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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200290

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200290

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantKORAITEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 13 janvier, 30 septembre 2022 et 29 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Koraitem , demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de rejet du 12 novembre 2021 de son recours gracieux confirmant la décision du 8 octobre 2021 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE) l'a suspendue de ses fonctions jusqu'à ce qu'elle justifie d'un schéma de vaccination;

2°) d'enjoindre au groupe hospitalier Nord-Essonne de la rétablir dans son traitement ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Nord-Essonne la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'ensemble des conditions posées par les dispositions du 2° de l'article 41 et celles de l'article 66 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, ainsi que les articles 14 et 15 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- elle est illégale dès lors qu'elle était placée en congé de maladie ;

- elle méconnaît le principe de non-discrimination entre les agents publics et procède à une discrimination ;

- elle méconnaît l'article 11 du préambule de la constitution du 27 octobre 1946 ;

- elle est illégale dès lors que la suspension de sa rémunération entraine l'arrêt des avantages qu'elle tient de celle-ci en application du code de la sécurité sociale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle était à la date de la décision en congé de maladie ordinaire et qu'elle disposait à l'expiration de celui-ci d'un délai de 48 heures pour transmettre à son employeur un justificatif de prolongation d'arrêt de travail ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle devait être précédée de l'ensemble des garanties attachées à la procédure disciplinaire ;

- elle est illégale dès lors, d'une part, qu'aucun vaccin contre la Covid-19 n'a fait l'objet d'une autorisation définitive de mise sur le marché et que les vaccins proposés par les laboratoires Moderna et Pfizer BioNTech ne peuvent être qualifiés de " vaccin à acide ribonucléique messager " et, d'autre part, que ces vaccins, qui doivent être qualifiés de thérapie génique, font toujours l'objet d'essais cliniques ;

- elle méconnaît l'article 12 de la loi du 5 août 2021 était alors dépourvu de décret d'application pris après avis de la Haute Autorité de santé ;

- elle est illégale dès lors que la loi du 5 août 2021 a été adoptée sans consultation préalable du conseil commun de la fonction publique ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et méconnait notamment de la convention d'Oviedo de 1997 sur la biomédecine et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les conventions internationales de l'Organisation internationale du travail ;

- les dispositions des articles 12 et 14-II de la loi du 5 août 2021 sont contraires à la constitution du 4 octobre 1958 et incompatible avec la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, le groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE), représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et son préambule ;

- la convention d'Oviedo du 4 avril 1997 ;

- la déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l'homme portant sur la dignité humaine et droits de l'homme du 19 octobre 2005 ;

- le règlement UE n° 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 ;

- la Charte des droits fondamentaux ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général de la fonction publique ;

- loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 2023-368 du 13 mai 2023 relatif à la suspension de l'obligation de vaccination contre la covid-19 des professionnels et étudiants ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mégret,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- et les observations de Me Koraitem, représentant Mme A, et de Me Gien, représentant le groupe hospitalier Nord-Essonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, adjointe administrative est en poste au sein du groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE). Par une décision du 8 octobre 2021, le directeur du groupe hospitalier l'a suspendue de ses fonctions à compter du 16 octobre 2021 jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination à la Covid-19. Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été rejeté par une décision du 12 novembre 2021. Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de ces deux décisions.

Sur la légalité de la décision :

2. En premier lieu, aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - () B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".

3. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2023-368 du 13 mai 2023 relatif à la suspension de l'obligation de vaccination contre la covid-19 des professionnels et étudiants : " L'obligation de vaccination contre la covid-19 prévue par l'article 12 de la loi du 5 août 2021 susvisée est suspendue ".

4. Aux termes de l'article L. 822-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de maladie lorsque la maladie qu'il présente est dûment constatée et le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. ". Aux termes de l'article L. 822-2 de ce code : " La durée totale des congés de maladie peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs. ". Aux termes de l'article L. 822-3 du même code : " Au cours de la période définie à l'article L. 822-2, le fonctionnaire en congé de maladie perçoit : 1° Pendant trois mois, l'intégralité de son traitement ; 2° Pendant les neuf autres mois, la moitié de son traitement. Il conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. ".

5. Enfin, aux termes de l'article 15 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'autorité dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin, d'un chirurgien-dentiste ou d'une sage-femme, la durée probable de l'incapacité de travail. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé public peut, avant l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2023, légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

7. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, applicable à l'espèce : " Le fonctionnaire en activité a droit () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42. " Aux termes de l'article 15 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'autorité dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin, d'un chirurgien-dentiste ou d'une sage-femme, la durée probable de l'incapacité de travail. / En cas d'envoi de l'avis d'interruption de travail au-delà du délai prévu à l'alinéa précédent, l'autorité investie du pouvoir de nomination informe par courrier le fonctionnaire du retard constaté et de la réduction de la rémunération à laquelle il s'expose en cas de nouvel envoi tardif dans les vingt-quatre mois suivant l'établissement du premier arrêt de travail considéré. / En cas de nouvel envoi tardif dans le délai mentionné à l'alinéa précédent, le montant de la rémunération afférente à la période écoulée entre la date d'établissement de l'avis d'interruption de travail et la date d'envoi de celui-ci à l'autorité dont il relève est réduit de moitié. / Cette réduction de la rémunération n'est pas appliquée si le fonctionnaire justifie d'une hospitalisation ou, dans un délai de huit jours suivant l'établissement de l'avis d'interruption de travail, de l'impossibilité d'envoyer cet avis en temps utile () ".

8. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté par le GHNE que Mme A est en arrêt de travail depuis le 1er octobre 2021, son arrêt de travail initial ayant été constamment prolongé. Pour justifier de la légalité de la suspension prononcée sur le fondement de la loi de 5 aout 2021, le groupe hospitalier se prévaut de ce que l'arrêt de travail de prolongation du 1er octobre 2021 ne lui aurait pas été adressé dans le délai de quarante-huit heures prévu par les dispositions de l'article 15 du décret de 1988. Toutefois, à la supposer même établie, il résulte des dispositions précitées que cette circonstance ne pouvait conduire le GHNE à ne pas tenir compte de la prolongation du congé maladie de Mme A. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la prolongation de l'arrêt maladie a été reçue dans le délai de 48 heures. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme A était toujours en congé maladie à la date d'entrée en vigueur de la loi du 13 mai 2023 suspendant l'obligation vaccinale imposée par la loi du 5 août 2023. Dans ces conditions, la décision de suspension du 8 octobre 2021 qui a suspendu Mme A à compter du 16 octobre 2021 jusqu'à ce qu'elle satisfasse à l'obligation de vaccination alors que l'intéressée était régulièrement placée en congé de maladie doit être annulée tout comme la décision de rejet de son recours gracieux du 12 novembre 2021.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions contestées doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des décisions implique nécessairement que Mme A soit placée rétroactivement en congé de maladie à compter du 16 octobre 2021 et que le GHNE reconstitue sa carrière et ses droits pour la période courant à compter de cette date. Il y a lieu d'enjoindre au GHNE d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais de l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du groupe hospitalier Nord-Essonne la somme de 1 800 euros à verser à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions du GHNE sur le même fondement doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 8 octobre et 12 novembre 2021 du groupe hospitalier Nord-Essonne sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au groupe hospitalier Nord-Essonne de placer Mme A en congé de maladie à compter du 16 octobre 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière et de ses droits pour la période courant à compter de cette date, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le groupe hospitalier Nord-Essonne versera à Mme A la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du groupe hospitalier Nord-Essonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à groupe hospitalier Nord-Essonne.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente-rapporteure,

Mme Rivet, premier conseiller,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

S. Mégret

L'assesseur le plus ancien,

signé

S. Rivet La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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