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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110356

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110356

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantPERICAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2021, M. F J, Mme K C et M. D B, représentés par Me Jean-François Péricaud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2021 par laquelle le maire de Maurepas ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. E G, en vue de l'extension d'un garage et de la création d'une terrasse sur la parcelle cadastrée AS41, ensemble les décisions implicites rejetant leurs recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Maurepas la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ; ils ont intérêt à agir ;

- la déclaration préalable est entachée de fraude ; les travaux visent à la création d'un espace habitable, créent un niveau supplémentaire et augmentent la surface habitable ;

- le signataire de la décision ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- le dossier de déclaration préalable est entaché d'erreur ; il est incomplet, à défaut de notice architecturale, de notice d'impact, de document graphique et de situation après achèvement des travaux ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et des articles 4.1 et 4.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ; le titre VII du PLU interdit la construction d'annexes ainsi que les extensions entre le plan de façade et l'alignement ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 3.1 du titre III du règlement du PLU ainsi que les dispositions particulières du titre VII du PLU relatives à l'ensemble immobilier dont la parcelle fait partie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022, la commune de Maurepas, représentée par Me Cécile Panassac, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge solidaire des requérants de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 6 juillet 2022, M. G, représenté par Me Éric Benjamin, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des requérants de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, faute de notification du recours gracieux ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Péricaud, représentant les requérants, de Me Panassac, représentant la commune de Maurepas, et de M. G.

Les requérants ont produit une note en délibéré, enregistrée le 22 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 16 juillet 2021, le maire de Maurepas ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. G tendant à la réalisation d'une extension à l'arrière de sa maison située au 24, avenue de Touraine. M. J et Mme C d'une part, M. B d'autre part, voisins immédiats du projet, demandent l'annulation de cette décision ainsi que des décisions implicites ayant rejeté leurs recours gracieux respectifs.

2. En premier lieu, l'autorité administrative saisie d'une déclaration préalable peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, la déclaration préalable n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conformément aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

3. Il ressort des différentes pièces du dossier de déclaration préalable, lequel comporte notamment un plan de masse et un plan de façade, que le projet y est décrit comme une extension du garage du requérant, créant une surface supplémentaire de 13 m² à l'arrière de sa maison, sur une hauteur de 2,50 m, et surplombée d'une terrasse bordée de chaque côté d'un mur d'une hauteur de 1,50 m. A les requérants soutiennent que le projet consiste en la création d'une nouvelle surface habitable, et non en l'extension du garage, cela ne ressort pas des pièces du dossier. Par ailleurs, s'ils produisent un constat d'huissier aux termes duquel les travaux, déjà commencés, créent une extension d'une hauteur supérieure à 2,50 m, cette circonstance, relative à l'exécution des travaux, est sans incidence sur la légalité de l'autorisation accordée. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que M. G aurait déclaré des éléments erronés, ni que sa déclaration serait entachée de fraude.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales : " En cas d'absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l'ordre des nominations et, à défaut d'adjoint, par un conseiller municipal désigné par le conseil ou, à défaut, pris dans l'ordre du tableau. ". Il résulte de ces dispositions qu'en cas d'absence ou d'empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint dans l'ordre des nominations sans que l'exercice de cette suppléance soit subordonné à une délégation donnée à cet effet par le maire. Il appartient alors à l'adjoint de prendre tous les actes municipaux, quels qu'ils soient, dont l'accomplissement, au moment où il s'impose normalement, serait empêché par l'absence du maire.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date du 16 juillet 2021, M. I L, maire de Maurepas, était en congés. En application des dispositions de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales, il a pu alors être légalement remplacé par Mme H M, première adjointe, dans la plénitude de ses fonctions. Dès lors, cette dernière était compétente pour signer la décision attaquée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; () "

7. Si les requérants font valoir que la décision méconnaît les dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, en ce que le dossier de déclaration préalable ne comprenait ni notice architecturale, ni notice d'impact, ni aucun document graphique faisant apparaître l'état initial et l'état futur, ou encore permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions voisines, ni aucune " situation après achèvement des travaux ", ce moyen est inopérant dès lors que l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme s'applique exclusivement aux demandes de permis de construire, et que l'article R. 431-36 du même code, applicable aux déclarations préalables, n'exige pas ces différents documents. Au demeurant, le dossier de déclaration préalable comprenait, conformément à ces dernières dispositions citées au point précédent, un plan de situation, un plan de masse côté ainsi qu'une représentation de l'aspect extérieur de la construction. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 3, le dossier de déclaration préalable ne comprenait pas d'éléments erronés. Dès lors, le moyen tiré de l'incomplétude et de l'inexactitude du dossier doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Aux termes de l'article 4.1 du titre IV du règlement du PLU : " Nonobstant les dispositions du présent article, le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales pour les constructions ou installations ne présentant pas d'unité d'aspect, ni de réel équilibre dans le jeu des volumes, dans le rythme et les proportions des percements, dans la modénature et dans la coloration des parements de façades. () " Aux termes de l'article 4.2 du même texte : " () Le revêtement des façades doit être pensé en harmonie avec celui des constructions avoisinantes ou faire l'objet d'une composition qui s'intègre dans l'environnement. () "

9. Il ressort des pièces du dossier que le bâtiment dont l'extension est projetée appartient à l'ensemble architectural des " maisons Jacques Riboud ", constitué de maisons de ville étroites et accolées les unes aux autres, et répertorié dans le règlement du PLU en qualité d'" ensemble urbain remarquable ". Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des photographies produites, que l'extension prévue est située à l'arrière de la maison, côté rue du Blésois, alors que de nombreuses maisons voisines ont fait l'objet d'une extension similaire du côté de cette voie privée. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que le projet entraînerait une " rupture d'harmonie des façades " de cette rue. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-27 du code de l'urbanisme et des articles 4.1 et 4.2 du titre IV du règlement du PLU doit, dès lors, être écarté.

10. En cinquième lieu, au titre de l'article 3.2.4 du titre IV du règlement du PLU, dispositions dont il est constant qu'elles s'appliquent au projet : " Implantation par rapport aux voies publiques et privées / Les constructions doivent s'implanter en recul d'au moins 3 m par rapport à l'alignement des voies () ".

11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan cadastral et du plan de masse, que la construction existante est éloignée d'environ 10 mètres de l'alignement de la rue du Blésois. Son implantation, y compris en tenant compte de l'extension prévue, respecte donc les dispositions de l'article 3.2.4 du titre IV du règlement du PLU. Si les requérants se prévalent des dispositions de l'article 3.1.1 du titre III du règlement du PLU, celles-ci, relatives à l'" implantation des annexes, extensions et surélévations de constructions existantes non implantées conformément aux dispositions de ces articles ", et donc dérogatoires, ne trouvent donc pas à s'appliquer en l'espèce.

12. En sixième lieu, les dispositions du titre VII du règlement du PLU, qui identifient les maisons Riboud en qualité d'" ensemble immobilier remarquable ", imposent les prescriptions suivantes : " Respecter l'ordonnancement (implantation et rythme) / Pas d'extension verticale possible / Annexes interdites / () Les extensions sont interdites entre le plan de la façade et l'alignement () ". Aux termes du titre I du règlement du PLU, l'alignement est " la limite entre le terrain et le domaine public ".

13. Il ressort de la combinaison de ces dispositions, éclairées par le " Guide architecture, énergie et habitat CAUE " rédigé en 2012, dépourvu de valeur réglementaire mais auquel il est fait référence dans le règlement du PLU, guide qui suggère une extension des maisons Riboud de type Villeneuve du côté jardin, que l'interdiction des extensions prononcée au titre VII ne doit s'entendre que s'agissant de l'alignement à la voie publique, et non du côté de la voie privée constituée par la rue du Blésois. Dès lors, et alors en tout état de cause que le projet ne peut être regardé comme la construction d'une annexe, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 16 juillet 2021 par laquelle le maire de Maurepas ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. G, ensemble les décisions implicites rejetant leurs recours gracieux.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Maurepas, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants la somme de 2 000 euros, à verser par moitiés à la commune et à M. G au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. J et autres est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront la somme de 2 000 euros, par moitiés, à la commune de Maurepas (1 000 euros) et à M. G (1 000 euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F J et Mme K C, à M. D B, à la commune de Maurepas et à M. E G.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- M. de Miguel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Fejérdy

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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