux termes de l'article UA 3 du règlement du PLU relatif aux condititons de desserte et d'accès des terrains : " - Pour être constructible, une unité foncière doit être desservie par une voie publique ou privée et disposer d'un accès (éventuellement par application de l'article 682 du Code Civil) sur une voie publique ou privée ouverte à la circulation générale. / Leurs caractéristiques devront assurer un bon état de viabilité, être adaptées aux besoins de la construction envisagée et satisfaire aux exigences de sécurité et de lutte contre l'incendie, notamment quand elle entraîne des manœuvres de véhicules lourds et encombrants. / - Toute voie nouvelle se terminant par une impasse doit être aménagée pour permettre le demi-tour des véhicules des services de secours incendie ou de ramassage des ordures ménagères ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le projet de lotissement prévoit la réalisation de deux accès charretiers d'une largeur respective de 5 mètres dont le premier permet la desserte du lot A et le second assure la desserte commune des lots B et C. Ces deux accès débouchent sur la rue du Télégraphe, laquelle constitue une voie à double sens de circulation où la vitesse est limitée à 30 km/h et réduite par la présence de deux " coussins berlinois ". Eu égard à leur largeur et leur positionnement, ces deux accès offrent une visibilité suffisante aux véhicules sortants pour s'insérer sur la voie, sans risque particulier en termes de sécurité et ce, quelle que soit la densité du trafic sur cette voie. Si la commune fait état de la largeur insuffisante du trottoir situé au droit du terrain d'assiette du projet, cette circonstance ne saurait suffire, compte tenu des caractéristiques des deux accès projetés, à considérer que les conditions de desserte des lots seraient inadaptées ou dangereuses au sens de l'article UA3 du règlement du PLU. Par ailleurs, le caractère particulièrement accidentogène de la rue du Télégraphe, dont fait état la commune en défense, n'est établie par aucune pièce du dossier et ne saurait se déduire de la seule installation de ralentisseurs sur cette voie. Enfin, en application du principe rappelé au point 3 du présent jugement, il appartient seulement au service instructeur de s'assurer que le projet de division permettra, lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises, l'implantation des constructions respectant les règles d'urbanisme applicables. A cet égard, la configuration des accès est susceptible de faire l'objet de différents aménagements lors des demandes de permis de construire afin de tenir compte de la largeur réduite du trottoir. Dans ces conditions, la commune n'établit pas le caractère inadapté et dangereux des accès au terrain d'assiette du projet litigieux. Par suite, c'est à bon droit que la société requérante soutient qu'en s'opposant à la déclaration préalable pour ce motif, le maire de Champcueil a commis une erreur d'appréciation au regard dispositions de l'article UA 3 du règlement du PLU.

En ce qui concerne le motif tenant à la méconnaissance de l'article UA 11 du règlement du PLU :

7. Aux termes de l'article UA 11 du règlement du PLU relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagements de leurs abords : " GENERALITES / - Les constructions nouvelles, devront respecter les formes architecturales traditionnelles locales. Les bâtiments autorisés devront s'intégrer dans le paysage urbain de Champcueil et ne pas rompre l'unité et la cohérence du tissu urbain dans lequel elles se trouvent. / - Les extensions ou surélévations de constructions et les annexes devront satisfaire aux mêmes exigences de respect de l'unité architecturale et paysagère du bourg. Elles devront par ailleurs respecter une harmonie d'ensemble en terme de traitement et d'architecture et éviter une trop grande diversité dans l'emploi des matériaux ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet de division autorisé se situe dans un quartier d'habitat individuel, sous forme pavillonnaire, sans harmonie architecturale particulière. Le terrain d'assiette du projet est classé en zone UA, laquelle est décrite par le préambule du règlement de zone comme caractérisée par une organisation bâtie dense. Si le plan de division joint à la demande de permis d'aménager présente des hypothèses d'implantation qui se traduiront par une trame parcellaire plus resserrée que celle des pavillons environnants, une telle circonstance ne saurait suffire à considérer que les constructions susceptibles d'être édifiées sur ces lots, dont les caractéristiques ne sont à ce stade pas définies, ne pourront s'intégrer dans le paysage urbain. Par suite, c'est à bon droit que la société requérante soutient qu'en s'opposant à la déclaration préalable pour ce motif, le maire de Champcueil a commis une erreur d'appréciation au regard dispositions de l'article UA 11 du règlement du PLU.

9. Pour application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier, aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Speculoos est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2021 du maire de la commune de Champcueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire ".

12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle

13. En raison des motifs qui la fondent, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte-tenu de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le maire de la commune de Champcueil prenne une décision de non opposition à la déclaration préalable déposée par la SAS Speculoos dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS Speculoos, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Champcueil demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Champcueil une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par la SAS Speculoos et non compris dans les dépens.

15. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de la société requérante présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 septembre 2021, par lequel le maire de la commune de Champcueil s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la SAS Speculoos le 27 juillet 2021, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Champcueil de prendre une décision de non opposition à la déclaration préalable déposée par la SAS Speculoos, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Champcueil versera à la SAS Speculoos une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Champcueil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Speculoos et à la commune de Champcueil.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Maljevic

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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