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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110365

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110365

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARL BECAM MONCALIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 novembre 2021 et 29 mars 2024, le dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. C A et Mme B D, représentés par Me Cécile Moncalis, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le maire de Forges-les-Bains s'est opposé à leur déclaration préalable du 17 juin 2021 visant à l'édification d'une clôture, la décision du 29 septembre 2021 par laquelle le maire a rejeté leur recours gracieux, ainsi que l'arrêté de la même date retirant une déclaration préalable ;

2°) d'enjoindre au maire de Forges-les-Bains de délivrer une décision de non-opposition sur leur déclaration préalable, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer la déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Forges-les-Bains la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de la condamner aux entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- leur recours est recevable ;

- la décision du 13 juillet 2021 n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision de retrait a été prise sans respect de la procédure contradictoire ;

- la décision du 13 juillet 2021 est entachée d'erreur de droit ; la clôture se situe en limite séparative, cas dans lequel l'article UB II 2 E du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) prévoit une hauteur maximale de 1,80m ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ; le règlement du PLU n'interdit pas les clôtures pleines de couleur claire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, la commune de Forges les Bains conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des requérants de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Moncalis, représentant les requérants, et de Me Abadie, représentant la commune de Forges-les-Bains.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme D ont déposé, le 7 juin 2021, une déclaration préalable relative à la pose d'une clôture en limite de leur parcelle cadastrée C1337, située 13 bis, rue des Acacias à Forges-les-Bains. Par un arrêté du 13 juillet 2021, le maire de Forges-les-Bains s'est opposé à la déclaration préalable. Au vu de l'argumentation des requérants, présentée dans un recours gracieux, et qui faisait valoir l'existence d'une décision tacite de non-opposition, le maire a, par deux décisions du 29 septembre 2021, d'une part rejeté le recours gracieux, et d'autre part procédé au retrait de cette décision tacite. Enfin, par un arrêté du 18 octobre 2021, il s'est une nouvelle fois opposé à la déclaration préalable. Les requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2021, de la décision du 29 septembre 2021, rejetant leur recours gracieux, et de l'arrêté du même jour procédant au retrait de la décision tacite de non-opposition.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 13 juillet 2021 et le rejet du recours gracieux :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, le délai d'instruction de droit commun pour les déclarations préalables est d'un mois. Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. " Aux termes de l'article R.423-39 : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : () c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. " Enfin, aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Forges-les-Bains a adressé aux requérants, dans le délai d'un mois à compter de la réception de leur déclaration préalable, une demande de pièces complémentaires. En application des dispositions citées au point 2, le délai d'instruction a donc recommencé à courir à réception des pièces par la commune, soit le 25 juin 2021. Or, il est constant que la décision attaquée, datée du 13 juillet 2021, n'a été notifiée aux requérants que le 30 juillet suivant. A cette date, le délai d'instruction d'un mois était déjà expiré et une décision tacite de non-opposition était donc née. Il s'ensuit que la décision du 13 juillet 2021, qui doit s'analyser comme le retrait de cette décision tacite, devait être précédée d'une procédure contradictoire. A défaut d'une telle procédure en l'espèce, la décision du 13 juillet 2021 est entachée d'illégalité.

5. En second lieu, aux termes des dispositions du point E de l'article UB II-2 du règlement du PLU, relatives aux clôtures : " Sur les voies / Les clôtures sur le domaine public n'excèderont pas 1,5 mètres de hauteur et seront réalisées : / - soit par un mur plein enduit ou en pierres, / - soit par un muret, pouvant être surmonté de grille en bois, en aluminium ou en PVC, / - en suivant l'alignement de la voie. / En limites séparatives / les clôtures seront réalisées : / - soit par un mur plein enduit ou en pierres de 1,8 m de hauteur maximum, / - soit en grillages de 1,8 mètres de hauteur maximum, doublées d'essences locales, / - soit en claustras en bois, / - soit en haies végétalisées d'essences locales (cf. recommandations PNR). / Pour les zones de contact avec des espaces ouverts (champs, prairies, etc.), les traitements de la limite devront prendre en compte la perception lointaine et l'enjeu de cohérence écologique et paysagère de la frange. Les traitements trop impactants pourront être refusés, notamment les murs pleins de couleur claire. En particulier, en limite des hameaux de Malassis, de Chardonnet et d'Ardillères. () "

6. La décision du 13 juillet 2021, qui rappelle les dispositions citées au point précédent applicables aux clôtures " sur les voies " et aux " zones de contact avec les espaces ouverts ", a été prise au double motif que la clôture prévue au projet présente une hauteur de 1,8 mètres, et qu'il s'agit d'une clôture pleine.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit l'implantation de la clôture litigieuse le long de la limite qui sépare la parcelle des requérants du terrain occupé par le cimetière municipal. Il s'ensuit que trouvent à s'appliquer au projet les dispositions relatives aux clôtures implantées en limite séparative, et non celles relatives aux clôtures implantées sur les voies, quand bien même le terrain voisin appartient au domaine public de la commune. Dès lors, la hauteur maximale autorisée est, en application des dispositions citées au point précédent de l'article UB II-2 E du règlement du PLU, de 1,80 mètres, ce à quoi le projet est au demeurant conforme.

8. D'autre part, le terrain voisin de la commune, qui supporte le cimetière municipal, ne peut être regardé comme un espace " ouvert " au titre des dispositions de l'article UB II 2 E du règlement du PLU. Dès lors, les dispositions de cet article, relatives aux " zones de contact avec des espaces ouverts ", qui prévoient la possibilité de refuser les projets " trop impactants ", tels les murs pleins, ne sont pas applicables au projet.

9. Il s'ensuit que la décision du 13 juillet 2021 est entachée d'une double erreur de droit.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 29 septembre 2021 procédant au retrait de la décision de non-opposition :

10. Cette décision, intitulée " arrêté portant retrait d'une déclaration préalable au nom de la commune ", vise " l'arrêté de non-opposition délivré tacitement en date du 25 juillet 2021 ", relève qu'il " convient de retirer la non-opposition tacite de cette déclaration préalable ", et indique, dans son article 1er : " l'arrêté de non-opposition à la déclaration préalable DP091 249 21 10048 est retiré ". Il ressort donc des termes mêmes de cette décision qu'elle ne peut être regardée, comme le soutient la commune, comme procédant au retrait de l'arrêté du 13 juillet 2021, mais qu'elle procède au retrait explicite de la décision tacite de non-opposition intervenue dans les conditions décrites au point 4.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 4, la décision du 29 septembre 2021 n'ayant pas été précédée d'une procédure contradictoire, elle est entachée d'illégalité.

12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen, tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 13 juillet 2021, n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A et Mme D sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2021 ainsi que des deux décisions du 29 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui annule la décision portant opposition à la déclaration préalable déposée par les requérants, ainsi que la décision portant retrait de la non-opposition tacite à cette déclaration, implique nécessairement que soit délivrée au requérant une décision de non-opposition. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Forges-les-Bains de délivrer une décision de non-opposition sur la déclaration préalable litigieuse, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Forges-les-Bains au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune la somme de 1 800 euros à verser aux requérants au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 juillet 2021, par laquelle le maire de Forges-les-Bains s'est opposé à la déclaration préalable présentée par M. A et Mme D, ensemble la décision du 29 septembre 2021 rejetant leur recours gracieux, ainsi que la décision de la même date portant retrait de la décision tacite de non-opposition, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Forges-les-Bains de délivrer à M. A et Mme D une décision de non-opposition dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Forges-les-Bains versera aux requérants la somme de 1 800 (mille huit cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Forges-les-Bains au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme B D et à la commune de Forges-les-Bains.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- M. de Miguel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Fejérdy

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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