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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110458

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110458

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMENGELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Mengelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur sa demande de carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge du préfet la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation, en ce qu'elle méconnaît les articles L.211-2, L.211-5 et L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 20 janvier 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est sans objet, le refus opposé ne valant pas refus de délivrance d'un titre de séjour mais refus d'acceptation du dossier pour incomplétude.

Par ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Vincent, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 1er août 2000, est entré sur le territoire français à l'âge de 17 ans. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance à compter du 15 novembre 2017 puis a bénéficié de contrats " jeune majeur " à compter de sa majorité jusqu'au 1er août 2021. Il a ensuite déposé une demande de carte de séjour temporaire avec la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mars 2020. Le 9 mars 2020, il s'est vu délivrer un récépissé de demande de carte de séjour renouvelé à deux reprises jusqu'au 14 janvier 2021. Le 11 janvier 2021, le préfet lui a délivré une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 10 avril 2021. Sollicité par son assistante sociale puis par son conseil, le préfet l'a informé par courriels du 14 mars 2021 puis du 17 juin 2021 que son dossier avait été classé sans suite dès le 19 novembre 2020. Le conseil du requérant a ensuite adressé un courrier au préfet le 16 juin 2021 pour réitérer sa demande de titre, resté sans réponse. Par courrier du 19 octobre 2021, il a demandé au préfet la communication des motifs de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande, demande également restée sans réponse. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur sa demande de titre.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

2. Le préfet fait valoir que la décision de classer sans suite le dossier, dont le requérant a été informé par courriels de mars et juin 2021, doit être comprise comme une décision constatant l'incomplétude de son dossier et dès lors insusceptible de faire grief, et non une décision lui refusant le titre de séjour demandé. Toutefois, en se bornant à répondre à ses demandes quant à l'état de l'instruction du dossier par courriels rédigés de manière lapidaire indiquant que le dossier a été classé sans suite le 19 novembre 2020 précédent, au motif " qu'il avait six mois pour trouver un travail ", sans aucune mention de l'état d'incomplétude de son dossier et des pièces manquantes et alors que le requérant fait valoir sans être contesté qu'il a transmis les pièces requises le 19 février 2021 par courriel, le préfet doit être regardé comme lui ayant refusé le titre de séjour demandé. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que l'acte attaqué n'aurait pas le caractère d'une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir doit être écarté. En tout état de cause, les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant sont dirigées contre la décision implicite née du silence gardé par le préfet sur la demande de réexamen de sa demande datée du 16 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " La décision implicite mentionnée à l'article R.311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L.211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En outre, aux termes de l'article 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il est constant que le requérant a réitéré sa demande de délivrance de titre de séjour par courrier du 16 juin 2021 réceptionné par le préfet le 18 juin 2021. Il n'est pas contesté que le préfet n'a pas répondu à sa demande, faisant naître une décision implicite le 18 octobre 2021. Il n'est pas non plus contesté qu'il n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs de sa décision implicite, conformément aux dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.

6. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision litigieuse doivent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En raison de l'unique motif d'annulation retenu, l'annulation de la décision attaquée implique seulement que le préfet de l'Essonne réexamine la demande de titre de séjour de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mengelle, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mengelle de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur la demande de titre de séjour de M. A formée le 16 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la demande de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mengelle une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Essonne et à Me Mengelle.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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