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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2111141

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2111141

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2111141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBEN AMMAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 23 décembre 2021 enregistrée le même jour, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a renvoyé au tribunal la requête de M. B C, enregistrée le 8 décembre 2021.

Par cette requête et un mémoire enregistré le 4 février 2022, M. C, représenté par Me Ben Ammar, avocat, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Il soutient que :

-la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle indique à tort qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée au droit à sa vie privée et familiale et méconnait, ce faisant, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 313-11 7°, devenu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations et dispositions ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours doit être annulée par la voie de l'exception d'illégalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens sont infondés.

Par une ordonnance du 24 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais né le 28 mai 1986, entré en France en 2019 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 27 novembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21/BC/138 du 13 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-088-13-09-2021 du même jour, le préfet de la Seine-et-Marne a donné à Mme A D, sous-préfète de l'arrondissement de Provins, délégation de signature afin de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, si M. C soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle indique à tort qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France, il ressort des termes de cette décision qu'elle ne porte pas une telle mention. Le moyen, qui manque en fait, doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour ne prescrivant pas l'attribution de plein droit d'un titre de séjour, l'intéressé ne peut utilement s'en prévaloir au soutien de sa contestation de la décision attaquée.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Au cas particulier, M. C soutient qu'il réside en France depuis 2019 où il vit avec sa compagne titulaire d'une carte de résident avec laquelle il a eu un enfant né sur le territoire français le 8 octobre 2021, à l'entretien et à l'éducation duquel il participe, qu'il envisage de se marier, qu'il dispose d'une offre de contrat de travail et qu'il parle couramment français. Toutefois, M. C n'établit pas, eu égard au jeune âge de son enfant et de la nationalité camerounaise de sa compagne, que la cellule familiale ne serait pas en mesure de se reconstituer au Cameroun en cas d'éloignement de l'intéressé. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une présence en France avant le mois de juin 2019 ni d'une vie commune avec sa compagne avant le mois d'octobre 2021, alors qu'il a déclaré lors de son audition par les services de gendarmerie être entré en France en 2018 et vivre en concubinage depuis le 19 décembre 2020. Dans ces conditions, M. C, qui ne justifie à la date de la décision d'aucune insertion sociale ou professionnelle, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans jamais demander de titre de séjour et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où, selon ses déclarations, vit toute sa famille, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations et dispositions. Les moyens doivent être écartés.

8. En dernier lieu, si M. C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours doit être annulée par la voie de l'exception d'illégalité, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé.

9. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 novembre 2021 du préfet de Seine-et-Marne doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Raymond-Andujar, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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