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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110289

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110289

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSARL GMR AVOCATS - GRANGE-MARTIN-RAMDENIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 novembre 2021, 19 décembre 2022 et 4 avril 2023, M. et Mme D, représentés par Me Diallo, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler les arrêtés des 1er octobre 2021 et 6 mars 2023 par lesquels le maire de la commune de Leuville-sur-Orge a délivré à M. E B un permis de construire et un permis de construire modificatif pour la réalisation d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée AB 771 située au 25 rue du Maréchal Joffre ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Leuville-sur-Orge la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- le permis de construire initial est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 423-6 du code de l'urbanisme en l'absence de preuve de l'affichage en mairie ou de la publication sur son site Internet de l'avis de dépôt de la demande de permis dans le délai de quinze jours suivant ce dépôt ;

- il méconnaît l'article R. 423-7 du code de l'urbanisme, dès lors que le maire ne justifie pas de sa transmission au préfet dans la semaine suivant le dépôt de la demande ;

- le dossier de permis de construire est incomplet dès lors qu'il n'indique pas la puissance électrique nécessaire au projet ;

- le permis de construire attaqué méconnaît les dispositions de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UA 4 du règlement du PLU ;

- le permis de construire modificatif méconnaît les dispositions de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme en l'absence de preuve de son affichage sur le terrain ;

- la commune de Leuville-sur-Orge ne justifie pas de la complétude du dossier de permis de construire modificatif qui lui a été soumis.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 juillet 2022, 17 février 2023, 10 mars et 27 juin 2023, la commune de Leuville-sur-Orge, représentée par Me Ramdenie, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA 4 du règlement du PLU est irrecevable en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. E B, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 17 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 février 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,

- les observations de Me Pasqualin, représentant la commune de Leuville-sur-Orge, et celles de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 1er octobre 2021, le maire de la commune de Leuville-sur-Orge a délivré à M. E B un permis de construire en vue de la réalisation d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée AB 771, située au 25 rue du Maréchal Joffre. Par un arrêté du 6 mars 2023, la même autorité a délivré au même pétitionnaire un permis de construire modificatif afin de régulariser la compétence du signataire de l'acte. M. et Mme D demandent au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre le permis de construire initial :

S'agissant de la compétence :

3. En cours d'instance, le 6 mars 2023, le maire de Leuville-sur-Orge a signé lui-même un arrêté accordant un permis de construire modificatif, arrêté qui maintenait par ailleurs toutes les prescriptions du permis initial. Or, le maire était compétent pour prendre une telle autorisation d'urbanisme. Par suite, doit être écarté comme inopérant le moyen tiré de ce que l'arrêté de permis de construire initial serait entaché d'incompétence, en ce que le cinquième adjoint au maire ne bénéficierait pas d'une délégation de signature régulière du maire de la commune pour signer cette décision.

S'agissant de la procédure :

4. En premier lieu, le défaut d'affichage de l'avis de dépôt de la demande de permis de construire dans les quinze jours de la date du dépôt de la demande, dans les conditions prévues par l'article R. 423-6 du code de l'urbanisme, est sans influence sur la légalité du permis contesté. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit par conséquent être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 423-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'autorité compétente pour délivrer le permis ou pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est le maire au nom de la commune, celui-ci transmet un exemplaire de la demande ou de la déclaration préalable au préfet dans la semaine qui suit le dépôt. () ". Toutefois, l'omission de cette formalité est, en tout état de cause, sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

S'agissant de la complétude du dossier :

6. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () / g) La puissance électrique nécessaire au projet, lorsque la puissance électrique est supérieure à 12 kilovoltampères monophasé ou 36 kilovoltampères triphasé ; () ".

7. Si le formulaire de demande de permis de construire ne précise pas la puissance électrique nécessaire au projet, les requérants n'établissent pas, par leurs seules allégations, que cette puissance serait supérieure à celle de 12 kilovoltampères monophasé ou 36 kilovoltampères triphasé, alors que c'est seulement lorsque l'un de ces seuils est dépassé que la puissance électrique doit être mentionnée au dossier de demande de permis de construire par application de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme. Par suite le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de permis de construire doit donc être écarté

S'agissant de la méconnaissance de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme :

8. Aux termes de l'article UA 11 du règlement du PLU de la commune de Leuville-sur-Orge : " Les constructions, par leur situation, leur volume, leur aspect, le rythme ou la coloration des façades, ne devront pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Elles doivent être conçues de manière à s'insérer dans leur environnement quel que soit le type d'architecture utilisé. () ".

9. Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

10. Il ressort des pièces du dossier que le projet se situe dans un environnement pavillonnaire composé de maisons individuelles aux formes et aux matériaux variés, sans unité ni homogénéité architecturale particulières. Or, le projet consiste en la création d'une maison individuelle en R+1, dont la hauteur est comparable à celle des constructions voisines et dont l'architecture contemporaine n'est pas en rupture avec le bâti environnant, qui comporte déjà des constructions modernes. Dans ces conditions, il n'apparait pas que le projet porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, au sens de l'article UA 11 du règlement du PLU. Ainsi le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

S'agissant de la méconnaissance de l'article UA 4 du règlement du PLU :

11. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " () lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code (), les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. () ".

12. Il résulte de ces dispositions qu'un moyen nouveau présenté après l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense est, en principe, irrecevable. Il est toujours loisible au président de la formation de jugement de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens s'il estime que les circonstances de l'affaire le justifient. Il doit y procéder dans le cas particulier où le moyen est fondé sur une circonstance de fait ou un élément de droit dont la partie concernée n'était pas en mesure de faire état avant l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense et est susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire.

13. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA 4 du règlement du PLU en raison de la gestion projetée des eaux pluviales a été présenté pour la première fois par les requérants dans leur mémoire enregistré le 19 décembre 2022, soit plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense, effectuée le 6 juillet 2022. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, ce moyen n'est fondé sur aucune circonstance de fait ou de droit dont ils n'auraient pu faire état avant l'expiration du délai précité, dès lors que les éléments relatifs à l'évacuation des eaux pluviales et du puisard figuraient dans le dossier de permis de construire initial, et n'ont fait l'objet d'aucun permis de construire modificatif. En outre, si les requérants font valoir qu'en cours de réalisation des travaux, le pétitionnaire a modifié l'emplacement du puisard figurant sur les plans des permis délivrés, cette circonstance, qui a trait à l'exécution des décisions attaquées, est sans incidence sur leur légalité. Dès lors, en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA 4 du règlement du PLU est tardif et doit ainsi être écarté comme irrecevable.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre le permis de construire modificatif :

14. En premier lieu, si le défaut d'affichage d'un permis de construire sur un terrain est, dans les conditions découlant du code de l'urbanisme, de nature à prolonger le délai ouvert aux tiers pour attaquer ce permis devant le juge de l'excès de pouvoir, un tel défaut est par lui-même sans incidence sur la légalité de ce permis. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-15 du code de l'urbanisme doit donc être écarté comme inopérant.

15. En second lieu, en se bornant à soutenir que la commune ne justifie pas de ce que la demande de permis de construire modificatif comportait l'ensemble des éléments requis, les requérants n'assortissent pas le moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de permis de construire modificatif doit, par conséquent, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés des 1er octobre 2021 et 6 mars 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Leuville-sur-Orge, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme D, en application de ces mêmes dispositions, le versement à la commune de Leuville-sur-Orge de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront la somme de 1 500 euros à la commune de Leuville-sur-Orge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme A D, à la commune de Leuville-sur-Orge et à M. E B

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Grand d'Esnon, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

J. Grand d'Esnon

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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