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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200174

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200174

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELUR PAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 janvier et 29 mai 2022, la société Free mobile, représentée par Me Pascal Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2021 par laquelle le maire de Saint-Nom-la-Bretèche s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 16 juillet 2021 pour l'installation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain sis lieudit " les Quarante arpents " ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Nom-la-Bretèche de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Nom-la-Bretèche une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le motif tiré de la méconnaissance de la Charte nationale de recommandations environnementales et le guide des bonnes pratiques entre maires et opérateurs est entaché d'erreur de droit ; en tout état de cause aucune station relais n'est implantée à proximité de la parcelle d'assiette du projet ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article A10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) est entaché d'erreur de droit ; les règles de hauteur des constructions ne s'appliquent pas aux pylônes;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article A11 du règlement du PLU est entaché d'une erreur de droit, en ce qu'aucune appréciation des caractéristiques du milieu n'y est portée ; ce motif est entaché d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 et 24 mai 2022 , la commune de Saint- Nom-la-Bretèche conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de la société Free Mobile de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le premier considérant a pour objet de rappeler les bonnes pratiques, sans pour autant sanctionner le projet pour ce motif ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La commune de Saint-Nom-la-Bretèche a produit un mémoire, enregistré le 22 juin 2022, après clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public,

- et les observations de Me Bernard-Chatelot, représentant la commune de Saint-Nom la Bretèche.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé auprès des services de la commune de Saint-Nom-la-Bretèche une déclaration préalable, tendant à la réalisation d'une station de relais-téléphonie mobile, composée d'une station technique et d'un pylône de 24 mèters de haut, sur un terrain cadastré ZB4, au lieudit " les Quarante arpents ". Par décision du 9 novembre 2021, dont la société requérante demande l'annulation, le maire de Saint-Nom-la-Bretèche s'est opposé à cette déclaration préalable.

2. En premier lieu, à supposer que le premier motif de l'arrêté attaqué soit bien fondé sur la méconnaissance des dispositions du guide des bonnes pratiques entre maires et opérateurs et de la charte nationale des recommandations environnementales, ces textes n'ont aucune valeur normative. Dès lors, ce premier motif est entaché d'erreur de droit.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article A 10.1 du règlement du PLU : " La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel avant travaux jusqu'au point le plus élevé du bâtiment (acrotère, faitage), cheminées et autres ouvrages techniques exclus ". Aux termes de l'article A 10.2 du même texte : " La hauteur maximale des constructions est fixée à : 11 mètres pour les constructions à usage agricole ; 8 mètres pour les autres constructions ".

4. Il résulte de ces dispositions que, par principe, la hauteur totale maximale des constructions en zone A est limitée à 8 mètres pour les constructions n'ayant pas d'usage agricole. Cette hauteur totale correspond à la différence d'altitude entre le niveau du sol naturel avant travaux et le point le plus haut de la construction, ce dernier étant défini comme mesuré au faîtage ou à l'acrotère de la construction. Ainsi, le pylône treillis d'une station relais ne comportant ni faîtage, ni acrotère, n'entre pas dans le champ d'application des règles de hauteur totale maximale fixées par ce plan, qui sont d'application stricte s'agissant de limitations des droits à construire. Dès lors, en retenant que le projet méconnaissait les dispositions précitées du PLU en prévoyant une hauteur de 24 mètres, le maire de Saint-Nom-la-Bretèche a entaché son arrêté du 9 novembre 2021 d'une erreur de droit.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". En outre, aux termes de l'article A 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur les constructions, les extensions de bâtiments ainsi que les réalisations d'ouvrages ou de clôtures : • ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages, naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ; • doivent s'intégrer dans leur environnement et respecter, le cas échéant, les prescriptions architecturales de l'ensemble immobilier dans lequel ils s'inscrivent () ".

6. Il ressort de ces dispositions que si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels environnants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou s'opposer à une déclaration de travaux ou les assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder un refus de permis de construire ou une opposition à une déclaration de travaux ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis ou la non-opposition, il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et des effets, pourrait avoir sur le site.

7. En l'espèce, en se bornant à considérer que le projet en litige porte atteinte à l'environnement dans lequel il s'inscrit, sans apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel l'antenne-relais en litige est projetée, le maire de Saint-Nom-la-Bretèche a entaché sa décision d'une erreur de droit. L'appréciation portée par le maire dans la mise en œuvre des dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et l'article UA 11.1 du PLU est dès lors, de ce seul fait, erronée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, les trois motifs de la décision attaquée étant chacun entaché d'erreur de droit, la société Free Mobile est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel le maire de Saint-Nom-la-Bretèche s'est opposé à la déclaration préalable de Free Mobile, implique nécessairement, compte tenu des motifs d'annulation et en l'absence d'appréciation portée sur la qualité du site d'implantation, que la déclaration préalable soit réexaminée. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Saint-Nom-le-Bretèche de procéder à ce réexamen, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Saint-Nom-la-Bretèche au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune la somme de 1 500 euros, à verser à la société requérante au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 novembre 2021, par laquelle le maire de Saint-Nom-la-Bretèche s'est opposé à la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Saint-Nom-la-Bretèche de réexaminer la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement

Article 3 : La commune de Saint-Nom la Bretèche versera à la société Free Mobile la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Nom-la-Bretèche au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le jugement est notifié à la société Free Mobile et à la commune de Saint-Nom la Bretèche.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

B. Fejérdy

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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