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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200180

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200180

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre - Juge unique
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 janvier 2022 et 26 août 2022, M. B C A, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 29 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte de trois points du capital de son permis de conduire, le récapitulatif des décisions antérieures portant retrait de points, et a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de point, ainsi que ces décisions antérieures ;

2°) d'enjoindre au ministère de l'intérieur de lui restituer les points retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions portant retrait de points du capital de son permis de conduire ont été prises au terme d'une procédure irrégulière en ce l'administration ne lui a pas délivré les informations requises conformément aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant invalidation du permis de conduire de M. C A et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- la décision référencée " 48 SI " portant invalidation du permis de conduire pour solde de points nuls de M. C A est réputée avoir été retirée dès lors que celui-ci a été informé que le solde de points affecté à son permis de conduire est redevenu positif à la suite du stage de sensibilisation aux causes et accidents de la route qu'il a suivi les 2 et 3 novembre 2021 ;

- le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

Par lettre du 1er juin 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de retrait de point concernant l'infraction du 1er août 2018 dès lors que le point correspondant a été restitué à M. C A avant l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mathé, conseillère, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mathé a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, né le 4 janvier 2019, a commis une série d'infractions au code de la route les 25 mai 2018, 23 mai 2018, 29 juillet 2018, 1er août 2018, 2 février 2019 et 17 juin 2019, qui ont donné lieu au retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Par une décision référencée " 48SI " du 29 septembre 2020, le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte de trois points du capital de son permis de conduire à la suite de l'infraction du 17 juin 2019, le récapitulatif des décisions antérieures portant retrait de points et a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de point. Par sa requête, M. C A demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.

Sur l'exception de non-lieu à statuer partiel opposée par le ministre :

2. Il résulte tant des écritures du ministre de l'intérieur et des outre-mer que du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C A, édité le 13 juin 2022, que, postérieurement à l'introduction de la requête, le solde de points du permis de conduire de l'intéressé a été crédité de quatre points à la suite du stage de sensibilisation routière qu'il a effectué les 2 et 3 novembre 2021. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer est ainsi réputé avoir retiré sa décision référencée " 48 SI " du 29 septembre 2020, en tant qu'elle invalide son permis de conduire pour solde de points nul. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision sont, dans cette mesure, devenues sans objet, il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation :

3. Il résulte du relevé intégral d'information relatif à la situation du permis de conduire de M. C A au 13 juin 2022, que le point retiré pour l'infraction relevée le 1er août 2018 à 17h20 lui a été restitué le 22 mars 2019, antérieurement à l'introduction de la requête. Les conclusions dirigées contre cette décision étant ainsi dépourvues d'objet lors de l'introduction de la requête, elles sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

5. Il résulte des dispositions précitées du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

En ce qui concerne les infractions des 23 mai 2018 et 29 juillet 2018 :

6. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

7. Il résulte des mentions du relevé intégral d'information relatif à la situation du permis de conduire de M. C A, que les infractions commises les 23 mai 2018 à 15h45 et 29 juillet 2018 à 19h11, ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique, et consistent en un excès de vitesse inférieur à 20 km/h, pour chacune desquelles un point a été retiré de son permis de conduire. En outre, chacune de ces infractions a donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire, respectivement les 12 juin 2018 et 10 août 2018. M. C A ayant ainsi nécessairement reçu, pour chacune de ces infractions, un avis de contravention, qui contient les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, et dès lors qu'il n'établit pas, ni même n'allègue, que cet avis était inexact ou incomplet, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions lui ayant retiré un point sur le capital de son permis de conduire à la suite de chacune de ces infractions, seraient intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne l'infraction du 25 mai 2018 :

8. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte du relevé intégral d'information relatif à la situation du permis de conduire de M. C A, que l'infraction commise le 25 mai 2018 à 04h00 a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, et consiste en la circulation sur la partie gauche d'une chaussée à double sens. En outre, cette infraction a donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire, le 12 juin 2018. M. C A ayant ainsi nécessairement reçu un avis de contravention, qui contient les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, et dès lors qu'il n'établit pas, ni même n'allègue, que cet avis était inexact ou incomplet, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui ayant retiré trois points sur le capital de son permis de conduire à la suite de cette infraction, serait intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne les infractions des 2 février 2019 et 17 juin 2019 :

10. Il résulte de l'instruction que les infractions commises les 2 février 2019 à 04h15 et 17 juin 2019 à 08h50 sont relatives au non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant et à une conduite sans port de la ceinture de sécurité, pour lesquelles quatre points et trois points ont été respectivement retirés du permis de conduire de M. C A. Si le ministre de l'intérieur produit un procès-verbal électronique pour chacune de ces infractions, ils ne sont pas signés par M. C A et ne comportent pas non plus de mention " refuse de signer " apposée par l'agent verbalisateur, ce qui ne permet pas d'établir qu'ils auraient été présentés au contrevenant. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que des avis de contravention auraient été régulièrement notifiés à M. C A. Il ne résulte pas non plus de l'instruction qu'il se serait acquitté de l'amende forfaitaire majorée correspondant à ces infractions, et qu'il aurait ainsi reçu, à cette occasion, les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ni même que celles-ci auraient été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes de même nature. Par suite, M. C A est fondé à soutenir que les décisions lui ayant retiré un total de sept points de son permis de conduire à la suite des infractions commises les 2 janvier 2019 et 17 juin 2019 sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière, et qu'il a été privé d'une garantie.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C A est seulement fondé à demander l'annulation des décisions attaquées en tant qu'elles lui retirent sept points du capital de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur restitue sept points sur le capital de points du permis de conduire de M. C A, dans la limite d'un capital maximum de douze points, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande le requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur référencée " 48 SI " du 29 septembre 2020, en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. C A pour solde de points nul.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré sept points du permis de conduire de M. C A à la suite des infractions commises les 2 février 2019 à 04h15 et 17 juin 2019 à 08h50, sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. C A sept points sur le capital de points de son permis de conduire, dans la limite d'un capital maximum de douze points, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La magistrate désignée,

C. Mathé

La greffière,

C. Benoit-Lamaitrie La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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