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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2200790

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2200790

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2200790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantRABBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 février 2022 et 23 octobre 2023 sous le n° 2200790, M. A B, représenté par Me Rabbé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé la rectrice de l'académie de Versailles sur sa demande du 2 octobre 2021 sollicitant le paiement de sa rémunération pour le mois de septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de lui payer son plein traitement pour le mois de septembre 2021, assorti des intérêts au taux légal à compter du jour de l'exigibilité de sa rémunération, soit le 30 septembre 2021, et de lui délivrer son bulletin de paie correspondant, dans le délai de quarante-huit heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que, ayant été placé en congé maladie au cours du mois de septembre 2021, il est en droit de percevoir le paiement de sa rémunération à plein traitement, en application des dispositions combinées de l'article R. 914-58 du code de l'éducation et de l'article 14 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ajoutant que la prise en charge de son arrêt de travail n'était pas subordonné à la signature de son procès-verbal d'installation, précisant qu'aucun arrêté d'affectation n'a été pris au sujet de son affectation ou, à tout le moins, ne lui a été notifié avant la rentrée scolaire, qu'il ne pouvait pas se déplacer dans son établissement le jour de la prérentrée puisqu'il était en arrêt de travail pour maladie, que le rectorat n'a jamais cherché à lui faire signer ce procès-verbal.

Par une lettre du 24 avril 2023, la rectrice de l'académie de Versailles, par application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, a été mise en demeure de produire ses observations.

II°) Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 juin 2022, 16 mai 2023 et 10 novembre 2023 sous le n° 2204368, M. A B, représenté par Me Rabbé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le rectorat de l'académie de Versailles a refusé de prendre en compte ses arrêts de travail pour maladie à compter du 1er septembre 2021 et cessé en conséquence de lui verser toute rémunération depuis cette date ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de prendre en compte son arrêt de travail pour maladie à compter du 1er septembre 2021 et de lui verser en conséquence les rémunérations qu'il aurait dû percevoir à ce titre depuis cette date, assorties des intérêts au taux légal à compter des jours d'exigibilité de ses salaires, et de lui délivrer des bulletins de paie correspondants, dans le délai de quarante-huit heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que, ayant été placé en congé maladie au cours du mois de septembre 2021, il est en droit de percevoir le paiement de sa rémunération à plein traitement, en application des dispositions combinées de l'article R. 914-58 du code de l'éducation et des articles 12 et 14 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ajoutant que la prise en charge de son arrêt de travail n'était pas subordonné à la signature de son procès-verbal d'installation, précisant que la décision contestée a été contredite depuis par la rectrice de l'académie de Versailles qui lui a confirmé qu'il était bien affecté au lycée Saint-Louis-Saint-Clément et l'a mis en demeure de rejoindre son poste à l'échéance de son arrêt de travail, ajoutant qu'aucun arrêté d'affectation n'a été pris au sujet de son affectation ou, à tout le moins, ne lui a été notifié avant la rentrée scolaire, qu'il ne pouvait pas se déplacer dans son établissement le jour de la prérentrée puisqu'il était en arrêt de travail pour maladie, que le rectorat n'a jamais cherché à lui faire signer ce procès-verbal.

Par une lettre du 25 avril 2023, la rectrice de l'académie de Versailles, par application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, a été mise en demeure de produire ses observations.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bélot,

- les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rabbé, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un contrat conclu le 19 mai 2020, M. A B a été engagé à durée indéterminée, à compter du 1er septembre 2020, en qualité de maître délégué pour exercer des fonctions d'enseignement. Par un arrêté du 2 septembre 2020, la rectrice de l'académie de Versailles l'a affecté au lycée Saint-Louis-Saint-Clément à Viry-Châtillon pour la période du 1er septembre 2020 au 31 août 2021. M. B a été placé en congé de maladie du 1er au 10 septembre 2021, prolongé jusqu'au 1er octobre 2021 puis jusqu'au 15 octobre 2021. Par un courriel du 10 septembre 2021, la rectrice de l'académie de Versailles a indiqué à M. B que son arrêt de travail ne pouvait pas être pris en compte dans la mesure où il n'était pas en poste, ni affecté, et que, n'étant pas devant les élèves, il ne serait pas rémunéré tant qu'il ne serait pas affecté. Par un courrier du 2 octobre 2021, M. B a demandé à la rectrice de l'académie de Versailles de lui verser sa rémunération du mois de septembre 2021. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet.

2. M. B demande l'annulation de la décision du 10 septembre 2021 et de la décision implicite de rejet de sa demande du 2 octobre 2021.

3. Les requêtes n° 2200790 et 2204368 sont relatives à la situation du même requérant, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre et statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 914-1 du code de l'éducation : " Les règles générales qui déterminent les conditions de service et de cessation d'activité des maîtres titulaires de l'enseignement public, ainsi que les mesures sociales et les possibilités de formation dont ils bénéficient, sont applicables également et simultanément aux maîtres justifiant du même niveau de qualification, habilités par agrément ou par contrat à exercer leur fonction dans des établissements d'enseignement privés liés à l'Etat par contrat. Ces maîtres bénéficient également des mesures de promotion et d'avancement prises en faveur des maîtres de l'enseignement public ". Aux termes de l'article R. 914-57 du même code : " I. - Lorsque ni le chef d'établissement ni le recteur d'académie ou le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie ne disposent d'un candidat remplissant les conditions requises pour obtenir un contrat ou un agrément, il peut être fait appel à un maître délégué recruté : / 1° Soit parmi les candidats remplissant les conditions de diplômes pour pouvoir se présenter au concours interne de recrutement des maîtres contractuels ou agréés ; / 2° Soit, pour les disciplines d'enseignement professionnel et technologique, parmi les candidats justifiant d'une activité ou d'une pratique professionnelle requise pour pouvoir se présenter au concours interne de recrutement des maîtres contractuels ou agréés ; / 3° Soit, en l'absence de candidat justifiant des conditions prévues au 1° ou au 2°, à titre exceptionnel, parmi les candidats justifiant d'un titre ou d'un diplôme sanctionnant au moins deux années d'études après le baccalauréat ou ayant validé une deuxième année de licence () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 914-58 de ce code : " Les maîtres délégués exerçant dans les établissements d'enseignement privés sous contrat d'association sont soumis, pour la détermination de leurs conditions d'exercice et de cessation de fonctions, aux règles applicables aux agents contractuels enseignants de l'enseignement public des premier et second degrés. Ils bénéficient, dans les mêmes conditions que ces derniers, du régime de travail à temps partiel, du régime des congés de toute nature ainsi que d'autorisations d'absence ".

5. Aux termes de l'article 12 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État : " L'agent non titulaire en activité bénéficie, sur présentation d'un certificat médical, pendant une période de douze mois consécutifs si son utilisation est continue ou au cours d'une période comprenant trois cents jours de services effectifs si son utilisation est discontinue, de congés de maladie dans les limites suivantes : / Après quatre mois de services : / - un mois à plein traitement ; / - un mois à demi-traitement () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que M. B a été recruté par contrat à compter du 1er septembre 2020 en qualité de maître délégué pour exercer des fonctions d'enseignement et a été placé en congé de maladie sur la totalité du mois de septembre 2021. Il ressort également des pièces du dossier que les certificats médicaux d'arrêt de travail de M. B ont été adressés par ce dernier aux services du rectorat de l'académie de Versailles. Dans ces conditions, M. B, eu égard à son ancienneté de service d'un an, réunissait les conditions, prévues par les dispositions combinées de l'article R. 914-58 du code de l'éducation et de l'article 12 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, pour bénéficier de son traitement au titre du mois de septembre 2021. Par suite, en refusant à M. B le versement de ce traitement, le recteur de l'académie de Versailles a entaché sa décision du 10 septembre 2021 et la décision implicite de rejet de la demande du 2 octobre 2021 de M. B d'une erreur de droit. Il y a lieu, dès lors et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés dans les requêtes, de les annuler.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation des décisions en litige, le présent jugement implique nécessairement le versement à M. B de son traitement au titre du mois de septembre 2021. Il y a lieu, dès lors, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de procéder au versement de ce traitement, avec intérêt au taux légal à compter du 7 octobre 2021, date de réception par l'administration de la demande de paiement, et de lui délivrer le bulletin de paie correspondant, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 septembre 2011 de la rectrice de l'académie de Versailles et la décision implicite de rejet de la demande du 2 octobre 2021 de M. B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Versailles, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de procéder au versement à M. B de son traitement au titre du mois de septembre 2021, avec intérêt au taux légal à compter du 7 octobre 2021, et de lui délivrer le bulletin de paie correspondant, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mauny, président,

- M. Bélot, premier conseiller,

- M. Perez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BélotLe président,

signé

O. MaunyLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement., 2204368

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