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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2110793

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2110793

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2110793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHAMPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 13 décembre 2021, 9 mars 2022 et 4 avril 2022, ainsi qu'un mémoire enregistré le 22 juin 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et non communiqué, M. B C, représenté par Me Champain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a fixé la Côte d'Ivoire comme pays à destination duquel il sera reconduit d'office en exécution de la mesure pénale d'interdiction du territoire français prononcée à son encontre par le tribunal judiciaire de Paris ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me Champain, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle ferait obstacle à la prise en charge de sa pathologie rénale, l'exposant à des conséquences d'une exceptionnelle gravité, des persécutions et des mauvais traitements, son traitement n'étant ni disponible, ni accessible en Côte d'Ivoire ;

- cette décision méconnaît en outre l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle a pour effet de le séparer de son fils, de nationalité française ;

- elle méconnaît pour les mêmes raisons l'article 131-30-2 du code pénal ;

- elle est insuffisamment motivée et procède d'un examen incomplet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de l'Essonne, qui a été destinataire des écritures du requérant, n'a pas présenté d'observations en défense mais a produit, le 25 juin 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, des pièces, qui n'ont pas été communiquées.

Par une ordonnance du 8 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

M. C a présenté, le 28 juin 2022, une note en délibéré.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant ivoirien né le 4 septembre 1977, déclare être entré en France en 2004. De son union avec une ressortissante française est né, le 22 mai 2008, un enfant, également de nationalité française. M. C a fait l'objet d'un jugement de condamnation pénale en date du 17 février 2021 du tribunal judiciaire de Paris, lequel prononce à son encontre notamment une interdiction judiciaire du territoire. Par un arrêté du 13 décembre 2021, le préfet de l'Essonne a fixé la Côte d'Ivoire comme pays à destination duquel l'intéressé sera reconduit d'office en exécution de cette mesure pénale d'interdiction du territoire français. M. C demande, par la présente requête, l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, en particulier l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté mentionne les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, si M. C reproche à l'arrêté de ne pas faire mention de la présence en France de son fils, de nationalité française, et du suivi médical dont lui-même fait l'objet, en France, depuis 2004, il n'établit pas que le préfet aurait pris sa décision sans tenir compte de ces circonstances. Le moyen tiré du défaut d'examen complet de la situation de l'intéressé doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, M. C ne peut utilement invoquer, à l'appui de sa contestation de l'arrêté fixant, en exécution de la mesure pénale d'interdiction du territoire prise à son encontre, le pays de destination, le non-respect des dispositions de l'article 131-30-2 du code pénal et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En quatrième lieu, en se bornant à produire une attestation de la mère de son fils, de nationalité française, M. C n'établit pas qu'il entretiendrait des liens étroits avec ce dernier, alors notamment que celui-ci réside avec sa mère en Vendée d'après les pièces du dossier et qu'il n'a pas sollicité de permis de visite pour son fils durant sa détention. Il n'est pas davantage établi que M. C aurait entretenu des rapports réguliers avec cet enfant avant son placement en détention, notamment durant les vacances scolaires, et il résulte du témoignage de la mère de l'enfant que les contacts entre M. C et son fils se font sous forme d'appels téléphoniques, lesquels pourront perdurer en cas de retour de l'intéressé en Côte d'Ivoire. De même, la participation à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, à laquelle l'intéressé allègue se livrer, sous forme financière, sans toutefois l'établir sérieusement, pourra, en toute hypothèse, perdurer en cas de retour de l'intéressé dans son pays d'origine. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contrevient à l'intérêt de son fils et le moyen tiré du non-respect de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; (). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est atteint d'une grave insuffisance rénale, dont la prise en charge se caractérise, depuis plusieurs années, par un suivi hospitalier régulier, et qu'il a notamment bénéficié, le 22 mai 2015, d'une greffe rénale, dont le succès nécessite un traitement spécifique destiné à éviter tout rejet du greffon. Il peut être considéré comme établi, au vu notamment du certificat établi en 2019 par le médecin de l'hôpital Tenon en charge de son suivi, que cette prise en charge médicale est nécessaire et qu'à défaut, M. C serait exposé à des conséquences d'une gravité pouvant être qualifiée d'exceptionnelle. Toutefois, s'il fait valoir que le médicament dont il bénéficie en France ne serait pas inscrit sur la liste de ceux distribués en Côte d'Ivoire, M. C n'établit pas que la molécule concernée, ou une autre molécule apportant les mêmes garanties, ne serait pas disponible dans ce pays. Il n'en justifie pas davantage en faisant valoir que ce pays compterait seize médecins pour 100 000 habitants. Dès lors, M. C n'établit pas que la décision fixant la Côte d'Ivoire comme pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office l'exposerait à des risques pour sa vie ou son intégrité. Les moyens tirés du non-respect des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'arrêté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. C doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Le Gars, président,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Lutz, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

A. A

Le président,

signé

J. Le Gars

La greffière,

signé

L. Segrétain

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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