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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2111114

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2111114

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2111114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantLEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 décembre 2021 et le 15 février 2022, Mme B A, représentée par Me Lévy demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 26 novembre 2021 par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement du certificat de résidence qui lui avait délivré sur le fondement de l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 26 novembre 2021 par laquelle le préfet des Yvelines l'a obligée à quitter le territoire français et d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation et de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour et de travail dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'annulation la décision du 26 novembre 2021 par laquelle le préfet des Yvelines a fixé le délai de départ volontaire à trente jours ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une personne incompétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; l'arrêté attaqué est ainsi également entaché d'un défaut d'examen individuel de sa situation personnelle et notamment de sa situation professionnelle ;

- il est dépourvu de base légale dès lors qu'il est fondé sur des motifs matériellement inexacts à savoir la fraude de sa part ; la circonstance que l'agent administratif ayant instruit sa demande soit poursuivi pour avoir détourné les procédures d'instruction ne justifie pas le refus de renouveler le titre de séjour précédemment délivré ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifestation d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle remplit les conditions de délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement non seulement des stipulations de l'article 6.7 du l'accord franco-algérien mais également de celles de l'article 6.5 du même accord ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- le préfet ne pouvait prendre à son encontre une décision l'obligeant à quitter le territoire dès lors qu'elle remplit les conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Lévy, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 4 octobre 1965, déclare être entrée pour la dernière fois en France en avril 2016. Elle s'est vue délivrer un certificat de résidence algérien pour soins régulièrement renouvelé du 31 août 2018 au 18 juin 2020. Le 13 mai 2020, Mme A a demandé le renouvellement de son certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations de l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 26 novembre 2021, dont Mme A demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le certificat de résidence demandé et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les moyens communs à toutes les décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 septembre 2021, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines n° 78-2021-189, Mme Bérangère Nicolas, secrétaire générale de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye, a reçu du préfet des Yvelines délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D C, sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, les décisions de refus de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire et portant fixation du pays de destination. Il n'est pas établi que

M. D C n'aurait pas été absent ou empêché le jour de la signature de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les stipulations de l'accord franco-algérien et les dispositions pertinentes du code des relations entre le public et l'administration, précise qu'il ressort d'un examen approfondi de sa situation que la requérante ne remplissait pas les conditions prévues par l'article 6 alinéa 7 de l'accord susvisé dès lors qu'une enquête interne a révélé que l'agent administratif ayant instruit son dossier avait détourné la procédure d'instruction afin de délivrer indûment des titres de séjour. Cette motivation est suffisante, notamment quant aux raisons qui ont poussé le préfet des Yvelines à retenir l'existence d'une fraude. L'arrêté contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet des Yvelines pour refuser le renouvellement de son certificat de résidence. Par conséquent, et alors que le préfet n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de Mme A, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la motivation de l'arrêté attaqué est insuffisante, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré d'un défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme A avant de prendre les décisions attaquées.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

6. D'une part, en l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-algérien précité, le préfet des Yvelines peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. L'administration doit cependant rapporter la preuve de la fraude, et non le requérant, dont la bonne foi se présume.

7. D'autre part, l'autorité de chose jugée appartenant aux décisions des juges répressifs devenues définitives qui s'impose aux juridictions administratives s'attache à la constatation matérielle des faits mentionnés dans le jugement et qui sont le support nécessaire du dispositif.

8. Mme A s'est d'abord vu délivrer un certificat de résidence algérien en 2018 valable du 18 juin 2019 au 18 juin 2020, puis a obtenu une carte de résident de dix ans, sur le fondement l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien. Il ressort toutefois de l'extrait des minutes du greffe du tribunal judiciaire de Versailles relatif au jugement rendu par la 5ème chambre correctionnelle le 11 octobre 2021 produit par le préfet des Yvelines, qu'un agent de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye a été reconnu coupable des chefs d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France réprimés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'escroquerie, de corruption passive et blanchiment réprimés par le code pénal, et d'avoir en ce sens permis la délivrance indue de titres de séjour à 159 personnes. Ce jugement, devenu définitif, mentionne les noms, prénoms et dates de naissance des requérants parmi ceux des ressortissants étrangers auxquels un titre de séjour a été délivré indûment, au nombre desquels figure la requérante. Eu égard à l'autorité de chose jugée au pénal, la délivrance indue d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme A, constatation de fait qui est le support nécessaire du dispositif de ce jugement, s'impose au juge administratif.

9. Si l'intéressée soutient qu'aucune intention frauduleuse de sa part n'est établie et qu'elle ignorait les manœuvres frauduleuses commises par un agent de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye, et justifie notamment en ce sens être entrée régulièrement sur le territoire français, elle ne conteste pas ne pas avoir besoin de soins, qualité à laquelle est subordonné le droit à un titre de séjour sur le fondement l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien susvisé. Les pièces que Mme A produit à l'instance ne sont par ailleurs pas de nature à remettre en cause les faits mentionnés dans le jugement du 11 octobre 2021. Le préfet des Yvelines relève également, sans que cela ne soit contesté, qu'aucune pièce justificative de son état de santé ni aucun avis des médecins de l'OFII n'a été retrouvé dans son dossier. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement considérer, au vu des indices sérieux et concordants qui viennent d'être énumérés, que les titres de séjour dont avait bénéficié Mme A lui avaient été délivrés à la suite de manœuvres frauduleuses.

10. S'il appartient à l'autorité administrative de tenir compte de manœuvres frauduleuses avérées qui, en raison notamment de leur nature, de leur durée et des circonstances dans lesquelles la fraude a été commise, sont susceptibles d'influer sur son appréciation, elle ne saurait se dispenser de prendre en compte les circonstances propres à la vie privée et familiale des intéressés postérieures à ces manœuvres au motif qu'elles se rapporteraient à une période entachée par la fraude.

11. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a également examiné la situation familiale de Mme A avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes duquel " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Mme A soutient que sa vie privée et familiale se trouve désormais en France où elle vit depuis avril 2016 et où elle travaille depuis trois ans. Elle se prévaut par ailleurs du fait que son fils réside en France, que les membres de sa famille les plus proches qui habitaient en Algérie - ses parents et ses deux frères - sont désormais décédés et qu'elle a " réussi à reconstruire sa vie en France après avoir fui l'Algérie et son mari violent ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A n'est entrée en France qu'à l'âge de quarante-huit ans et, qu'elle n'établit pas par les pièces produites avoir tissé des liens particuliers en France. En outre, si Mme A établit travailler depuis trois ans pour plusieurs employeurs dans le domaine de l'aide à la personne, cette seule circonstance ne permet pas à elle seule de démontrer que le préfet des Yvelines aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. En second lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ".

14. Lorsqu'il est saisi d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une des stipulations d'un accord bilatéral, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'étranger peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une stipulation de l'accord bilatéral, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de cet article. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, la requérante ne justifie pas de motifs lui permettant d'accéder au droit au séjour sur stipulations précitées au point 13 de l'accord franco-algérien.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

16. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 14 du présent jugement, Mme A ne remplit pas les conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

17. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8, 9 et 12, que le préfet des Yvelines n'a pas entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme A d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant un délai de départ volontaire d'une durée de trente jours :

18. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas à Mme A, à titre exceptionnel, un délai de départ supérieur à trente jours.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreintes et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente-rapporteur,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

La Présidente rapporteure,

signé

S. Mégret

L'assesseur le plus ancien

signé

S. Rivet La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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