jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2110866 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | GRANADOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 décembre 2021, 10 juin 2022 et 27 janvier 2023, M. et Mme B, représentés par Me Jody Granados, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 février 2021 par laquelle le maire de Maurepas ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. A C en vue de la transformation d'un garage en habitation, ensemble la décision du 29 septembre 2021 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Maurepas la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir ;
- la requête n'est pas tardive ;
- la décision méconnaît l'article R.421-14 du code de l'urbanisme, en ce que les travaux auraient justifié une demande de permis de construire ;
- la décision méconnaît les dispositions du titre III et du titre VII du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ; le projet modifie la façade ; il bouleverse l'organisation urbaine du groupe de maisons " Marly " ; il conduit à créer une habitation qui ne sera pas séparée de la voie par la clôture ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article 3.1 de la section 2 du titre IV du règlement du PLU ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article 6 de la section 1 du titre III du règlement du PLU relatives au stationnement ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article 4.1 de la section 2 du titre IV du règlement du PLU ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article 5 de la section 2 du titre III du règlement du PLU relatives aux espèces végétales invasives ;
- le dossier de déclaration préalable est entaché d'omissions et d'inexactitudes ;
- la demande est frauduleuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, la commune de Maurepas conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de chacun des requérants de la somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés les 13 avril 2022 et 13 janvier 2023, M. C, représenté par Me Jean-Christophe Caron, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge solidaire des requérants de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est tardive et donc irrecevable ;
- la requête n'est pas accompagnée d'un document attestant du caractère régulier de l'occupation ou de la détention du bien ; elle n'est pas accompagnée de la décision attaquée ;
- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dumont, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a déposé auprès de la mairie de Maurepas une déclaration préalable visant à la transformation en logement du garage dont il est propriétaire, sur la parcelle 203. Par arrêté du 11 février 2021, le maire a délivré l'autorisation demandée. M. et Mme B, voisins directs du projet, demandent l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
3. Il ressort des pièces du dossier que si le document DP6, document graphique relatif à l'insertion du projet, n'indique pas la présence de deux bandes de pelouse le long de la place de stationnement, ni la plantation d'un cyprès, ces deux éléments sont clairement indiqués sur le plan de masse DP2 ainsi que dans les annotations qui l'accompagnent, sans que cette contradiction entre les deux pièces ait été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur. Par ailleurs, aucune disposition du code de l'urbanisme n'imposait, s'agissant d'un logement individuel, l'indication dans le dossier de déclaration préalable de la localisation précise des " boitiers techniques " ni des conteneurs à ordures. Dès lors, le moyen tiré des inexactitudes dont serait entaché le dossier doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si la déclaration préalable remplie par M. C ne mentionne pas l'existence du cahier des charges de l'ensemble immobilier " les Bessières ", document datant des années 1970 et dont il ne ressort pas des termes du PLU qu'il serait toujours en vigueur, dont la commune connaissait au demeurant l'existence dès lors que celle-ci avait été soulignée par les requérants dans un précédent recours gracieux, aucune disposition du code de l'urbanisme n'imposait en tout état de cause une telle mention. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que la déclaration préalable aurait, au seul motif de cette absence, un caractère frauduleux.
5. En troisième lieu, aux termes du c) de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme, relèvent d'un permis de construire " les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R.151-27 et R. 151-28 ". Le dernier alinéa du même article précise que " pour l'application du c du présent article, les locaux accessoires d'un bâtiment sont réputés avoir la même destination que le local principal. " L'article R. 151-27 du même code énumère les destinations de construction de la manière suivante : " 1° Exploitation agricole et forestière ; / 2° Habitation ; / 3° Commerce et activités de service ; / 4° Equipements d'intérêt collectif et services publics ; / 5° Autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire. " Enfin, l'article R. 151-28 du même code définit les sous-destinations, dans les termes suivants : " () 2° Pour la destination " habitation " : logement, hébergement ; / () 5° Pour la destination " autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire " : industrie, entrepôt, bureau, centre de congrès et d'exposition. "
6. Il est constant que le bâtiment qui fait l'objet du projet a été construit comme un garage, soit un local accessoire d'une habitation. La seule circonstance qu'il appartient aujourd'hui à un propriétaire différent de la maison de laquelle il était initialement le local accessoire n'a pas pu entraîner la modification de sa destination et le transformer en " entrepôt ", alors au demeurant que le règlement du PLU interdit, dans la zone Urs, dédiée à l'habitat, toute construction à cet usage. Il s'ensuit que si le projet prévoit la transformation du garage en logement, il ne s'accompagne pas pour autant d'un changement de destination au sens de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'en méconnaissance de ces dispositions, le projet aurait dû faire l'objet d'un permis de construire, doit être écarté.
7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3.1 de la section 2 du titre IV du règlement du PLU, pour les terrains appartenant à la zone d'indice c, le pourcentage total minimum d'espaces verts exigés est de 30%, se répartissant entre 20% minimum d'espaces verts de pleine terre et 10% maximum d'espaces végétalisés complémentaires. Par ailleurs, aux termes du lexique du règlement, " sont considérés comme espaces végétalisés de pleine terre les espaces non bâtis ni en surface ni en sous-sol permettant la libre infiltration des eaux pluviales pouvant comprendre des noues, bassins végétalisés, etc. () Les aires de stationnement en surface et leurs accès ne sont pas comptabilisés au titre des espaces végétalisés complémentaires. " Aux termes du même texte, " sont considérés comme espaces végétalisés complémentaires les espaces suivants : () - Les aires de stationnement et leurs accès perméables et végétalisées peuvent être comptabilisés au titre des espaces végétalisés complémentaires avec un coefficient modérateur de 0,4, sous réserve de respecter les conditions suivantes : / pour permettre l'évolution des constructions à destination de logement et des constructions nécessaires aux services publics et d'intérêt collectif existants à la date d'approbation du PLU () ".
8. D'autre part, la circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan d'occupation des sols régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'en l'état existant, la construction présente sur la parcelle 203 ne respecte pas les dispositions de l'article 3.1, dès lors que le terrain ne comprend aucun espace vert. Le projet, qui prévoit la plantation de 8m² de pelouse et l'installation de 8,50 m² D à l'emplacement de la place de stationnement, rend donc la construction plus conforme à ces dispositions. Dès lors, il ressort de ce qui a été dit au point précédent que, nonobstant la circonstance que le projet ne prévoit pas 30% d'espaces verts, il ne méconnaît pas pour autant les dispositions de l'article 3.1 du règlement du PLU.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de la section 1 du titre III du règlement du PLU : " 6.1.4 Sont soumis à l'obligation de réaliser des aires de stationnement automobile et des véhicules à deux roues motorisés ou non : / () - Tout changemnet de destination ou améangement susceptible de générer des nouveaux besoins qu'il soit soumis ou non à autorisation ou déclaration ; / () - Pour la destination " habitat ", toute évolution entraînant la création d'un ou plusieurs logements. () / 6.1.7 () Il est exigé une places de stationnement par tranche de 50m² de surface de plancher. () / 6.1.10 La conception des places de stationnement doit garantir leur bonne utilisation, ainsi : () - les tailles, formes et accès des places doivent permettre les manœuvres aisées de véhcules. () / 6.1.11 Pour limiter leur impact paysager, les aitres de stationnement seront préférentiellement réalisées en sous-sol, ou dans le volume des constructions. Dans le cas contraire, un revêtement perméable et végétalisé, par exemple de type " gazon renforcé ", devra être privilégié. "
11. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la création d'une place de stationnement, devant l'entrée de la construction. Si la bande D prévue est seulement de 1,54 mètre de largeur, l'espace disponible devant la future habitation est de 3,19 mètres de largeur, ce qui, y compris réduit de quelques dizaines de centimètres en raison de la plantation d'un cyprès à l'entrée, reste suffisant pour accueillir le stationnement d'un véhicule. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que l'accès à la voie publique sera difficile, ils ne l'établissent pas, alors que la construction a été initialement conçue comme un garage. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la section 1 du titre III doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 4.1 de la section 2 du titre IV du règlement du PLU : " () Les locaux techniques (locaux poubelle, boîtes aux lettres, bornes techniques, etc) doivent être intégrés dans la construction ou un mur de clôture ou être regroupés dans des locaux annexes bien intégrés à l'opération. / Les emplacements destinés aux déchets doivent être masqués depuis la voie publique. () "
13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les boitiers d'électricité et de gaz, dont le plan de masse n'avait pas à préciser l'emplacement, ne pourraient être implantés sur la façade, à côté de la baie vitrée, ou sur le muret de clôture. Par ailleurs, et alors qu'un conteneur à déchets ne peut être regardé comme un " local technique " au sens des dispositions citées au point précédent, la commune soutient qu'il pourra être placé derrière le cyprès planté à l'entrée du terrain. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4.1de la section 2 du titre IV doit être écarté.
14. En septième lieu, aux termes du point 7 de l'article 5 de la section 2 du titre IV du règlement du PLU : " les espèces végétales invasives inscrites sur les listes I et II de l'agence régionale de la biodiversité Ile de France sont interdites (annexe 4.3) ". Sur la liste II de l'annexe 4.3 figure notamment le " cupressus macrocarpa Hartweg ". Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le pétitionnaire aurait choisi cette espèce particulière de cyprès à planter sur son terrain. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 doit donc être écarté.
15. En huitième lieu, aux termes de l'article 4.1 des dispositions communes du règlement du PLU, relatif aux éléments bâtis et architecturaux remarquables : " () Tous les travaux réalisés sur les constructions identifiées doivent être conçus dans le respect des dispositions générales et applicables aux zones concernées du règlement, et dans le respect d'une préservation et d'une mise en valeur des caractéristiques historiques, culturelles et paysagères qui ont conduit à leur classification au titre VII du présent règlement. / Pour l'ensemble des mesures énoncées ci-dessous, tout projet de modification peut être refusé s'il porte atteinte, de par son implantation, aux espaces extérieurs attenants à la construction ayant une qualité paysagère forte, à sa volumétrie et/ou aux traitements de façades et toitures de la construction d'origine. () " Par ailleurs, le titre VII du règlement du PLU définit les prescriptions applicables aux " maisons Riboud de type I " de la manière suivante : " Respecter l'ordonnancement / limiter les élévations à 1m par rapport aux façades existantes pour l'aménagement des combles/ pas d'extensions entre le plan de la façade et l'alignement sauf pour les parcelles d'angle, en ce cas l'extension ne dépassera pas le recul de la maison adjacente / maintenir les clôtures originales (haie doublée d'un grillage) sinon limiter l'impact sur la rue, favoriser la transparence sans dépasser 1,80m ".
16. Il est constant que le bâtiment concerné par le projet appartient à l'" ensemble urbain remarquable " des maisons Riboud de type I identifié au règlement du PLU. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des documents photographiques ainsi que du document graphique d'insertion que le projet, qui transforme simplement la porte du garage en baie vitrée, ne modifiera ni le volume de la construction, ni l'ordonnancement caractéristique de ces maisons Riboud de type Marly, consistant en une alternance de maisons d'habitation en R+1 et de bâtiments sans étage constituant les garages. Par ailleurs, ni la mise en place d'une baie vitrée, alors au demeurant que les ouvertures des maisons voisines sont très disparates, ni l'absence de clôture devant le local qui deviendra une habitation, ne suffisent pas à porter atteinte à l'ensemble urbain. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 11 février 2021 par laquelle le maire de Maurepas ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de M. C.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Maurepas, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants la somme de 2 000 euros, à verser par moitiés à la commune de Maurepas et à M. C au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : M. et Mme B verseront la somme de 2 000 euros, par moitiés, à la commune de Maurepas (1 000 euros) et à M. C (1 000 euros), au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B, à la commune de Maurepas et à M. C.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Ouardes, président,
- Mme Fejérdy, première conseillère,
- M. de Miguel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
B. Fejérdy
Le président,
Signé
P. Ouardes
La greffière,
Signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
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