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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110084

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110084

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLABOURIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 novembre 2021 et 17 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Guiorguieff, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Leuville-sur-Orge a rejeté sa demande d'octroi de la protection fonctionnelle ;

2°) de condamner la commune de Leuville-sur-Orge à lui verser la somme de 78 000 euros en réparation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Leuville-sur-Orge une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 quinquies de loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'il a été victime d'une situation de harcèlement moral pour laquelle il aurait dû obtenir le bénéfice de la protection fonctionnelle ; les accès à son poste de travail lui ont été retirés sans aucune explication, faisant obstacle à l'exercice de ses fonctions pendant plus d'un mois, dans le seul but de le contraindre à quitter la collectivité ; ses attributions lui ont été retirées en dehors de toute procédure et ont été confiées à d'autres agents ; alors qu'il était positionné pour obtenir un logement social, la proposition a été retirée à son insu au motif de son départ de la collectivité ; le supplément familial de traitement et l'allocation enfant handicapé que percevait son ex-épouse ont cessé d'être versés à compter de juillet 2021 sans motif valable ; cette situation a eu pour effet de dégrader son état de santé ;

- la prétendue décision de suspension à laquelle se réfère la commune n'existe pas ; aucune décision en ce sens ne lui a été notifiée ; il a continué à se présenter chaque jour sur son lieu de travail jusqu'à son arrêt maladie sans que sa hiérarchie ne l'informe de cette prétendue décision ; durant cette période, bien que privé des accès à son poste informatique, sa hiérarchie a continué à lui donner des instructions ; le prétendu rapport disciplinaire produit par la commune ne lui a jamais été notifié et n'était pas présent dans son dossier administratif, consulté le 29 juillet 2021 ; quels que soient les faits qui lui sont reprochés, ils ne justifiaient aucunement sa mise à l'isolement brutale hors de toute procédure ; en tout état de cause, les griefs formulés par la commune ne sont pas fondés ;

- la situation de harcèlement moral qu'il a vécu ainsi que l'illégalité de la décision de refus de protection fonctionnelle constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune de Leuville-sur-Orge ;

- la situation l'ayant contraint à rechercher en urgence un autre poste afin de sauvegarder sa santé, il a subi un préjudice financier lié à une perte de rémunération d'un montant de 800 euros par mois ; ce préjudice doit être indemnisé à hauteur de la somme totale de 48 000 euros représentant cette perte sur une période de cinq ans ;

- il a subi un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 30 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 mai et 20 décembre 2023, ce second mémoire n'ayant pas été communiqué, la commune de Leuville-sur-Orge, représentée par son maire en exercice et ayant pour avocat Me Labourier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- à compter du 2 juillet 2021, M. B a été suspendu provisoirement sur le fondement de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 en raison des nombreuses fautes commises par l'intéressé et dans l'intérêt du service ; cette décision isolée et légalement fondée, n'est pas assimilable à des agissements répétés, seuls de nature à caractériser une situation de harcèlement moral ;

- aucune faute ne peut lui être reprochée tandis que les préjudices allégués ne sont démontrés ni dans leur réalité ni dans leur quantum.

Par ordonnance du 20 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 décembre 2023.

Des pièces ont été produites pour M. B les 11 et 19 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guiorguieff.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, rédacteur territorial, a été recruté par la commune de Leuville-sur-Orge à compter du 1er février 2021 pour occuper les fonctions de directeur du pôle finances, commande publique et veille juridique. Par un courrier du 21 juillet 2021, il a sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle en raison de faits de harcèlement moral dont il s'estime victime. Le silence gardé par la commune pendant deux mois sur cette demande a fait naitre une décision implicite de rejet dont le requérant demande l'annulation, ainsi que la condamnation de la commune de Leuville-sur-Orge à l'indemniser des préjudices subis.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " I. - A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () IV. - La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

3. Lorsqu'un agent public est mis en cause par un tiers à raison de ses fonctions, il incombe à la collectivité publique dont il dépend de le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui, dans la mesure où une faute personnelle détachable du service ne lui est pas imputable, de lui accorder sa protection dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales, sauf s'il a commis une faute personnelle et, à moins qu'un motif d'intérêt général ne s'y oppose, de le protéger contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont il est l'objet. Si cette protection n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Tel est le cas, notamment, lorsque l'agent est victime de faits de harcèlement moral.

4. D'autre part, aux termes de l'article 6 quinquies de la même loi : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".

5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe ensuite à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Par ailleurs, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

6. En l'espèce, d'une part, à compter du 2 juillet 2021, M. B s'est vu couper l'accès à sa session informatique professionnelle, faisant obstacle à tout travail sur les logiciels qu'il utilisait habituellement, ainsi qu'à la consultation de sa messagerie, tandis que son téléphone portable professionnel a également été désactivé à compter du 6 juillet 2021. Malgré de nombreuses et régulières alertes sur cette situation faisant obstacle à l'exercice normal de ses fonctions, auprès de la directrice générale des services, de l'élu en charge des finances et du maire de la commune, ses accès n'ont pas été rétablis. Par courrier du 8 septembre 2021, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été notifié au requérant, le maire décidait d'ordonner sa mutation dans l'intérêt du service à compter du 11 octobre 2021, sur un poste en charge de la veille juridique et des élections. D'autre part, concomitamment, le versement du supplément familial de traitement perçu jusqu'alors par son ex-épouse a été interrompu à compter du mois de juillet, sans explication ni avertissement préalable. Ces éléments de fait, qui sont étayés par les pièces du dossier, sont susceptibles de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral à l'encontre de M. B.

7. En revanche, si M. B fait valoir qu'il aurait été positionné pour obtenir un logement social, mais que cette proposition aurait été retirée à son insu au motif de son départ de la collectivité, les pièces qu'il produit ne permettent pas de l'établir, ni de faire présumer que l'absence d'octroi d'un logement social s'inscrirait dans le contexte d'harcèlement moral qu'il décrit.

8. Pour justifier que les faits décrits au point 6 sont étrangers à toute situation de harcèlement, la commune de Leuville-sur-Orge soutient en premier lieu, qu'elle aurait pris, à compter du 2 juillet 2021, une décision de suspension de fonction de l'intéressé, à titre conservatoire, sur le fondement de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable, en raison des fautes graves commises par l'intéressé. Toutefois, il est constant qu'aucune décision de suspension à l'encontre de M. B n'a été formalisée, ni a fortiori notifiée à l'intéressé, qui a pu se rendre chaque jour sur son lieu de travail, jusqu'à son placement en congé de maladie à compter du 29 juillet 2021, sans que ses supérieurs hiérarchiques ne l'informent d'une décision en ce sens. Il ressort au contraire des pièces du dossier, d'une part, que la directrice générale des services lui a indiqué par écrit, le 7 juillet, que le " service financier est en cours de réorganisation suite aux nombreux dysfonctionnements constatés ", lui a donné une liste de tâches à accomplir, principalement des classements de documents, et lui a demandé de lui rendre compte quotidiennement de l'avancée de ses travaux et, d'autre part, lui a reproché par écrit du 13 juillet, de ne pas s'être conformé à ses demandes. Par courriel du 8 juillet, le maire adjoint en charge des finances, prenant acte que du fait des " blocages des accès internet des agents du service finances, les travaux urgents demandés ne peuvent être réalisées par les agents (clôture des régies, recherche de factures, etc) ", a indiqué au requérant, ainsi qu'à un autre agent du service des finances, dont la session informatique a également été désactivée, que le maire leur accordait leur journée du 9 juillet 2021 pour " impossibilité technique de travail ". Durant cette période, M. B a par ailleurs pu bénéficier de jours de RTT à sa demande. Dans ces conditions, il ne peut être sérieusement soutenu que la commune de Leuville-sur-Orge aurait entendu, même en dehors du tout formalisme, suspendre M. B à titre conservatoire à compter du 2 juillet 2021.

9. En deuxième lieu, la commune de Leuville-sur-Orge justifie de la coupure d'accès aux outils informatiques aux motifs que M. B aurait commis des fautes graves tenant à la violation des " règles de respect de la hiérarchie, à son devoir de réserve et au danger qu'il faisait intentionnellement porter aux finances de la commune par des actes malveillants. " Toutefois, d'une part, si la commune fait valoir, en s'appuyant sur un unique courriel, que M. B se serait réservé la possibilité de modifier unilatéralement les mandats de paiement, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni n'est d'ailleurs soutenu, que l'intéressé aurait effectivement usé de cette faculté, a fortiori de manière fautive, alors que ses fonctions de directeur des finances justifiaient qu'il puisse intervenir sur ces mandats. Si la commune indique que M. B n'aurait pas appliqué le budget voté par les élus, qu'il aurait attribué un budget à son service sans autorisation, ou encore qu'il aurait modifié les lignes des bons de commande établis par les autres services, ces allégations sont contredites par les pièces versées au dossier. Les pièces produites par la commune ne permettent pas plus d'établir ses allégations tenant à une absence de respect des règles de la fonction publique territoriale. D'autre part, il ne ressort d'aucune des pièces produites que M. B aurait adopté un comportement ou aurait eu des paroles dépassant le cadre normal des relations hiérarchiques ni qu'il aurait eu de graves difficultés relationnelles dont certaines très conflictuelles avec ses collègues ainsi que le soutient la commune. Enfin, les autres griefs formulés à l'encontre de M. B, à les supposer même avérés, ne tiennent qu'à des carences, révélant le cas échéant une insuffisance professionnelle qui ne peut, en tout état de cause et comme l'indique d'ailleurs la commune dans ses écritures, justifier que l'intéressé ait été privé d'accès à ses outils de travail et mis brutalement à l'écart de son service en dehors de tout cadre procédural. Par suite, aucun des éléments invoqués par la commune de Leuville-sur-Orge quant au comportement de M. B ne s'apparente à une faute grave, justifiant qu'elle ait pu prendre à son encontre des mesures s'apparentant à une suspension de fonction.

10. En troisième lieu, si M. B a pu exprimer son souhait de changer de collectivité, et a indiqué dans un courriel du 2 juillet, répondant à une mise en cause de son service par sa supérieure hiérarchique, qu'il demandait au maire et à l'adjoint aux finances " s'ils le souhaitent " de l'écarter de son poste, ces circonstances ne sauraient, en tout état de cause, justifier que l'agent ait été privé d'accès à ses outils de travail, a fortiori, alors que M. B a, à de multiples reprises, sollicité le rétablissement d'accès à sa session informatique.

11. En quatrième lieu, la commune justifie l'interruption du versement du supplément familial de traitement à compter de juillet 2021 par l'absence de pièces produites par M. B à l'appui de sa demande. Or d'une part, alors qu'il est constant que cette allocation était jusqu'alors versée par la commune, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait vainement tenté d'obtenir des pièces complémentaires avant de suspendre le versement ni même qu'elle aurait averti M. B d'une suspension à venir en raison d'un dossier incomplet. Ce n'est au contraire qu'à la suite d'une sollicitation de l'intéressé en date du 30 septembre 2021, que le service des ressources humaines de la commune de Leuville-sur-Orge lui a indiqué qu'il n'aurait pas fourni son livret de famille, son jugement de divorce et une attestation officielle de non perception par son ex-épouse. D'autre part, il n'est pas sérieusement contesté, ainsi que M. B l'indique dans un courriel de la même date, que ces pièces figuraient déjà dans son dossier administratif, consulté par ses soins le 29 juillet 2021 et qu'il avait rédigé une attestation de cession de ses droits à son ex-épouse, permettant au comptable public de verser jusqu'alors la prestation. Dans ces conditions, les justifications apportées par la commune de Leuville-sur-Orge ne permettent pas de considérer que cette suspension de versement à compter du mois de juillet 2021, dans le contexte rappelé au point 6 du présent jugement, serait justifiée par des considérations étrangères à tout harcèlement.

12. En cinquième lieu, si la commune fait valoir que la coupure de session informatique serait une décision isolée insusceptible de caractériser une situation de harcèlement, il ressort des pièces du dossier que cette décision, qui présente un caractère continue sur l'ensemble de la période durant laquelle M. B a été privé d'accès à ses outils d'exercice professionnel, s'inscrit dans un contexte de mesures prises à son encontre par la directrice générale des services, dont certaines à caractère vexatoire, notamment l'interdiction, formulée par courriel du 30 juin 2021, d'avoir un contact direct avec le maire et de " cancaner auprès des élus ", l'instruction de de se cantonner à des tâches de rangement et de classement de dossier à compter du 5 juillet, ou encore les reproches formulés le 13 juillet quant à son absence de travail dans un contexte de privation d'accès à son outil de travail. Par suite, l'ensemble des faits décrits précédemment, qui ont eu, à tout le moins, pour effet de dégrader fortement les conditions de travail de M. B en portant atteinte à ses droits et à sa dignité, et d'altérer sa santé, caractérisent des agissements répétés de harcèlement moral. La circonstance que ces faits se sont déroulés sur une période relativement brève, en raison du départ volontaire de M. B pour une autre collectivité à compter du 1er octobre 2021, ne fait pas obstacle à ce qu'ils soient ainsi qualifiés, a fortiori alors qu'il ressort des pièces du dossier que le départ de l'intéressé a été précipité du fait de cette situation de harcèlement.

13. Il découle de tout ce qui précède que la décision implicite de refus de protection fonctionnelle méconnaît les dispositions rappelées au point 2 à 4 du présent jugement et doit être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen dirigé à son encontre.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. Tant l'illégalité de la décision de refus de protection fonctionnelle précédemment évoquée que l'absence de mesures mises en œuvre par la commune de Leuville-sur-Orge pour faire cesser la situation de harcèlement moral dont M. B a été victime caractérisent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune à son égard.

15. En premier lieu, si M. B soutient qu'il a subi un préjudice financier lié à une perte de rémunération d'un montant de 800 euros par mois, la réalité de ce préjudice n'est pas établie par les pièces qu'il produit.

16. En second lieu, la situation de harcèlement moral précédemment décrite a nécessairement causé à M. B un préjudice moral qu'il revient à la commune de Leuville-sur-Orge de réparer. Compte tenu notamment de la durée d'exposition du requérant à cette situation, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en l'évaluant à la somme de 2 500 euros.

Sur les frais de l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Leuville-sur-Orge au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette commune, le versement au requérant d'une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le maire de la commune de Leuville-sur-Orge a refusé d'octroyer à M. B la protection fonctionnelle est annulée.

Article 2 : La commune de Leuville-sur-Orge est condamnée à verser à M. B une somme de 2 500 (deux mille cinq cents) euros en réparation des préjudices subis.

Article 3 : La commune de Leuville-sur-Orge versera à M. B une somme de 2 500 (deux mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Leuville-sur-Orge.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dely, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Maitre

La présidente,

Signé

I. Dely

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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