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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200377

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200377

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL AXONE DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 18 janvier 2022 sous le n°2200377, la SAS Energies France, représentée par Me Suares, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler l’avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2021-21-0011045 émis le 7 décembre 2021 par lequel l’établissement public Voies navigables de France a mis à sa charge la somme de 92 230,80 euros au titre de la redevance due en 2012 pour l’entretien des ouvrages de la chute de Méricourt ;

2°) de mettre à la charge de l’établissement public Voies navigables de France la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la somme dont il lui est demandé le paiement est prescrite en vertu de l’article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, l’établissement public Voies navigables de France, représenté par Me Salles, s’en remet à la sagesse du tribunal concernant le bien-fondé de la requête de la SAS Energies France et conclut au rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 12 octobre 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 novembre 2023.

II. Par une requête enregistrée le 18 janvier 2022 sous le n°2200378, la SAS Energies France, représentée par Me Suares, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler l’avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2021-21-0011046 émis le 7 décembre 2021 par lequel l’établissement public Voies navigables de France a mis à sa charge la somme de 92 386,08 euros au titre de la redevance due en 2013 pour l’entretien des ouvrages de la chute de Méricourt ;

2°) de mettre à la charge de l’établissement public Voies navigables de France la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la somme dont il lui est demandé le paiement est prescrite en vertu de l’article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, l’établissement public Voies navigables de France, représenté par Me Salles, s’en remet à la sagesse du tribunal concernant le bien-fondé de la requête de la SAS Energies France et conclut au rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 12 octobre 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 novembre 2023.

III. Par une requête enregistrée le 18 janvier 2022 sous le n°2200379, la SAS Energies France, représentée par Me Suares, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler l’avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2021-21-0011047 émis le 7 décembre 2021 par lequel l’établissement public Voies navigables de France a mis à sa charge la somme de 90 021,72 euros au titre de la redevance due en 2014 pour l’entretien des ouvrages de la chute de Méricourt ;

2°) de mettre à la charge de l’établissement public Voies navigables de France la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la somme dont il lui est demandé le paiement est prescrite en vertu de l’article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, l’établissement public Voies navigables de France, représenté par Me Salles, s’en remet à la sagesse du tribunal concernant le bien-fondé de la requête de la SAS Energies France et conclut au rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 12 octobre 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 novembre 2023.

IV. Par une requête enregistrée le 18 janvier 2022 sous le n°2200380, la SAS Energies France, représentée par Me Suares, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler l’avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2021-21-0011048 émis le 7 décembre 2021 par lequel l’établissement public Voies navigables de France a mis à sa charge la somme de 88 814,02 euros au titre de la redevance due en 2015 pour l’entretien des ouvrages de la chute de Méricourt ;

2°) de mettre à la charge de l’établissement public Voies navigables de France la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la somme dont il lui est demandé le paiement est prescrite en vertu de l’article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, l’établissement public Voies navigables de France, représenté par Me Salles, s’en remet à la sagesse du tribunal concernant le bien-fondé de la requête de la SAS Energies France et conclut au rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 12 octobre 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 novembre 2023.

V. Par une requête enregistrée le 3 février 2022 sous le n°2200837, la SAS Energies France, représentée par Me Suares, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler l’avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2021-21-0011049 émis le 7 décembre 2021 par lequel l’établissement public Voies navigables de France a mis à sa charge la somme de 91 094,31 euros au titre de la redevance due en 2016 pour l’entretien des ouvrages de la chute de Méricourt ;

2°) de mettre à la charge de l’établissement public Voies navigables de France la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la somme dont il lui est demandé le paiement est prescrite en vertu de l’article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, l’établissement public Voies navigables de France, représenté par Me Salles, s’en remet à la sagesse du tribunal concernant le bien-fondé de la requête de la SAS Energies France et conclut au rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 14 novembre 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 4 décembre 2023.

Par courriers du 8 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des cinq requêtes pour absence du recours administratif préalable obligatoire prévu à l’article 118 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012.

La SAS Energies France a présenté, le 21 décembre 2023, des observations au moyen d’ordre public.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le décret du 9 mai 1989 relatif à l’aménagement et à l’exploitation de la chute de Méricourt sur la Seine dans le département des Yvelines ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l’arrêté du 1er juillet 2013 fixant la liste des personnes morales de droit public relevant des administrations publiques mentionnée au 4° de l’article 1er du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Degorce ;
- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Suares pour la SAS Energies France et de Me Fedida pour l’établissement public Voies navigables de France.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°2200377, 2200378, 2200379, 2200380 et 2200837 présentées la SAS Energies France présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. La SAS Energies France exploite une chute d’eau située sur la Seine, à Méricourt, dans le département des Yvelines, en vertu d’une convention conclue avec l’Etat le 24 août 1988 et approuvée par décret du 9 mai 1989, dont l’article 43 du cahier des charges annexé à cette convention mettait à sa charge un fonds de concours pour l’entretien des ouvrages de la retenue. Ce fonds de concours n’ayant pas été prélevé au titre des années 2012 à 2020, l’établissement Voies navigables de France a émis, le 7 décembre 2021, à l’encontre de la SAS Energies France, plusieurs titres exécutoires pour un montant total de 837 189,21 euros. Par les cinq présentes requêtes, la société requérante demande l’annulation des avis des sommes à payer n°2021-21-0011045, 2021-21-0011046, 2021-21-0011047, 2021-21-0011048 et 2021-21-0011049 au titre des années 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016.

Sur la recevabilité de la requête :

3. Aux termes de l’article 1er du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « Les dispositions du titre Ier du présent décret sont applicables aux administrations publiques au sens du règlement (CE) du 25 juin 1996 visé ci-dessus, mentionnées aux 1° à 5° suivants (…) ; 4° Les autres personnes morales de droit public, dont la liste est établie par arrêté conjoint du ministre chargé de l'économie et du ministre chargé du budget ; (…) ». L’établissement public Voies navigables de France est mentionné dans l’annexe à l’arrêté du 1er juillet 2013, pris en application de ces dernières dispositions et fixant la liste des personnes morales de droit public relevant des administrations publiques mentionnées au 4° de l’article 1er du décret précité. Aux termes de l’article 2 du même décret : « Les dispositions du titre II sont applicables à l’Etat ». Aux termes de l’article 3 du même décret : « Les dispositions du titre III sont applicables aux personnes morales mentionnées au 4° de l’article 1er ». Aux termes de l’article 118 du même décret : « Avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser une réclamation appuyée de toutes justifications utiles au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. La réclamation doit être déposée, sous peine de nullité : 1° En cas d'opposition à l'exécution d'un titre de perception, dans les deux mois qui suivent la notification de ce titre ou du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause ; (…) ».

4. L’article 118 du décret du 7 novembre 2012, qui prend place au sein du titre II de ce décret, n’est applicable qu’aux créances de l’Etat, à l’exclusion de ses établissements publics. Il s’ensuit que la contestation devant le juge administratif d’un titre exécutoire émis par le président directeur territorial du bassin de la Seine de l’établissement public Voies navigables de France, n’entre pas dans le champ d’application de l’article 118 du décret du 7 novembre 2012. Par suite, aucune disposition législative ou réglementaire n’imposait à la SAS Energies France de former une réclamation préalable préalablement à sa demande devant le juge administratif tendant à l’annulation des titres de perception émis le 7 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

5. D’une part, aux termes de l’article 43 du cahier des charges annexé au décret du 9 mai 1989 approuvant la convention passée entre l’Etat et la SAS Energies le 24 août 1988 en vue de l’aménagement et de l’exploitation de la chute de Méricourt : « Par application de l’article 34 de la loi du 16 septembre 1807, le concessionnaire versera au cours du premier trimestre de chaque année et d’avance dans les caisses de l’Etat, pour rétablissement des crédits au bénéfice du service de navigation de la Seine, comme fonds de concours pour l’entretien des ouvrages de la retenue, les sommes ci-après : Lit du fleuve : 150 000 F ; Barrage : 160 000 F ». Aux termes de l’article 55 de ce même cahier des charges : « Le recouvrement des taxes et redevances au profit de l’Etat sera opéré d’après les règles en vigueur pour le recouvrement des produits et revenus domaniaux ».

6. D’autre part, aux termes de l’article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques : « Les produits et redevances du domaine public ou privé d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 se prescrivent par cinq ans, quel que soit leur mode de fixation. Cette prescription commence à courir à compter de la date à laquelle les produits et redevances sont devenus exigibles. ».

7. En l’espèce, les créances en litiges étant exigibles au premier trimestre des années 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016, elles étaient donc prescrites à la date du 7 décembre 2021 à laquelle les cinq titres de perception en litige ont été émis. Il s’ensuit que la SAS Energies France est fondée à demander l’annulation des avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2021-21-0011045, 2021-21-0011046, 2021-21-0011047, 2021-21-0011048 et 2021-21-0011049 émis le 7 décembre 2021.

Sur les frais d’instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’établissement public Voies navigables de France, une somme de 1 800 euros à verser à la SAS Energies France au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : Les avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2021-21-0011045, 2021-21-0011046, 2021-21-0011047, 2021-21-0011048 et 2021-21-0011049 émis le 7 décembre 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est mis à la charge de l’établissement public Voies navigables de France une somme de 1 800 euros à verser à la SAS Energies France au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Energies France et à l’établissement public Voies navigables de France.


Délibéré après l’audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Sauvageot, présidente,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.


La rapporteure,
Signé
Ch. Degorce
La présidente,
Signé
J. Sauvageot



La greffière,

Signé

C. Delannoy


La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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