mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2110044 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BELHEDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2021, Mme A C, représentée par Me Belhedi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2021 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de150 euros par jour de retard et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de faits et une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est toujours à la charge de son fils de nationalité allemande, qui n'a pas cessé de l'héberger ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
La procédure a été régulièrement communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit d'observations mais qui a produit le questionnaire de demande de titre de Mme C le 3 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêt de la Cour de justice des Communautés européennes du 9 janvier 2007, Jia c/ Migrationsverkert, (C-1/05) et l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 16 janvier 2014, Flora May Reyes c/ Migrationsverket (C-423/12) ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F ;
- et les observations de Me Belhedi représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante marocaine née en 1953, est entrée en France le 18 novembre 2018 munie d'un visa de court séjour délivré par le consul d'Allemagne au Maroc. Prise en charge et hébergée par son fils, M. G E D B, de nationalité allemande, Mme C épouse B s'est vue délivrer une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 16 mai 2020 au 15 mai 2021. Le 18 mars 2021, Mme C a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 19 octobre 2021, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Par la requête ci-dessus analysée, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 200-5, L. 233-1 à L. 233-6 et L. 610-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne différents éléments de la situation personnelle de Mme C. Il contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Yvelines s'est fondé pour décider de refuser le renouvellement de son titre de séjour et prendre une obligation de quitter le territoire. Si la requérante allègue que les mentions portées dans l'arrêté attaqué révèlent une appréciation erronée de la part du préfet, cette circonstance n'est pas de nature à établir un défaut de motivation. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1o ou 2o de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ". Les 1° et 2° de l'article L. 233-1 prévoient la possibilité de séjourner pour une durée supérieure à trois mois si les intéressés exercent une activité professionnelle en France ou disposent de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie. Par ailleurs, l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ". Il ressort en outre des dispositions combinées des articles L. 200-5, 3°, et L. 233-3 du même code qu'un titre de séjour en qualité de " membre de famille d'un citoyen de l'UE " peut également être délivré, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, à l'étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne.
4. Il résulte de ces dispositions, interprétées à la lumière de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, que, pour qu'un ascendant direct d'un citoyen de l'Union puisse être considéré comme étant " à charge " de celui-ci au sens de l'article 2, point 2, sous c), de cette directive, l'existence d'une situation de dépendance réelle doit être établie. Cette dépendance résulte d'une situation de fait caractérisée par la circonstance que le soutien matériel du membre de la famille est assuré par le ressortissant communautaire ayant fait usage de la liberté de circulation ou par son conjoint. Afin de déterminer l'existence d'une telle dépendance, l'État membre d'accueil doit apprécier si, eu égard à ses conditions économiques et sociales, l'ascendant direct d'un citoyen de l'Union ne subvient pas à ses besoins essentiels. La nécessité du soutien matériel doit exister dans l'État d'origine ou de provenance d'un tel ascendant au moment où il demande à rejoindre ledit citoyen. La preuve de la nécessité d'un soutien matériel peut être faite par tout moyen approprié, alors que le seul engagement de prendre en charge ce même membre de la famille, émanant du ressortissant communautaire ou de son conjoint, peut ne pas être regardé comme établissant l'existence d'une situation de dépendance réelle de celui-ci. Le fait en revanche, qu'un citoyen de l'Union procède régulièrement, pendant une période considérable, au versement d'une somme d'argent à ce descendant, nécessaire à ce dernier pour subvenir à ses besoins essentiels dans l'État d'origine, est de nature à démontrer qu'une situation de dépendance réelle de cet ascendant par rapport audit citoyen existe.
5. Pour rejeter la demande de titre de séjour sollicité par Mme C sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Yvelines a considéré que l'intéressée ne justifiait pas être à la charge de son fils de nationalité allemande résidant régulièrement en France et qu'elle justifiait en revanche avoir des revenus tirés d'un contrat à durée indéterminée pour un emploi de garde d'enfant à temps complet. Pour contester cette décision, la requérante fait valoir que, depuis son entrée en France en 2018, elle a toujours été hébergée et prise en charge par son fils G E D B. Toutefois, si la requérante établit être hébergée chez son fils ressortissant de l'Union Européenne depuis son arrivée en France, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier de ses relevés bancaires que ce dernier effectue des virements réguliers à sa mère afin de subvenir à ses besoins, alors même que Mme C soutient que ses deux autres fils qui résident régulièrement en France mais qui ont la nationalité marocaines, la prenne en charge en effectuant de tels virements bancaires. Enfin, la requérante a déclaré dans sa demande de renouvellement de titre de séjour signée le 15 mars 2021 et produite par le préfet des Yvelines dans la présente instance, ne pas être à la charge d'un membre de sa famille. Ainsi, quand bien même la requérante résiderait chez son fils de nationalité allemande depuis qu'elle est entrée en France en 2018, elle n'établit pas qu'elle était effectivement à sa charge au sens des dispositions précitées, au moment où elle a déposé sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Par suite, en rejetant cette demande de renouvellement, le préfet des Yvelines n'a pas fait une appréciation des dispositions applicables.
6. En troisième lieu, si Mme C se prévaut de la présence régulière en France de trois de ses fils et de ses petits-enfants, l'intéressée, qui est entrée en France en novembre 2018 à l'âge de 65 ans, a vécu la majorité de sa vie hors de France. Elle n'y a rejoint que récemment trois de ses enfants, qui pour au moins l'un d'entre eux a résidé en Allemagne, où réside d'ailleurs le mari de Mme C, avant de rejoindre la France. Dans ces conditions, et alors que la requérante ne se prévaut d'aucune insertion sociale sur le territoire national en dehors de ses enfants, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'avant d'obliger Mme C à quitter le territoire français, le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation. Le moyen tiré d'un tel défaut d'examen doit donc être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2021 du préfet des Yvelines doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
M. de Miguel, premier conseiller,
Mme Raymond-Andujar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
S. F
Le président,
signé
A. Le Méhauté
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026