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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2111091

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2111091

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2111091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantMENGELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 décembre 2021 et 10 février 2022, M. A B, représenté par Me Mengelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " et, défaut, de réexaminer sa demande de titre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait : d'une part, le métier qu'il exerce est actuellement en tension contrairement à ce qu'affirme le préfet et d'autre part, le préfet a retenu que le critère de l'adéquation homme/poste n'était pas rempli dès lors que le sérieux et la réalité de ses études n'est pas établi alors que le tribunal s'est déjà prononcé sur cette question dans son jugement du 25 septembre 2018 en jugeant l'inverse ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malgache né le 26 février 1978, est entré en France le 18 septembre 2014 muni d'un visa de long séjour pour y poursuivre ses études. Il a obtenu plusieurs titres de séjour en tant qu'étudiant régulièrement renouvelés jusqu'au 2 janvier 2018. Le 16 avril 2018, la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B et l'a obligé à quitter le territoire français. Cet arrêté a été annulé par un jugement de ce tribunal du 16 avril 2018. Le 24 juin 2019, M. B a demandé le changement de statut de sa demande de renouvellement de titre de séjour d'étudiant vers celui de salarié sur le fondement des dispositions alors en vigueur de l'article L. 131-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile après avoir obtenu un contrat de travail à durée indéterminée en tant que chauffeur-livreur au sein de la société Tes Transports Express Services. Par un arrêté du 9 février 2021, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'expiration de ce délai. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-10 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; / 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; / Lorsque la demande concerne un étudiant ayant achevé son cursus sur le territoire français cet élément s'apprécie au regard des seules études suivies et seuls diplômes obtenus en France ; 3° le respect par l'employeur, l'utilisateur mentionné à l'article L. 1251-1 ou l'entreprise d'accueil de la législation relative au travail et à la protection sociale ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet d'examiner la demande de titre de séjour portant la mention " salarié " dont il est saisi au regard de l'ensemble des critères d'appréciation fixés par l'article R. 5221-20 du code du travail, lesquels sont cumulatifs.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'en faisant référence à l'avis défavorable émis par la DIRECTE le 30 novembre 2020 à la demande d'autorisation de travail de l'employeur de M. B, le préfet de l'Essonne a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité au motif que les dernières données statistiques du marché du travail sur le bassin d'emploi d'Ile-de-France pour l'emploi de chauffeur livreur (code ROME N4105) font état d'une moyenne de dix demandes d'emploi pour deux offres et qu'en conséquence, la situation défavorable de l'emploi dans le métier et la zone d'emploi considérée ne justifient pas le recours à l'introduction de salariés étrangers. M. B conteste la réalité de ces chiffres. Il ressort en effet des données produites par le requérant, disponibles sur le site internet de Pôle emploi relatives aux besoins en main-d'œuvre dans le département de l'Essonne pour le métier de conducteurs et livreurs sur courte distance, que le taux de difficulté de recrutement était de

54,7 % en 2018, 60,3 % en 2019 et 80 % en 2020. D'autre part, pour rejeter le titre de séjour sollicité, le préfet de l'Essonne a relevé que l'intéressé ne satisfaisait pas au critère d'adéquation homme/poste au regard de son cursus étudiant. Le préfet de l'Essonne indique à ce titre à tort, comme le soutient le requérant, que ce dernier " n'apporte pas la preuve d'avoir effectué des études réelles et sérieuses sur le territoire national ", or cet élément - dont l'appréciation a, au demeurant, déjà été jugée erronée par ce tribunal par un jugement du 25 septembre 2018 - ne relève pas du critère de l'adéquation défini au point 2° de l'article précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne a entaché son arrêté d'erreurs de faits et de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 9 février 2021 du préfet de l'Essonne portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard à son motif d'annulation, le présent jugement n'implique pas que soit délivré un titre de séjour à M. B, mais seulement que sa situation soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mengelle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 9 février 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Mengelle sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Essonne et à Me Mengelle.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sylvie Mégret, présidente,

Mme Raymond-Andujar, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

Signe

S. C

La présidente,

signé

S. MégretLa greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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