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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2111071

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2111071

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2111071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantLAMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 décembre 2021 et 5 février 2022, M. A B, représenté par Me Lamine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an avec signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines ou toute autorité préfectorale compétente, de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines ou à toute autorité préfectorale compétente, de lui délivrer un titre de séjour pourtant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut, de réexaminer sa situation administrative avec saisine de la commission du titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant le réexamen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ne sont pas suffisamment motivées en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et sont entachées d'un défaut d'examen approfondie de sa situation personnelle ;

- le préfet ne pouvait les prendre sans avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elles méconnaissent les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les stipulations des articles 2-2 et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait au surplus les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit d'observations mais qui a communiqué des pièces le 24 février 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1989, est entré en France selon ses déclarations le 22 févier 2015. Par une décision du 12 mai 2015, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de M. B. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce refus le 7 avril 2016. Toutefois, l'intéressé a obtenu un titre de séjour valable du 22 mai 2019 au 21 mars 2020 sur le fondement des dispositions alors en vigueur du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 7 janvier 2021, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, sur le même fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 avril 2021, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Par la requête ci-dessus analysée, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour refuser le renouvèlement du titre de séjour, le préfet des Yvelines a considéré que la présence en France de M. B représentait une menace pour l'ordre public, au motif qu'il avait été condamné le 26 septembre 2019 par le tribunal correctionnel de Versailles à une peine d'emprisonnement de douze mois dont six mois avec sursis, pour des faits de " menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet commis par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et " violence habituelle n'ayant pas entrainé d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ". Toutefois, d'une part, si la gravité des faits commis par le requérant n'est pas remise en cause, il ressort des pièces du dossier qu'ils restent isolés et il est établi par les pièces du dossier que M. B fait partie d'un groupe de parole thérapeutique créé par l'antenne de psychiatrie et de psychologie légales de l'établissement Roger Prévot à La Garenne Colombes, pour apprendre à gérer ses humeurs et que les responsables de l'association Equalis, en charge d'accompagner sa réinsertion, atteste de son comportement exemplaire, que ce soit dans les différents emplois qu'il a pu occuper, que dans la gestion de son logement ou encore dans l'apprentissage de la langue française et dans l'éducation de sa fille. Par ailleurs, le préfet des Yvelines n'apporte aucun autre élément défavorable à l'égard de M. B permettant d'établir qu'il constituait, à la date de la décision attaquée, soit presque deux ans après sa condamnation, une menace pour l'ordre public, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'ex-compagne du requérant, de nationalité française, atteste de l'importance et de la place de M. B dans la vie de leur fille âgée de trois ans. Il ressort en effet des pièces du dossier que le requérant n'a jamais cessé sa relation avec sa fille et contribue à son éducation et à son entretien autant que ses moyens le lui permettent. Dans ces circonstances particulières, eu égard à l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens familiaux en France du requérant et aux conditions de son séjour, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, à demander l'annulation de l'ensemble des décisions prises à son encontre par le préfet des Yvelines le 29 avril 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. D'une part, eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Yvelines délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. D'autre part, il est enjoint au préfet des Yvelines de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lamine renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines du 29 avril 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, d'une part, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, d'autre part, de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Lamine sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Yvelines et à Me Lamine.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Raymond-Andujar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

S. C

Le président,

signé

A. Le Méhauté

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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