jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2200426 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Magistrat Gibelin |
| Avocat requérant | DE CAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 19 janvier, 14 et 21 avril 2022, M. B A, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référence " 48 SI " du 27 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire, ainsi que les décisions ministérielles de retrait de points consécutives aux infractions des 26 novembre 2013, 22 février 2014, 9 juin 2014, 10 juin 2014, 25 novembre 2014, 29 mai 2015, 3 novembre 2015, 22 août 2016, 3 septembre 2017, 15 décembre 2017, 9 janvier 2018, 10 avril 2018, 4 juillet 2018, 9 juillet 2018, 5 février 2019, 1er juin 2019, 14 août 2019, 15 octobre 2019, 29 décembre 2019 et 29 avril 2020 et 29 avril 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre de restituer les points retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire et de lui restituer son permis de conduire, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions de retrait de points sont irrégulières, dès lors que l'obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route a été méconnue ;
- la décision " 48 SI " devra être annulée par voie de conséquence de ces irrégularités entachant les décisions de retrait de points.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gibelin pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Gibelin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 30 janvier 1955, a commis une série d'infractions au code de la route, qui ont donné lieu au retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Par une décision, référencée " 48 SI ", du 27 octobre 2021, le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte des points du capital de son permis de conduire, le récapitulatif des décisions antérieures portant retrait de points et a prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de point. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision ainsi que des décisions de retrait de points.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. (). La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. " et aux termes de l'article L. 223-3 de ce code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ".
3. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.
En ce qui concerne les infractions commises les 22 février 2014, 25 novembre 2014, 29 mai 2015, 3 novembre 2015, 22 août 2016 et 9 juillet 2018 :
4. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction relevée par radar automatique ou qu'il a payé, à une date postérieure à l'infraction, l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction relevée au moyen d'un procès-verbal électronique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
5. En l'espèce, selon le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A, les infractions commises les 22 février 2014, 25 novembre 2014, 29 mai 2015, 3 novembre 2015, 22 août 2016 et 9 juillet 2018 ont été relevées par radar automatique et ont donné lieu au paiement des amendes forfaitaires correspondantes. Par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les décisions relatives à ces infractions, en l'absence de production par le requérant des avis au vu desquels il a acquitté ces amendes et qui démontrerait leur caractère inexact ou incomplet, l'absence de délivrance des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'est pas établie.
En ce qui concerne les infractions commises les 26 novembre 2013, 9 juin 2014, 10 juin 2014, 3 septembre 2017, 4 juillet 2018, 5 février 2019, 15 octobre 2019, 29 décembre 2019 et 29 avril 2020 :
6. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration était revêtu des mentions qui permettaient au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et qui portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre que cet avis était inexact ou incomplet.
7. Il résulte des attestations de paiement produites par le ministre de l'intérieur émanant du comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé que M. A s'est acquitté de l'amende forfaitaire majorée relative aux infractions constatées les 26 novembre 2013, 9 juin 2014, 10 juin 2014, 3 septembre 2017, 4 juillet 2018, 5 février 2019, 15 octobre 2019, 29 décembre 2019 et 29 avril 2020 sans opposer d'objection quant au bien-fondé de la majoration d'amende et, notamment sans former la réclamation prévue à l'article 530 du code de procédure pénale. Dans ces conditions et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les décisions relatives à ces infractions, en l'absence de production par le requérant des avis au vu desquels il a acquitté ces amendes et qui démontrerait leur caractère inexact ou incomplet, il doit être regardé comme établi que l'administration a délivré à l'intéressé l'information due, en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
En ce qui concerne les infractions commises les 15 décembre 2017, 9 janvier 2018, 10 avril 2018, 1er juin 2019, 14 août 2019 et 29 avril 2021 :
8. Si le ministre de l'intérieur produit une attestation de paiement émise par le comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé établissant le paiement de l'amende forfaitaire majorée relative aux infractions commises les 15 décembre 2017, 9 janvier 2018, 10 avril 2018, 1er juin 2019, 14 août 2019 et 29 avril 2021, il résulte de l'instruction, et en particulier du bordereau de situation relatif aux amendes et condamnations concernant M. A en date du 20 avril 2022, que ce paiement est intervenu à la suite d'une procédure de recouvrement forcé, par opposition administrative. Si les éléments produits par le ministre de l'intérieur permettent de constater que M. A n'a pas contesté l'amende forfaitaire majorée, ce qui a conduit à une procédure de recouvrement forcé, ils n'établissent pas nécessairement que l'intéressé a reçu préalablement au recouvrement de l'amende un avis comportant les informations requises par les dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le ministre n'apporte pas la preuve d'avoir satisfait à son obligation d'information. Dès lors, M. A doit être regardé comme ayant été privé de la garantie instituée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route Par suite il est fondée à soutenir que les décisions relatives aux infractions commises les 15 décembre 2017, 9 janvier 2018, 10 avril 2018, 1er juin 2019, 14 août 2019 et 29 avril 2021 sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.
9. Dès lors que le solde des points affectés à son permis de conduire n'était pas nul, M. A est également fondé à demander l'annulation de la décision " 48 SI " du 27 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Et aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
11. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre, et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressé, dans la limite de douze points, le bénéfice des points retirés illégalement à l'occasion des infractions des 15 décembre 2017, 9 janvier 2018, 10 avril 2018, 1er juin 2019, 14 août 2019 et 29 avril 2021, de réexaminer la situation de M. A dans le sens des observations qui précèdent, en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé et, sous réserve qu'il en remplisse les conditions, de lui restituer son permis de conduire. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, la somme demandée par le requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 15 décembre 2017, 9 janvier 2018, 10 avril 2018, 1er juin 2019, 14 août 2019 et 29 avril 2021 et la décision " 48 SI " du 27 octobre 2021 invalidant le permis de conduire de M. A sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à
M. A le bénéfice des points illégalement retirés et de réexaminer dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sa situation pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son permis de conduire.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. GibelinLa greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026