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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200519

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200519

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantPAPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2022, la SNC La Civette Dorée, représentée par Me Papon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a ordonné la fermeture temporaire de l'établissement " D " pour une durée d'un mois, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux reçu le 22 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas reçu de mise en demeure, et qu'elle n'a pas été mise en mesure de demander la communication de son dossier et de présenter des observations, en méconnaissance des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'erreurs de fait, en ce que les faits reprochés, qui concernent l'établissement " D ", ne sont pas imputables à la société " La Civette Dorée " ;

- les infractions reprochées ne sont pas caractérisées ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit, en ce qu'il se fonde sur l'arrêté du préfet de l'Essonne du 27 avril 2021, qui n'était pas entré en vigueur lors du contrôle effectué le 29 avril 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2021-384 du 2 avril 2021 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caron, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 mai 2021, le préfet de l'Essonne a ordonné la fermeture administrative temporaire de l'établissement " D ", situé 4 place du Colonel C à Wissous, pour une durée d'un mois. Par un courrier du 21 août 2021, reçu par le préfet de l'Essonne le 22 septembre suivant, la SNC La Civette Dorée a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur ce recours. Par la présente requête, la SNC La Civette Dorée, représentée par son gérant M. A B, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment le code de la santé publique, ainsi que le décret n° 1310 du 29 octobre 2020 prévoyant notamment l'interdiction des rassemblements de plus de six personnes sur la voie publique. Cet arrêté mentionne également les contrôles effectués les 3 mars 2021 et 29 avril 2021 au cours desquels les agents de la police municipale de Wissous ont constaté au sein de l'établissement la méconnaissance d'un certain nombre de règles sanitaires en vigueur dont il est fait mention, ainsi que la mise en demeure notifiée à l'établissement le 30 mars 2021. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, alors en vigueur : " () Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret ". Il résulte de ces dispositions que le préfet ne peut prononcer la fermeture administrative d'un établissement de manière provisoire lorsque ce dernier ne met pas en œuvre les obligations qui lui incombent, qu'après une mise en demeure restée sans suite.

5. D'une part, en prévoyant que l'arrêté ordonnant la fermeture d'un établissement sur le fondement du décret du 29 octobre 2020 est pris après mise en demeure restée sans suite, ces dispositions ont entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative auxquelles est soumise l'intervention d'une telle décision. Par suite, la société requérante ne peut utilement soutenir que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure en l'absence d'engagement d'une procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 18 mars 2021, le préfet de l'Essonne a mis en demeure M. B de respecter les mesures sanitaires dans son établissement sous peine de fermeture administrative. Cette mise en demeure a été notifiée le 30 mars 2021 par les services de police à M. B, lequel a refusé de signer. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure dont serait entaché l'arrêté attaqué en l'absence de mise en demeure préalable ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des statuts de la SNC La Civette Dorée, dont M. B est le gérant, que celle-ci a fait l'acquisition d'un fonds de commerce de bar-brasserie avec gérance de débit de tabac, connu sous le nom " D ", situé dans un immeuble au 4-6 place du colonel C à Wissous. La déclaration de mutation remplie le 28 septembre 2018 mentionne également le débit de boissons " le café D ", appartenant à la SNC La Civette Dorée, dont le gérant est M. B. Enfin, il ressort des rapports établis par les services de police, versés aux débats, que des manquements aux règles sanitaires commis par le bar-tabac " D ", situé 4 place du colonel C à Wissous, et dont le gérant est M. A B, ont été relevés. Par suite, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il existerait un autre établissement à cette adresse, le moyen tiré de l'erreur de fait dont serait entaché l'arrêté attaqué, qui vise l'établissement " D ", ne peut qu'être écarté, la circonstance que l'arrêté vise cette enseigne et non la SNC qui l'exploite étant en tout état de cause sans incidence sur sa légalité.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 40 du décret du 29 octobre 2020, dans sa rédaction en vigueur lors du contrôle du 3 mars 2021 : " I. - Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public : / 1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson ; / () Par dérogation, les établissements mentionnés au présent I peuvent continuer à accueillir du public sans limitation horaire pour : / - leurs activités de livraison ; / () / Ces établissements peuvent en outre accueillir du public pour les besoins de la vente à emporter entre 6 heures et 18 heures. () ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " () III. - Les rassemblements, réunions ou activités sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public autres que ceux mentionnés au II mettant en présence de manière simultanée plus de six personnes sont interdits. () ". Aux termes de l'article 3-1 du même décret, dans sa rédaction issue du décret du 2 avril 2021 : " La vente à emporter de boissons alcoolisées est interdite sur la voie publique ainsi que, lorsqu'elle n'est pas accompagnée de la vente de repas, dans les établissements mentionnés à l'article 40 du présent décret. () ".

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport établi par les services de la police municipale de Wissous ainsi que du rapport d'information de la police nationale, que lors d'un contrôle effectué le 3 mars 2021 à 18h35 à l'adresse du bar tabac " D " mentionné au point 7, les policiers municipaux ont constaté la présence d'attroupements de personnes à l'extérieur du bar, discutant, fumant et consommant des boissons. Le rapport constate également qu'à l'intérieur se trouvaient une douzaine de personnes faisant la queue à la caisse du tabac, deux personnes étant accoudées au bar, l'une ayant commandé une boisson et l'autre payant des jeux de loterie, les policiers relevant en outre que les personnes présentes, très nombreuses dans un espace confiné, ne respectaient pas les gestes barrière. Si la société requérante fait valoir qu'en tant qu'établissement de débit de boissons de type N, elle était autorisée à recevoir du public, notamment dans le cadre de ses activités de livraison et de vente à emporter, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les personnes présentes lors du contrôle se trouvaient dans l'établissement pour de la vente à emporter, le rapport de police relevant au contraire que de nombreuses personnes consommaient des boissons devant le bar. D'ailleurs, le contrôle a eu lieu à 18h35, alors que l'établissement en cause n'était autorisé à recevoir du public pour l'activité de vente à emporter que jusqu'à 18 heures. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'une douzaine de personnes se trouvaient dans le bar, en méconnaissance de l'article 3 du décret du 29 octobre 2020 interdisant la réunion de plus de six personnes. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les faits relevés le 3 mars 2021 ne caractérisaient pas une infraction aux dispositions sanitaires alors en vigueur.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les services de la police municipale de Wissous ont été avisés, le 29 avril 2021 à 18h14, de la présence d'un regroupement d'une trentaine de personnes clientes du bar tabac " D ", mentionné au point 7, consommant de l'alcool et ne respectant pas les gestes barrière. Il ressort du rapport de police qu'à leur arrivée sur les lieux, les groupes se sont dispersés, et que les clients restés sur place consommaient de l'alcool et tenaient tous en main des gobelets en carton du même type provenant du bar tabac " D ". Les policiers ajoutent que le gérant de l'établissement, M. A B, ne tenait pas compte de leurs remarques et continuait " comme si de rien n'était ". Si la société requérante fait valoir qu'aucun élément ne permet de lui imputer ces faits, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que d'autres établissements à proximité pratiquaient la vente d'alcool à emporter, alors que les constatations effectuées par les services de police permettent au contraire d'établir sans équivoque que des clients de l'établissement consommaient de l'alcool sur la voie publique, en violation des dispositions de l'article 3-1 du décret du 29 octobre 2020. Le moyen tiré de l'absence de caractérisation de l'infraction relevée le 29 avril 2021 doit donc être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'entrée en vigueur d'un acte réglementaire est subordonnée à l'accomplissement de formalités adéquates de publicité, notamment par la voie, selon les cas, d'une publication ou d'un affichage, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables. / Un acte réglementaire entre en vigueur le lendemain du jour de l'accomplissement des formalités prévues au premier alinéa, sauf à ce qu'il en soit disposé autrement par la loi, par l'acte réglementaire lui-même ou par un autre règlement. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de ses dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures. "

12. L'article 7 de l'arrêté préfectoral n° 2021-PREF-DCSIPC-BDPC n° 460 du 27 avril 2021 portant mesures complémentaires au décret 2020-1310 du 29 octobre 2020 dans le département de l'Essonne afin de lutter contre l'épidémie de covid-19 prévoit que : " Les mesures édictées par le présent arrêté sont applicables dès sa publication au recueil des actes administratifs et pour une durée d'un mois ". Cet arrêté a été publié au recueil des actes administratifs n° 64 du 29 avril 2021, et il était donc entré en vigueur à la date de l'arrêt attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entaché l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SNC La Civette Dorée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SNC La Civette Dorée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la SNC La Civette Dorée est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SNC La Civette Dorée et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

V. Caron

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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