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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2111258

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2111258

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2111258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSIBILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2021, la société GSP Industriel, représentée par Me Sibille, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'office français pour l'immigration et l'intégration (OFII) a mis à sa charge une contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail d'un montant de 18 250 euros et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine, prévue par l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un montant de 2 553 euros ;

2°) d'annuler le titre de perception émis le 19 novembre 2021 d'un montant de 2 553 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de la décharger partiellement de l'obligation de payer la contribution spéciale en la ramenant à une somme de 7 300 euros ;

Elle soutient que :

- la décision de l'OFII fixant le montant de la contribution spéciale est disproportionnée en ce qu'elle n'a jamais été poursuivie, ni condamnée et qu'aucune procédure pénale n'a été engagée par le parquet ;

- le titre de perception émis le 19 novembre 2021 est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de l'OFII.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 mai 2022 et le 8 juillet 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deharo,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit

1. A l'occasion d'un contrôle de chantier à Bois d'Arcy (Yvelines), les services de police ont constaté la présence en action de travail de Monsieur B, employé par l'entreprise de nettoyage GSP Industriel, démuni de titre l'autorisant à séjourner, à travailler en France et non déclaré. Par une décision du 13 octobre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de GSP Industriel la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros et la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par les articles L. 822-2 à L.822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 553 euros. Le 19 novembre 2021, deux titres de perception ont été émis par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne pour des montants correspondant à ceux fixés par la décision du 13 octobre 2021 du directeur général de l'OFII. Par la présente requête, la société GSP Industriel peut être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L.8253-1 de ce même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux ". Aux termes de l'article R. 8253-2 de ce même code : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II. Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / () ".

3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur.

4. Il ressort des procès-verbaux des services de police en particulier de l'audition de M. B, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'il travaillait depuis cinq jours au sein de la société GSP Industriel, qu'aucun contrat de travail n'avait été signé et que M. A, gérant de cette société, était parfaitement informé qu'il était en situation irrégulière sur le territoire français. Par ailleurs, si M. A reconnait que M. B a été recruté en urgence par la société GSP Industriel pour remplacer un salarié défaillant, qu'il assurait une mission chez un important client depuis seulement quelques heures lorsqu'il a été contrôlé en action de travail par les services de police et qu'il n'avait effectué aucune déclaration préalable à l'embauche par manque de temps en précisant que M. B devait se rendre l'après-midi même auprès du service comptable de la société pour procéder à son recrutement ce qui aurait permis de s'apercevoir qu'il ne disposait d'aucun droit au séjour en France, ni autorisation de travailler, il n'apporte au soutien de ses allégations aucun commencement de preuve de nature à établir que la condition d'urgence justifiait qu'il n'aurait pas pu procéder à toutes les diligences nécessaires pour s'assurer que son salarié était autorisé à travailler en France. Dans ces conditions, il n'établit pas que la sanction prononcée au titre des dispositions des articles L.8251-1 et L.8253-1 du code du travail serait disproportionnée. Il en résulte que la société GSP Industriel n'est pas fondée à soutenir que le directeur général de l'OFII a méconnu les dispositions de l'article L.8253-1 du code du travail en mettant à sa charge la contribution spéciale à hauteur de 5 000 fois le taux horaire. Par suite ce moyen doit être écarté.

5. En second lieu, il résulte de ce qui est dit précédemment que le moyen tiré de ce que le titre de perception émis le 19 novembre 2021 est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de l'OFII, doit en tout état de cause être écarté.

6. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions dirigées contre le titre de perception, que les conclusions de la société GSP Industriel tendant à l'annulation de la décision de l'OFII du 13 octobre 2021 et de ce titre de perception du 19 novembre 2021, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à la charge de la société requérante par cette décision et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société GSP Industriel est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société GSP Industriel et au directeur général de l'office français pour l'immigration et l'intégration.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boukheloua, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- M. Deharo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. Deharo

La présidente,

Signé

N. BoukhelouaLa greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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