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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110636

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110636

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantO'LEARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2021, M. C A, représenté par Me O'Leary, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 du préfet de l'Essonne portant obligation de quitter le territoire sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est signée d'une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, n'ayant pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisqu'ayant déjà bénéficié d'un titre de séjour, il est dans l'attente de son renouvellement ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation puisqu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens sont infondés.

Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Geismar, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 5 juin 1994, est entré en France en 1998 selon ses déclarations. Il a bénéficié d'un titre de séjour valable du 23 janvier 2013 au 22 janvier 2014. A l'issue de son incarcération, par un arrêté du 3 décembre 2021, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, Mme B D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire de la préfecture de l'Essonne, a reçu, par un arrêté n° 2021-PREF-DCPPAT-BCA-223 du 9 septembre 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de cette préfecture, délégation pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, permettant au requérant d'en critiquer utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté critiqué que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen de la situation de M. A.

5. En quatrième lieu, selon le paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'en vertu du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que ces dispositions s'adressent non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. S'il résulte toutefois également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. En l'espèce, le requérant a fait l'objet de deux auditions le 11 novembre 2020 et le 3 décembre 2021, lors desquelles il a pu présenter des observations et décrire sa situation familiale, sociale et professionnelle, et évoquer ses liens avec son pays d'origine. En outre, il a déjà fait l'objet, le 11 novembre 2020, d'un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis portant obligation de quitter le territoire et connaissait ainsi l'existence d'un risque d'éloignement. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'un vice de procédure.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des allégations suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En sixième lieu, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

9. Pour obliger le requérant à quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne s'est fondé, notamment, sur la circonstance que ce dernier s'est maintenu sur le territoire sans solliciter le renouvellement de son titre de séjour. M. A le conteste mais n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il a accompli les démarches utiles afin de résider régulièrement en France. Il n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté critiqué est entaché d'une erreur de droit.

10. Selon l'article L. 612-2 du code précité : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;

() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et l'article L. 612-3 du même code précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le titre de séjour dont se prévaut le requérant a expiré en janvier 2014. Or, il ne ressort d'aucune pièce qu'il a effectué des démarches en vue d'en obtenir le renouvellement. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation.

12. En septième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. M. A soutient être entré en France à l'âge de 4 ans, avec ses parents, et explique que sa mère, son beau-père ainsi que ses frères et sœurs résident en France, précisant également que son père est décédé. Il indique avoir suivi sa scolarité en France, de la 6e à la 3e avant d'obtenir un CAP de pâtissier. Toutefois, il ne fournit aucun document permettant d'établir tant l'existence des liens familiaux dont il se prévaut que de leur intensité. En outre, son titre de séjour a expiré en janvier 2014 sans qu'il en ait, depuis, sollicité le renouvellement. Enfin, il ne démontre pas être socialement ou professionnellement intégré en France alors, qu'au contraire, il a été signalé pour des faits d'outrages à personne dépositaire de l'autorité publique, détention et trafic de stupéfiant et vol avec violence, et qu'il a été condamné à dix mois de prison et incarcéré. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnait l'article 8 cité ci-dessus.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par conséquent, des conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

Le président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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