jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2200316 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | HENNI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 janvier 2022 et 17 mars 2024, M. Maxime Litzler, représenté par Me Henni, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 13 270,32 euros en réparation des préjudices subis résultant du retard du rectorat de l'académie de Versailles dans la délivrance de l'attestation destinée à Pôle emploi, avec intérêts de droit à compter de sa demande préalable, soit le 28 septembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les services du rectorat de l'académie de Versailles ont, malgré ses démarches, tardé à lui délivrer l'attestation destinée à Pôle emploi après qu'il ait sollicité sa réintégration alors que, en l'absence de poste vacant à la date de cette réintégration, il était en droit de bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, estimant que ce retard est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- cette faute lui a causé un préjudice financier résultant de la privation d'allocations d'aide au retour à l'emploi sur la période du 15 janvier 2018, date sollicitée pour sa réintégration, et le 1er mai 2018, date de réintégration effective à l'administration centrale du ministère de l'éducation nationale, qui s'élève à la somme de 5 270,32 euros ;
- il a également subi un préjudice moral et un trouble dans ses conditions d'existence, qui doivent être évalués à respectivement 5 000 euros et 3 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le requérant ne justifie pas du caractère réparable du préjudice allégué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bélot,
- et les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. Maxime Litzler, secrétaire administratif de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, a été titularisé dans ce grade le 25 août 2015 et affecté dans les services du rectorat de l'académie de Versailles. Par un arrêté du 27 février 2017 du recteur de l'académie de Versailles, M. A a été placé en disponibilité pour élever un enfant de moins de huit ans pour la période du 18 avril 2017 au 31 août 2018. Par un courrier du 14 octobre 2017, reçu le 17 octobre 2017, M. A a sollicité sa réintégration anticipée à compter du 15 janvier 2018. Par un arrêté du 20 mars 2018 du recteur de l'académie de Versailles, M. A a été réintégré à compter du 1er mai 2018 et, par une décision du 10 avril 2018, affecté sur un emploi à l'administration centrale du ministère de l'éducation nationale. Par un courrier du 27 septembre 2021, M. A a adressé à la rectrice de l'académie de Versailles une demande préalable d'indemnisation tendant à la réparation des préjudices résultant du retard des services du rectorat à lui délivrer l'attestation destinée à Pôle emploi lui permettant de bénéficier du versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi sur la période du 15 janvier 2018, date sollicitée pour sa réintégration, au 1er mai 2018, date de réintégration effective à l'administration centrale du ministère de l'éducation nationale. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par la rectrice de l'académie de Versailles pendant plus de deux mois. M. A demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme globale de 13 270,32 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute :
2. Aux termes de l'article 47 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat et à certaines modalités de mise à disposition et de cessation définitive de fonctions, dans sa rédaction applicable au litige : " La mise en disponibilité est accordée de droit au fonctionnaire, sur sa demande : / 1° Pour élever un enfant âgé de moins de huit ans () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article 49 du même décret : " Trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité, le fonctionnaire fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son corps d'origine. Sous réserve des dispositions du deuxième alinéa du présent article et du respect par l'intéressé, pendant la période de mise en disponibilité, des obligations qui s'imposent à un fonctionnaire même en dehors du service, la réintégration est de droit.". Aux termes du cinquième alinéa du même article, dans sa rédaction applicable au litige : " A l'issue de la disponibilité prévue aux 1° et 2° de l'article 47 du présent décret, le fonctionnaire est, par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, obligatoirement réintégré à la première vacance dans son corps d'origine et affecté à un emploi correspondant à son grade. S'il refuse le poste qui lui est assigné, les dispositions du précédent alinéa lui sont appliquées ". Aux termes de l'article L. 5421-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " En complément des mesures tendant à faciliter leur reclassement ou leur conversion, les travailleurs involontairement privés d'emploi, () aptes au travail et recherchant un emploi, ont droit à un revenu de remplacement dans les conditions fixées au présent titre ". Aux termes de l'article L. 5424-1 du même code " Ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs () ".
3. Il résulte de l'ensemble des dispositions citées au point 2 qu'un fonctionnaire qui a sollicité dans les délais prescrits sa réintégration à l'issue d'une période de mise en disponibilité pour convenance personnelle et dont la demande n'a pu être honorée faute de poste vacant à la date souhaitée doit en principe être regardé comme ayant été non seulement involontairement privé d'emploi mais aussi à la recherche d'un emploi au sens de l'article L. 5421-1 du code du travail, au titre de la période comprise entre la date à laquelle sa mise en disponibilité a expiré et la date de sa réintégration à la première vacance. En ce cas, il peut prétendre au bénéfice de l'allocation pour perte d'emploi.
4. En revanche, un fonctionnaire qui, en méconnaissance des obligations s'imposant à lui du fait des dispositions précitées de l'article 49 du décret du 16 septembre 1985, n'a présenté à son administration sa demande de réintégration au sein de son corps d'origine que moins de trois mois avant l'expiration de sa période de mise en disponibilité ne saurait être regardé comme involontairement privé d'emploi dès l'expiration de cette période. Dans un tel cas, il n'est réputé involontairement privé d'emploi et, dès lors, ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation pour perte d'emploi, avant qu'un délai de trois mois ne se soit écoulé depuis sa demande de réintégration. Des démarches accomplies par le fonctionnaire tendant à identifier des postes susceptibles de lui convenir lors de sa réintégration ultérieure, ou l'expression par cet agent de simples souhaits de reprise des fonctions ne sauraient à cet égard tenir lieu de demande expresse de réintégration ni produire les mêmes effets qu'elle.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le courrier du 14 octobre 2017, par lequel M. A a sollicité sa réintégration anticipée à compter du 15 janvier 2018, n'a été reçu par les services du rectorat de l'académie de Versailles que le 17 octobre 2017. Par conséquent, M. A pouvait prétendre au bénéfice de l'allocation pour perte d'emploi à compter du 17 janvier 2018, sa demande de réintégration n'ayant pu être satisfaite faute de poste vacant à cette date.
6. Il résulte également de l'instruction que, malgré les démarches de M. A, l'attestation destinée à Pôle emploi permettant de justifier des conditions pour bénéficier du versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi n'a été établie que le 8 avril 2021. M. A s'est alors vu opposer les délais de prescription de la demande en paiement et de l'action en paiement, fixés à deux ans à compter respectivement de la date d'inscription comme demandeur d'emploi et de la date de notification de la décision par les articles 44 et 45 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance-chômage, alors applicable. Dans ces conditions, le délai anormalement long de délivrance à M. A de l'attestation destinée à Pôle emploi est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices :
7. En premier lieu, M. A a droit, au titre du préjudice financier, à l'indemnisation non du montant d'allocation d'aide au retour à l'emploi auquel, selon le requérant, il aurait eu droit mais à la perte de chance de bénéficier du versement de cette allocation. En l'espèce, compte tenu, d'une part, des conditions d'attribution et de détermination du montant de l'allocation d'aide au retour à l'emploi telles que prévues par la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage et le règlement général annexé à cette convention, alors applicable, et, d'autre part, des conditions d'emploi, notamment l'ancienneté de service et le niveau de rémunération, de M. A, le préjudice résultant de la perte de chance peut être évalué à 4 500 euros.
8. En deuxième lieu, eu égard en particulier aux nombreuses démarches effectuées par M. A, sur une période anormalement longue, avant d'obtenir la délivrance de l'attestation à remettre à Pôle emploi, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par l'intéressé en l'évaluant à la somme de 500 euros.
9. Enfin, la période du 17 janvier au 30 avril 2018, au titre de laquelle M. A a été privée de la possibilité de bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, n'a duré que cent-quatre jours. Si M. A fait valoir les importantes difficultés financières auxquelles lui-même et ses proches ont été confrontés, les obligeant notamment à quitter leur logement et à résider plusieurs mois chez la mère du requérant, il ressort des termes de la demande de réintégration du 14 octobre 2017 que le terme anticipé de la disponibilité dont bénéficiait M. A a précisément été motivé par une " situation () très délicate financièrement " antérieure au comportement fautif de l'administration et, par conséquent, sans lien avec celui-ci. Par ailleurs, M. A, dans ses écritures, évalue son préjudice financier à 5 270,32 euros. Une telle somme, sans être négligeable, n'apparaît pas de nature à avoir causé, par son absence, les troubles dans les conditions d'existence allégués par le requérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 28 septembre 2021, date de réception par l'administration de la demande indemnitaire préalable.
Sur les frais d'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis.
Article 2 : La somme de 5 000 euros portera intérêts au taux légal à compter du 28 septembre 2021.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. Maxime Litzler et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Mauny, président,
- M. Bélot, premier conseiller,
- M. Perez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
S. BélotLe président,
signé
O. MaunyLa greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026