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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200363

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200363

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat Kante
Avocat requérantLESAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une enregistrée le 17 janvier 2022, M. C B, représenté par Me Lesage, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48SI " du 4 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, et lui a enjoint de restituer son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions antérieures portant retrait de points sur son permis de conduire ;

3°) d'enjoindre le ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés sur le capital affectant son permis de conduire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la réalité des différentes infractions n'est pas établie ;

- il n'a pas reçu l'ensemble des informations lors de la constatation des infractions conformément aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel à statuer sur la requête et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- la décision 48SI est réputée avoir été retirée ainsi que les décisions de retrait de points relatives aux infractions des 3 juin 2020 et 9 juillet 2019 ;

- la réalité des infractions est établie ;

- les décisions de retraits de points portant sur les infractions antérieures ont été automatiquement portées à la connaissance du requérant dans le respect des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kanté, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B demande l'annulation des décisions portant retrait de points sur le solde de son permis de conduire à raison des infractions commises les 3 juin 2020, 1er août 2020, 9 juillet 2019, 27 octobre 2018 et 20 février 2019, et par voie de conséquence, l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 4 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'invalidité de son titre de conduite pour défaut de points, et lui a enjoint de le restituer.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, il ressort des mentions du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B, édité le 9 mars 2022, que son titre de conduite est valide, avec un solde positif de sept points et que la décision " 48 SI " du 4 août 2021 a été retirée, et qu'il n'est plus fait mention des décisions de retrait de points consécutifs aux infractions des 3 juin 2020 et 9 juillet 2019. Ces décisions doivent ainsi être regardées comme ayant été implicitement mais nécessairement retirées postérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 4 août 2021 ainsi que des décisions de retraits de points susmentionnées sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la légalité des autres retraits de points consécutifs aux infractions des 27 octobre 2018, 20 février 2019 et 1er août 2020 :

En ce qui concerne le défaut de communication des informations mentionnées aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route :

3. Aux termes de l'article L.223-3 du code de la route, " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent alinéa. ". Aux termes de l'article R.223-3 du code de la route : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles précités du code de la route, lesquels constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de cette omission, de rechercher si compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment, le cas échéant, de l'information dont l'intéressé a bénéficié à l'occasion d'autres infractions, elle a eu pour effet de priver l'intéressé de la garantie instituée par la loi.

S'agissant des infractions des 1er août 2020 et 20 février 2019 :

5. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B, ayant une valeur probante suffisante, que l'intéressé s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires de façon différée s'agissant des infractions des 1er août 2020 et 20 février 2019, lesquelles ont été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique. Ainsi, M. B a nécessairement reçu des courriers du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Dès lors, l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées ou qu'ils seraient inexacts ou incomplets, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant ces infractions doit être écarté.

S'agissant de l'infraction du 27 octobre 2018 :

6. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que l'infraction commise le 27 octobre 2018, a été constatée par un radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Si ces mentions établissent la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, M. B ne justifiant pas avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, elles ne permettent pas cependant d'établir que M. B aurait reçu l'avis de contravention comportant les informations exigées par l'article L. 223-3 du code de la route.

7. En l'espèce, le ministre fait valoir, s'agissant de cette infraction, qu'un pli de l'avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des mentions prescrites par les dispositions précitées, et dont il joint une copie pour en attester, a été envoyé au requérant et présenté le 27 février 2019 à l'adresse qu'il a déclarée et où il a accusé réception de la décision 48SI d'invalidation de son permis de conduire, mais que ce dernier s'est abstenu de le réclamer et que le pli a été retourné à l'administration. Il ressort des pièces du dossier que le pli comportant l'avis d'amende forfaitaire majorée relatif à cette infraction a effectivement été retourné au CNT-CSA au motif de sa non-réclamation par M. B, lequel n'est dès lors pas fondé à soutenir que le retrait de point consécutif à cette infraction serait irrégulier.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions :

8. D'une part, il résulte de la combinaison des articles L.223-1 et L.225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

9. Il résulte du dossier, et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B, ayant une valeur probante suffisante, que les infractions relevées les 1er août 2020, 27 octobre 2018 et 20 février 2019 ont donné lieu au paiement d'amendes forfaitaires prévues à l'article 529 du code de procédure pénale ou fait l'objet d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. B n'établit pas, s'agissant de l'infraction du 27 octobre 2018, avoir présenté une requête en exonération ou formé des réclamations ayant été regardées comme recevables, s'agissant des autres infractions. Dès lors, et conformément à ce qui précède, la réalité des infractions reprochées à l'intéressé est établie. Par suite, le moyen tiré du défaut de réalité des infractions imputées doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait de points consécutifs aux infractions commises les 1er août 2020, 27 octobre 2018 et 20 février 2019. Par suite, les conclusions de sa requête tendant à l'annulation des décisions précitées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 4 août 2021 notifiant l'invalidation du permis de conduire de M. B et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 9 juillet 2019 et 3 juin 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 11 juillet 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. A

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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