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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200594

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200594

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantAARPI RICHER & ASSOCIÉS DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2021, M. B A, représenté par le cabinet Richer et Associés Droit Public, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 13 avril 2021 par laquelle le directeur de l'administration pénitentiaire a refusé sa demande de détachement ;

2°) d'annuler la décision du 14 juin 2021 par laquelle le directeur de l'administration pénitentiaire a refusé sa demande de détachement, ensemble la décision implicite de rejet du 29 août 2021 par laquelle le directeur de l'administration pénitentiaire a rejeté son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'administration pénitentiaire à titre principal de prendre une décision favorable à sa demande de détachement, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- la décision du 14 juin 2021 a été prise par un auteur incompétent ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit dès lors que l'administration pénitentiaire ne justifie pas d'une nécessité de service lui permettant de refuser son détachement.

Par un mémoire enregistré le 14 décembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 juin 2021 sont irrecevables dès lors qu'il s'agit d'un acte informatif ne faisant pas grief ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation d'une décision implicite de rejet de la demande de détachement de M. A, laquelle est inexistante dès lors que l'article 14 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, applicable au litige, dispose que le " silence gardé pendant deux mois à compter de la réception de la demande du fonctionnaire vaut acceptation de cette demande. ".

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 15 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Perez,

- et les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est surveillant pénitentiaire à la maison centrale de Poissy depuis le 10 mars 2020. Par un courrier du 10 février 2021, reçu le 12 février 2021 par la directrice de la maison centrale de Poissy, il a demandé son détachement au sein de la police municipale de la commune de Conflans-Sainte-Honorine. Par un courrier électronique du 14 juin 2021, le responsable des ressources humaines de la maison centrale de Poissy a informé M. A que sa demande de détachement avait été rejetée. Par un courrier du 24 juin 2021, reçu le 28 juin 2021, M. A a formulé un recours gracieux devant le garde des sceaux, ministre de la justice. Dans le silence de l'administration, une décision implicite de rejet de son recours gracieux est née le 28 août 2021. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du directeur de l'administration pénitentiaire lui refusant son détachement au sein de la police municipale de Conflans-Sainte-Honorine.

Sur les conclusions à fin d'annulation d'une décision implicite de rejet née le 12 avril 2021 :

2. Aux termes de l'article 14 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations du fonctionnaire, applicable au litige : " Hormis les cas où le détachement et la mise en disponibilité sont de droit, une administration ne peut s'opposer à la demande de l'un de ses fonctionnaires tendant, avec l'accord du service, de l'administration ou de l'organisme public ou privé d'accueil, à être placé dans l'une de ces positions statutaires ou à être intégré directement dans une autre administration qu'en raison des nécessités du service ou, le cas échéant, d'un avis rendu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Elle peut exiger de lui qu'il respecte un délai maximal de préavis de trois mois. Son silence gardé pendant deux mois à compter de la réception de la demande du fonctionnaire vaut acceptation de cette demande. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une demande de détachement le 10 février 2021, réceptionnée le 12 février 2021. Dès lors, en application des dispositions précitées de la loi du 13 juillet 1983, du silence de l'administration pendant deux mois est née le 12 avril 2021 une décision implicite d'acceptation. Les conclusions à fin d'annulation d'une décision implicite de rejet de la demande de détachement de M. A sont donc dirigées contre une décision inexistante et sont par suite irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision révélée par le courriel du 14 juin 2021 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir :

4. Le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir que le courriel du 14 juin 2021 ne revêt qu'un caractère informatif et qu'il est dépourvu de toute portée décisoire. Toutefois, ce courriel, qui informe M. A du refus opposé à sa demande de détachement, et qui emporte donc, eu égard à ce qui a été exposé au point 3, retrait de la décision implicite d'acceptation de ce détachement, révèle nécessairement l'existence d'une telle décision. Par conséquent, la décision révélée par le courriel du 14 juin 2021 lui fait grief et le requérant est recevable à en demander l'annulation. La fin de non-recevoir opposée par le ministre doit donc être écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".

6. Ainsi qu'il a été exposé au point 4 du présent jugement, la décision révélée par le courriel adressé à M. A le 14 juin 2021 est une décision portant nécessairement retrait de la décision implicite d'acceptation de son détachement, qui est née le 12 avril 2021. En vertu des dispositions rappelées au point précédent, le retrait d'une décision créatrice de droits doit être motivé. Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la décision emportant retrait de la décision implicite d'acceptation susmentionnée, qui n'apparaît pas être une décision implicite au regard des termes dudit courriel, serait motivée, ni même que les considérations de droit et de fait fondant cette décision auraient été portées à la connaissance du requérant. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision révélée par le courriel du 14 juin 2021 est illégale dès lors qu'elle est insuffisamment motivée.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision révélée par le courriel du 14 juin 2021 par laquelle l'administration a retiré la décision implicite d'acceptation de la demande de détachement de M. A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 28 août 2021 par laquelle le directeur de l'administration pénitentiaire a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement annule la décision révélée par le courriel du 14 juin 2021 emportant retrait de la décision implicite d'acceptation dont bénéficiait M. A, a nécessairement pour effet de faire renaître cette dernière. Il n'y a donc pas lieu d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de prendre une décision acceptant ce détachement ou de réexaminer la demande de M. A.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision révélée par un courriel du 14 juin 2022 emportant retrait de la décision implicite d'acceptation de la demande de détachement de M. A et la décision implicite de rejet de son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Perez, premier conseiller,

M. Bélot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

J-L. Perez

Le président

signé

O. MaunyLa greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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