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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110200

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110200

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFERRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire enregistrés les 25 novembre 2021, 28 juillet 2023, 13 et 24 octobre 2023 et 24 novembre 2023, et un mémoire récapitulatif enregistré le 13 décembre 2023, non communiqué, la SCCV Triel 87-89, représentée par Me Rousseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2021 par lequel le maire de Triel-sur-Seine a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la construction d'un ensemble immobilier composé de quatre bâtiments accolés après démolition de ceux existants, sur un terrain situé 87-89 rue de Sablonville, ainsi que la décision rejetant implicitement sa demande tendant au retrait de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre à la commune de Triel-sur-Seine d'accorder le permis de construire sollicité à la SAS Promotion Pichet, aux droits de laquelle elle vient, à défaut, de réexaminer sa demande, ou, à titre subsidiaire, d'abroger l'arrêté de refus de permis de construire du 19 septembre 2018, le tout, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Triel-sur-Seine une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie de sa capacité à agir ;

- la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que la requête serait dirigée contre une décision confirmative, doit être écartée ;

- le motif de refus tenant à la prétendue méconnaissance de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de qualification juridique des faits, alors, en outre, qu'une adaptation mineure pouvait être admise ;

- le motif de refus tiré de la prétendue méconnaissance des dispositions de l'article UA 11 du règlement du PLU et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est infondé.

Par des mémoires en défense enregistrés les 15 septembre 2023, 13 octobre 2023 et 13 novembre 2023, et un mémoire récapitulatif enregistré le 22 décembre 2023, non communiqué, la commune de Triel-sur-Seine, représentée par Me Léron, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCCV Triel 87-89 la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les conclusions tendent à contester une décision confirmative de l'arrêté de refus du 19 septembre 2018, qui est devenu définitif suite à l'arrêt rendu par la Cour administrative d'appel de Versailles le 30 juin 2023 qui a annulé le jugement par lequel le tribunal avait annulé ce premier arrêté de refus ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que l'annulation de la seconde décision de refus ne produirait aucun effet de droit, la première étant devenue définitive ;

- à titre subsidiaire, la décision de refus de permis de construire en litige est fondée.

L'instruction a été close, en dernier lieu, au 4 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,

- les observations de Me Bertin, représentant la SCCV Triel 87-89 et celles de Me Gagnet, représentant la commune de Triel sur-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Promotion Pichet a déposé, le 15 juin 2018, auprès de la commune de Triel sur-Seine une demande de permis de construire pour la construction d'un immeuble d'habitation sur les parcelles cadastrées section AX n° 892 et n° 893 à Triel-sur-Seine, et la démolition du bâti existant sur ces parcelles. Par un arrêté du 19 septembre 2018, le maire de Triel-sur-Seine a refusé de délivrer ce permis de construire. La SCCV Triel 87-89, venant aux droits de la SAS Promotion Pichet, a saisi le tribunal qui, par un jugement du 5 mars 2021, rendu sous le n° 1901770, a annulé cet arrêté, ainsi que la décision rejetant implicitement le recours gracieux formé contre ce dernier. Il a également enjoint à la commune de Triel-sur-Seine de réexaminer la demande de permis de construire. Par un arrêté du 26 mai 2021 pris en exécution de ce jugement, le maire a opposé à la SCCV Triel 87-89 un nouveau refus de permis de construire. Par un arrêt n° 21VE01383 du 30 juin 2023, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé le jugement n° 1901770 et rejeté la demande présentée devant le tribunal par la SCCV Triel 87-89. Par la requête visée ci-dessus, la SCCV Triel 87-89 demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2021, ainsi que de la décision rejetant implicitement le recours gracieux qu'elle a présenté contre celui-ci.

Sur l'exception de non-lieu invoquée en défense :

2. La commune soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2021 ne produira aucun effet de droit, l'arrêté du 19 septembre 2018 étant devenu définitif. Toutefois, l'arrêté du 26 mai 2021 n'ayant été ni retiré, ni abrogé, il n'a pas disparu de l'ordonnancement juridique. Il y a donc lieu de statuer sur le mérite des conclusions dirigées contre cet arrêté quand bien même l'arrêté du 19 septembre 2018 restera en vigueur quel que soit le sens du présent jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif, dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

4. D'une part, les arrêtés de refus opposés les 19 septembre 2018 et 26 mai 2021 statuent sur la même demande de permis de construire, opposent les mêmes motifs de refus et ont, par suite, le même objet.

5. D'autre part, si l'arrêté du 26 mai 2021 a été pris au terme du réexamen ordonné par le jugement rendu le 5 mars 2021, le tribunal ne peut, pour autant, être regardé comme ayant reçu la qualité de pétitionnaire, ainsi que le soutient la société requérante, l'arrêté du 26 mai 2021 statuant sur la demande de permis de construire déposée par la société Pichet, aux droits de laquelle vient la SCCV Triel 87-89. La condition tenant à l'identité du pétitionnaire est donc également remplie.

6. Enfin, ainsi qu'indiqué plus haut le jugement du 5 mars 2021 par lequel le tribunal avait annulé l'arrêté de refus du 19 septembre 2018 a été annulé par un arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Versailles le 30 juin 2023. En l'absence de pourvoi en cassation formé contre cet arrêt, ce dernier est devenu définitif. Il en résulte, eu égard au caractère rétroactif de cette annulation juridictionnelle prononcée par la cour, que l'arrêté de refus en date du 19 septembre 2018, remis en vigueur, est devenu définitif et que le jugement d'annulation précédemment rendu par le tribunal est réputé n'avoir jamais existé. Par suite, alors même qu'il est intervenu sur l'injonction qui avait alors été prononcée par ce jugement, l'arrêté de refus en date du 26 mai 2021 ne peut être regardé comme étant intervenu au terme d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait caractérisé par ce jugement. Par ailleurs, cet arrêté n'a pas été pris sur le fondement de règles d'urbanisme différentes de celles fondant le refus initial, le visa, dans cet arrêté, du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) approuvé par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise constituant à cet égard une erreur matérielle et les motifs de l'arrêté démontrant que celui-ci a été pris, comme le précédent refus, sur le fondement des règles du plan local d'urbanisme de Triel-sur-Seine et non au regard des règles du PLUi. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que ce second refus serait intervenu au terme d'un changement dans les circonstances de fait, alors même que les motifs sur lesquels reposent les deux refus sont davantage étayés dans l'arrêté du 26 mai 2021.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 6 que l'arrêté du 26 mai 2021 rejetant la demande de permis de construire déposée par la société Pichet, aux droits de laquelle vient la SCCV Triel 87-89, a le caractère d'une décision purement confirmative du précédent arrêté de refus en date du 19 septembre 2018. Cet arrêté n'a, dès lors, pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux. Dès lors, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 26 mai 2021 sont tardives et, par suite, irrecevables, et il y a donc lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi, par conséquent, que celles aux fins d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCCV Triel 87-89 la somme de 1 800 euros à verser à la commune de Triel sur-Seine au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que présente la société requérante sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCCV Triel 87-89 est rejetée.

Article 2 : La SCCV Triel 87-89 versera à la commune de Triel sur-Seine une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Triel 87-89 et à la commune de Triel sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Milon

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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