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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110511

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110511

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCHEMINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 décembre 2021, 27 mars 2024, 30 avril 2024 et 21 mai 2024, la SARL BPG, représentée par son gérant en exercice, M. A C, subrogée dans les droits de la SARL Ad Invest, représentée par son gérant en exercice, M. A C, ayant pour avocat Me Cheminet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Chatou a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif n° PC 78146 14 G1014 M02 sollicité dans le cadre d'une opération de réhabilitation et d'extension d'une construction à usage d'habitation ;

2°) d'enjoindre au maire de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chatou une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- la requête est recevable, M. A C, son gérant en exercice, justifiant de sa qualité pour agir en son nom ;

- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent pour ce faire ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UC 9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune dès lors que les travaux au titre desquels le permis de construire modificatif était sollicité n'engendrait aucune emprise au sol supplémentaire compte tenu des travaux déjà autorisés par le maire de la commune faisant l'objet du permis de construire PC 078146 14G1014 délivré le 30 septembre 2014 ;

- à supposer que la commune de Chatou ait entendu solliciter une substitution de motif :

. la caducité du permis de construire initial n'est pas établie dès lors que les travaux autorisés par ce permis de construire initial ont été réalisés dans le respect des dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme ;

. le dossier de demande de permis de construire modificatif était complet ;

. les travaux en litige n'excédaient pas le champ d'une demande de permis de construire modificatif dès lors que les modifications demandées n'apportaient pas au permis initial un bouleversement tel qu'il en changeait la nature même ;

. c'est à tort que la commune fait valoir que le permis modificatif viserait à régulariser des travaux réalisés en méconnaissance de l'autorisation initiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2024, la commune de Chatou, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne précise pas le nom et la qualité du gérant de la SARL Ad Invest de sorte qu'il n'est pas possible d'établir qu'il dispose bien de la qualité pour ester en justice au nom de la société ;

- la demande de permis de construire modificatif en litige aurait dû être rejetée comme irrecevable pour tardiveté au motif que le délai de validité du permis de construire initiale était expiré ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 22 mai 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de commerce ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghiandoni,

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B, représentant la commune de Chatou.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 septembre 2014, le maire de la commune de Chatou a délivré un permis de construire à la SCI Paris Clery pour la réhabilitation et l'extension d'une construction à usage d'habitation située sur un terrain cadastré AD 852, 37 route des Carrières-sur-Seine, en zone UCd du plan local d'urbanisme de la commune. Par une décision du 12 octobre 2017, le maire de Chatou a autorisé le transfert de ce permis au bénéfice de la SARL Ad Invest. Le 10 mars 2021, cette société a sollicité la délivrance d'un permis de construire modificatif auprès de la commune de Chatou. Par un arrêté du 7 juin 2021, la commune a refusé la délivrance de ce permis de construire modificatif au motif que l'emprise au sol maximale prévue par le plan local d'urbanisme était déjà atteinte par la construction telle qu'elle avait été autorisée par le permis de construire délivré le 30 septembre 2014. La SARL Ad Invest a vainement formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Par les écritures visées ci-dessus, la SARL BPG, venant aux droits de la SARL Ad Invest, sollicite l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Chatou :

2. Dans son mémoire, enregistré le 27 mars 2024, la SARL BPG, venant aux droits de la SARL Ad Invest, a précisé que M. C est à la fois le gérant et associé unique de la SARL Ad Invest et le gérant de la SARL BPG. Selon l'article L. 223-18 du code de commerce, le gérant d'une société à responsabilité limitée en est le représentant légal et détient de plein droit qualité pour agir au nom de la société, et notamment en justice. Ainsi, M. C est habilité à représenter devant le tribunal tant la SARL Ad Invest que la SARL BPG. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Chatou tirée de ce qu'en l'absence de précision quant au nom du gérant de la société Ad Invest, il n'était pas possible de s'assurer de sa qualité pour ester en justice au nom de la société ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article UC 9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Chatou : " 9.1 - Définition / L'emprise au sol des constructions, y compris les constructions annexes mais exceptés les locaux destinés au stationnement des deux-roues et au stockage des ordures ménagères nécessaire au tri sélectif, correspond à leur projection verticale au sol, exception faite des saillies, débords de toiture, éléments architecturaux et balcons ainsi que des sous-sols et des parties de constructions ayant une hauteur au plus égale à 0,60 mètre à compter du sol naturel. ". L'alinéa 3 de l'article UC 9.2 du même règlement précise : " Dans les secteurs UC b, UC c et UC d, l'emprise au sol des constructions ne peut excéder 65 % de la superficie totale du terrain. ".

4. D'une part, il est constant entre les parties que la surface de la construction autorisée par le permis de construire initial accordé à la SCI Paris Clery atteignait la surface maximale d'emprise au sol autorisée par les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du plan de masse 17 produit dans le dossier de la demande de permis de construire initiale de la SCI Paris Clery que les balcons situés sur la façade Sud-Ouest de la construction projetée ne constituent pas des saillies mais sont enserrés par les murs mitoyens situés de part et d'autre de la construction. La surface de ces balcons devait ainsi être prise en considération dans la détermination de l'emprise du projet dès le permis de construire initial. Dès lors, la clôture de la surface située sous le balcon du premier étage de la façade Sud-Ouest dans la demande de permis de construire modificatif n'a pas pour effet d'augmenter l'emprise au sol du projet. Ainsi, la SARL BPG est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article UC 9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Dans son mémoire en défense, la commune de Chatou doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée aurait pu être fondée sur la péremption du permis de construire initial délivré le 30 septembre 2014 à la SCI Paris Clery.

7. Aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. / Les dispositions du présent article sont applicables à la décision de non-opposition à une déclaration préalable lorsque cette déclaration porte sur une opération comportant des travaux. "

8. La SARL PBG produit la déclaration d'ouverture de chantier établie par la SCI Paris Clery en date du 30 septembre 2016, soit, en tout état de cause, moins de trois ans après l'obtention du permis de construire. La société requérante démontre également, par les factures qu'elle produit, que des travaux ont été entrepris à compter de 2017. Enfin, la commune ne démontre, ni même n'allègue, que ces travaux ont été interrompus pendant une durée supérieure à un an. Dès lors, la commune n'est pas fondée à soutenir qu'à la date du dépôt de la demande de permis de construire modificatif par la SARL Ad Invest, le permis de construire initialement accordé à la SCI Paris Clery était périmé. Il n'y a pas lieu de faire droit à la substitution de motifs demandée par la commune de Chatou.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL BPG, venant aux droits de la SARL Ad Invest, est fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2021 par lequel la commune de Chatou a refusé la délivrance d'un permis de construire modificatif relatif au projet de construction prévu sur le terrain cadastré AD 852, situé 37 route de Carrières-sur-Seine à Chatou. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen invoqué n'est pas susceptible de fonder cette annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivré dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

11. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que cette demande aurait dû être rejetée pour un autre motif ou que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée ou qu'un changement de circonstances fassent obstacle à la délivrance de l'autorisation sollicitée. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Chatou de délivrer à la SARL BPG le permis de construire modificatif sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Chatou la somme de 1 500 euros en remboursement des frais exposés par la SARL BPG et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 juin 2021 refusant à la SARL Ad Invest la délivrance d'un permis de construire modificatif n° PC 78146 14 G1014 M02 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Chatou de délivrer à la SARL BPG, venant aux droits de la SARL Ad Invest, le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Chatou versera à la SARL BPG la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL BPG et à la commune de Chatou.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Bartnicki, première conseillère,

Mme Ghiandoni, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Ghiandoni

Le président,

Signé

R. FéralLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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