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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110515

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110515

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantDE GAUDRIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 décembre 2021 et 6 avril 2022, l'EURL DW, représentée par son gérant et unique associé, M. A, ayant pour avocate Me Bénédicte de Gaudric, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2021 par laquelle le directeur général des finances publiques (DGFP) a rejeté sa demande tendant au bénéfice de l'aide exceptionnelle au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques et financières de la propagation de l'épidémie de covid-19, pour les mois de novembre et décembre 2020 et janvier, mars et avril 2021, la décision du 2 avril 2021 par laquelle il lui a été demandé de rembourser une partie de l'aide perçue au titre du mois de novembre 2020, et la décision du 28 avril 2021 en tant qu'elle n'a accepté que partiellement sa demande au titre du mois de mars 2021 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 659 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est illégale en l'absence de respect du principe du contradictoire, en méconnaissance de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration ; la décision a été prise sans que les éléments professionnels de la situation du requérant aient fait l'objet d'un examen effectif ;

- les messages adressés par la DGFIP ne mentionnaient pas les voies et délais de recours ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur de droit, dès lors que le motif retenu, lié à la variation de chiffre d'affaires, ne pouvait justifier un rejet ;

- la société DW est exigible au dispositif d'aide ; elle a subi une diminution de chiffre d'affaires supérieure à 50% ; la décision est entachée d'erreur de fait, dès lors que la société exerce bien l'activité de commerce en gros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Féjerdy, première conseillère,

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique,

- et les observations de Me de Gaudric, représentant l'EURL DW.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL DW demande l'annulation de la décision du 6 octobre 2021 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté sa demande tendant au bénéfice de l'aide exceptionnelle au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques et financières de la propagation de l'épidémie de covid-19, au titre des mois de novembre et décembre 2020 et janvier, mars et avril 2021. Elle doit être regardée comme demandant également l'annulation de la décision du 2 avril 2021 par laquelle il lui a été demandé de rembourser une partie de l'aide perçue au titre du mois de novembre 2020, ainsi que de la décision du 28 avril 2021 en tant qu'elle n'a accepté que partiellement sa demande au titre du mois de mars 2021.

Sur la légalité externe des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "

3. Si la société requérante soutient que la décision attaquée n'a pas fait l'objet d'une procédure contradictoire préalable, les dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables au cas où il est statué, comme en l'espèce, sur une demande de l'intéressée. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée est motivée, pour les mois en litiges, par la circonstance que le chiffre d'affaires de référence est supérieur au chiffre d'affaires réalisé pour les mois concernés, et que la variation observée du chiffre d'affaires est trop importante. Cette motivation, qui fait suite à un examen de la situation professionnelle de la société DW, est suffisante, et permet de contester utilement le motif retenu. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées doit par conséquent être écarté.

6. En troisième lieu, l'EURL DW fait valoir qu'en raison d'une insuffisante communication institutionnelle, elle n'a pu demander le bénéfice de l'aide créée par le décret n°2021-1337 du 14 octobre 2021, étendant le bénéfice de l'aide exceptionnelle aux entreprises ayant créé un commerce entre le 1er octobre 2019 et le 31 décembre 2020. Cette circonstance n'est toutefois pas établie par les pièces du dossier, alors au demeurant qu'il ne ressort pas davantage de celles-ci que l'EURL DW entrait dans le champ d'application de ces dispositions.

7. En quatrième lieu, si l'EURL DW fait valoir que les décisions de rejet qui lui ont été opposées antérieurement à la décision du 6 octobre 2021 ne portaient pas mention des voies et délais de recours, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la légalité des décisions concernées.

Sur la nature de l'activité :

8. Il résulte des dispositions du décret n°2020-371 du 30 mars 2020 modifié que l'éligibilité au bénéfice de l'aide financière exceptionnelle est soumise notamment à l'exercice à titre principal de l'une des activités listées aux annexes 1 et 2 de ce décret, par référence aux codes issus de la nomenclature d'activités françaises (NAF) élaborée par l'institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).

9. L'EURL DW fait valoir que, contrairement à ce qui lui a été opposé par l'administration, elle exerce une activité de commerce de gros de fruits et légumes, activité appartenant à la liste citée au point précédent. Si elle se prévaut de sa demande de modification de code d'activité principale (APE) adressée à l'INSEE le 6 septembre 2020, faisant état d'une proportion de vente en gros à hauteur de 60% du chiffre d'affaires, ce document purement déclaratif n'est toutefois corroboré par aucun élément. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment tant de l'attestation de publication de la cession de fonds de commerce exploité par l'EURL DW, de l'attestation de l'expert-comptable de la société datée du 25 juin 2021, que de l'extrait Kbis du 25 octobre 2021, que l'EURL DW a exploité un commerce de détail de fruits et légumes, activité qui n'est pas au nombre des secteurs visés aux annexes 1 et 2 du décret du 30 mars 2020.

Sur la prise en compte de la variation du chiffre d'affaires sur la période de référence :

10. Il résulte des dispositions des articles 3-14, 3-17, 3-19, 3-24 et 3-26 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié, respectivement applicables pour les demandes d'aide au titre des mois de novembre et décembre 2020, janvier, mars et avril 2021, que les entreprises qui ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public au cours du mois considéré peuvent bénéficier sous certaines conditions d'une aide, dans la limite de 10 000 euros ou 1 500 euros suivant le secteur d'activité, aide qui est fonction de leur perte de chiffre d'affaires au cours du mois considéré, par rapport à leur chiffre d'affaires de référence défini comme le chiffre d'affaires réalisé durant le même mois en 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 si cette option est plus favorable à l'entreprise.

11. En justifiant, dans la décision attaquée, le rejet de la demande de la société requérante au titre des mois de décembre 2020, janvier et avril 2021, par une " variation du chiffre d'affaires trop importante " ainsi que la circonstance que " le chiffre d'affaires de référence est supérieur au chiffre d'affaires réalisé ", l'administration a donc opposé à l'intéressée un critère non prévu par le texte réglementaire, et entaché sa décision d'erreur de droit.

12. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

13. Dans son mémoire en défense, l'administration fait valoir que l'EURL DW ne répond pas au critère défini par le décret n°2020-371, dès lors qu'elle n'a pas subi, pour les mois en litige, de perte de chiffre d'affaires supérieure à 50%.

14. Si l'EURL DW, laquelle a été créée le 13 décembre 2005, fait valoir qu'elle a racheté en juillet 2020 le fonds de commerce de la société Saveurs du panier, cette situation ne permet pas pour autant d'intégrer dans son chiffre d'affaires de référence, calculé comme le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019, celui effectivement réalisé cette année-là par la société Saveurs du panier, qui n'avait à cette date aucun lien juridique avec la société requérante. Il ressort des pièces du dossier que sur la base d'un chiffre d'affaires de référence calculé à partir de l'activité exclusive de l'EURL DW en 2019, celle-ci n'a pas connu de baisse de chiffre d'affaires en novembre 2020 et mars 2021, et a connu une baisse inférieure à 50% au titre des mois de décembre 2020, janvier et avril 2021. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner la nature de l'activité de l'EURL DW, l'administration pouvait légalement refuser la demande d'aide d'exceptionnelle de cette société au titre des mois de novembre et décembre 2020, janvier, mars et avril 2021.

15. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif, sur lequel l'EURL DW a par ailleurs présenté des observations dans le cadre de ses écritures à l'instance. Cette substitution de motif ne privant par ailleurs la société requérante d'aucune garantie procédurale, il y a lieu d'y faire droit.

16. Il résulte de tout ce qui précède que l'EURL DW n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 2 et 28 avril et 6 octobre 2021. Dès lors, sa requête doit être rejetée, y compris en ses conclusions indemnitaires et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL DW est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL DW et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- Mme Féjerdy, première conseillère,

- M. De Miguel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

B. Féjerdy

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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