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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110213

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110213

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLANCHETIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 24 novembre 2021, le 11 janvier 2022 et le 31 janvier 2022, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil municipal de la commune de Saint-Arnoult-en-Yvelines du 30 septembre 2021 autorisant le maire à acquérir la parcelle cadastrée AA n°33 sise 15 rue des Corroyés, pour un montant de 456 000 euros net vendeur ;

2°) d'enjoindre au maire de ne signer aucun acte emportant transfert de propriété et de risques relatif à cette parcelle ;

3°) d'enjoindre à la commune de publier le jugement à venir dans le bulletin municipal L'Eclair, sur une page pleine, lors des trois publications suivant la date à laquelle ce jugement sera prononcé, et à réserver un droit d'expression, spécifique et égal en nombre de caractères, à tous les groupes politiques formés au sein du conseil municipal à la date du jugement.

Il soutient que :

- le conseil municipal n'a pas autorisé l'achat du terrain par la société PAI ; l'information qui lui a été communiquée était incomplète ;

- la délibération est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle a pour objet de contourner les règles relatives au droit de préemption suite à adjudication ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le rôle d'intermédiaire joué par la société PAI dans le cadre de l'achat du terrain est problématique au regard des règles de lutte contre la corruption.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 20 janvier 2022 et le 13 janvier 2023, la commune de Saint-Arnoult-en-Yvelines, représentée par Me Blanchetier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est dirigée contre une délibération inexistante et que les moyens invoqués à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lutz,

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique,

- les observations de M. A et de Me Blanchetier, représentant la commune de Saint-Arnoult-en-Yvelines.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A demande l'annulation de la délibération du 30 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Saint-Arnoult-en-Yvelines a autorisé le maire à acquérir la parcelle cadastrée AA n°33 sise 15 rue des Corroyés, pour un montant de 456 000 euros net vendeur.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / Si la délibération concerne un contrat de service public, le projet de contrat ou de marché accompagné de l'ensemble des pièces peut, à sa demande, être consulté à la mairie par tout conseiller municipal dans les conditions fixées par le règlement intérieur. / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".

3. En application de ces dispositions, le maire est tenu de communiquer aux membres du conseil municipal les documents nécessaires pour qu'ils puissent se prononcer utilement sur les affaires de la commune soumises à leur délibération.

4. En l'espèce, le conseil municipal a été informé, préalablement à la délibération contestée autorisant l'achat du terrain, par une note de synthèse n° 06 détaillant les motifs de l'achat, à savoir la nécessité de nouveaux locaux en-dehors du centre-ville pour le centre technique municipal, et les modalités de l'acquisition à savoir le rachat du terrain à un intermédiaire, la société PAI, ayant acquis le bien aux enchères, ainsi que le prix d'achat hors frais de notaire et l'avis des domaines. Cette note était accompagnée du projet de délibération. Elle a été complétée par un courriel adressé le 24 septembre 2021 par le directeur général des services à l'ensemble des conseillers municipaux afin de porter le montant du prix d'achat hors frais de notaire de 423 000 euros à 456 000 euros, pour tenir compte des frais liés à la vente aux enchères supportés par la société PAI. C'est ce dernier montant qui figure finalement dans la délibération contestée et dans l'acte de vente. Ces informations étaient suffisantes pour permettre aux conseillers municipaux de se prononcer en connaissance de cause. Si le requérant invoque l'état dégradé du bâti de la parcelle, susceptible d'avoir une incidence sur l'estimation du prix, il ne démontre pas que les services des domaines n'auraient pas été informés de l'ensemble des caractéristiques du bien avant de rendre leur avis. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que certains conseillers municipaux auraient sollicité en vain des informations complémentaires utiles avant la réunion du conseil municipal. Le moyen tiré de l'insuffisante information des membres du conseil municipal doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la délibération attaquée, qui contient l'ensemble des éléments rappelés au point précédent, et notamment les éléments essentiels de la transaction, soit la désignation précise de la parcelle, l'identité du vendeur et le prix d'acquisition, et mentionne également le projet de construction d'un nouveau centre technique municipal, est motivée de façon suffisamment précise.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal délibère sur la gestion des biens et les opérations immobilières effectuées par la commune, sous réserve, s'il s'agit de biens appartenant à une section de commune, des dispositions des articles L. 2411-1 à L. 2411-19. () ". Aux termes de l'article L. 2241-3 du même code : " Lorsque les communes et leurs établissements publics procèdent à des acquisitions immobilières à l'amiable suivant les règles du droit civil, ou lorsque l'acquisition a lieu sur licitation, le notaire rédacteur de l'acte procède s'il y a lieu, sous sa responsabilité, à la purge de tous privilèges et hypothèques ". Aux termes de l'article L. 1311-9 de ce code : " Les projets d'opérations immobilières mentionnés à l'article L. 1311-10 doivent être précédés, avant toute entente amiable, d'une demande d'avis de l'autorité compétente de l'Etat lorsqu'ils sont poursuivis par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics ". L'article L. 1311-10 de ce code dispose que : " Ces projets d'opérations immobilières comprennent : / () 2° Les acquisitions à l'amiable, par adjudication ou par exercice du droit de préemption, d'immeubles, de droits réels immobiliers, de fonds de commerce et de droits sociaux donnant vocation à l'attribution, en pleine propriété, d'immeubles ou de parties d'immeubles, d'une valeur totale égale ou supérieure à un montant fixé par l'autorité administrative compétente, ainsi que les tranches d'acquisition d'un montant inférieur, mais faisant partie d'une opération d'ensemble d'un montant égal ou supérieur ; () ". Aux termes, enfin, de l'article L. 1311-11 du même code : " Les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article L. 1311-9 délibèrent au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'État ".

7. Ces dispositions ne prévoient aucun formalisme particulier pour les achats de biens immobiliers à l'exception de l'avis de l'administration des domaines sur la valeur du bien, qui a été recueilli en l'espèce, et qui a estimé le bien acquis à 460 000 euros, soit un prix légèrement supérieur au prix d'achat final de 456 000 euros. Le moyen tiré de ce que le conseil municipal aurait dû être consulté avant l'achat de la parcelle aux enchères par la société PAI est inopérant à l'encontre de la délibération attaquée, qui a pour seul objet d'autoriser l'achat de cette parcelle par la commune à cette société. En tout état de cause, et en l'absence de tout mandat formel entre la commune et la société PAI préalablement à l'achat aux enchères du terrain par cette société, M. A n'est pas fondé à soutenir que le conseil municipal aurait dû être consulté avant cet achat.

8. En quatrième lieu, le moyen tiré du détournement de pouvoir commis par la commune, qui aurait entendu éviter les règles applicables en matière de préemption, ne peut davantage être accueilli dès lors que la commune n'est pas tenue d'utiliser une telle procédure et qu'elle peut se porter acquéreur d'un bien immobilier selon les règles du droit civil.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré du risque de corruption n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme de 2 000 euros demandée par la commune de Saint-Arnoult-en-Yvelines au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Arnoult-en-Yvelines au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Saint-Arnoult-en-Yvelines.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

F. Lutz La présidente,

Signé

J. Sauvageot

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2110213

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